Café sans filtre, Jean-Philippe Blondel, Éditions L’Iconoclaste

C’est un petit bijou de roman, un presque huis clos qui se déroule sur une journée dans un café. Tout y est feutré, délicat, apaisé mais pas fade. Un peu comme la musique de Suzanne Vega. Nous sommes au Tom’s où se retrouvent une dizaine de personnes, l’ancienne et le nouveau propriétaire, les employés, les clients qui dévoilent leur vie à petit feu, bien mieux que sur le canapé d’un psy. En cet été 2021, les confinements relèvent du passé, les masques viennent de tomber mais des clients préfèrent encore se poser en terrasse pour éviter les gouttelettes. Chloé Fournier 31 ans en profite, elle s’incruste à l’intérieur, elle observe, le carnet, les crayons et le stylo plume devant elle. Elle vivait précédemment à Vantaa dans la banlieue d’Helsinki. Chloé en est revenue précipitamment. Pas vraiment pour échapper à une vie recluse dans l’interminable nuit nordique. Elle finira par nous le dire, par se livrer. Il suffit d’attendre pour le savoir. Thibault Detressant a 57 ans et il attend Pierre Villiers. Thibault est en avance, une vieille habitude qu’il tient de son père qui bossait à la SNCF, et qui pour rien au monde n’aurait raté un train. À dix-huit ans Thibault était amoureux de Pierre, un amour sans espoir. Alors il est parti à Paris pour devenir prof de lettres. À son retour Pierre a repris contact avec Thibault par les réseaux sociaux. Thibault est désormais un écrivain célèbre et Pierre lui a parlé de son mariage ainsi que de ses filles. Rien que de très ordinaire. Mais il a gardé pour lui ce qui est désormais le centre de son existence. Ce qu’il n’a pas encore avoué à ses enfants et qu’il ne peut confier qu’en face à face. Guillaume a vingt-cinq ans et il s’est installé avec Françoise sa mère. C’est sans doute la première fois qu’ils vont ensemble au café. Ce n’est pas un hasard cette rencontre devant une tasse de thé, elle prépare la réunion de famille à venir qui pourrait être agitée compte tenu de ce que sa mère va annoncer.

Seule contrepartie exigée par Jocelyne : ne jamais changer le nom du café

Fabrice Ortega trente et un ans, potentiel gendre idéal, est assis sur un tabouret du bar. C’est lui le patron, lui qui il y a deux ans a racheté les murs à Jocelyne une forte femme qui a toujours monté seule ses affaires. Avant le Tom’s Jocelyne gérait l’Atlantic un autre café. Elle ne l’a pas lâché sans raison mais là encore il va falloir patienter pour qu’elle nous le confie. Jocelyne reste attaché au Tom’s, et tout autant à Fabrice qu’elle a choisi comme héritier. Parce qu’il l’a aidée, une fois la transaction effectuée, à trouver un appartement à Arcachon. Et pour d’autres raisons encore. Seule contrepartie exigée par Jocelyne: ne jamais changer le nom du café. José est le serveur. Il s’offusque plus rapidement que Fabrice que des clients s’incrustent au Tom’s. José et Fabrice ont bien plus en commun que des relations d’employé à employeur. Les leurs remontent au temps du collège et se sont prolongées depuis. Ils ont retapé ensemble le café pendant les confinements. Leurs liens ne seront pas éternels ou alors ils vont prendre une autre forme. Peut-être avec des lasagnes végétariennes et des tartes au potimarron. Ils seront toujours aussi apaisés. Nous sommes au Tom’s ne l’oubliez pas.

Tom’s Diner de Suzanne Vega dont s’est inspiré Jean-Philippe Blondel

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