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	<title>Archives des Folio - Surbooké</title>
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	<description>Le blog de Laurent Bisault</description>
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	<title>Archives des Folio - Surbooké</title>
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		<title>Un barrage contre le Pacifique, Marguerite Duras, Éditions Folio</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 28 Jul 2024 13:46:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[roman français 🇫🇷]]></category>
		<category><![CDATA[🤍]]></category>
		<category><![CDATA[Folio]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La mère, Joseph vingt ans et Suzanne seize vivent tous les trois dans leur concession isolée d&#8217;Indochine. Ils ne voient pas grand monde, alors ils décident de faire un tour à Ram histoire de se dire qu&#8217;ils peuvent encore décider de quelque chose. Joseph attelle le cheval et la carriole qu&#8217;il vient d&#8217;acheter deux cents [&#8230;]</p>
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<p><strong>La</strong> <strong>mère,</strong> <strong>Joseph</strong> <strong>vingt</strong> <strong>ans</strong> <strong>et</strong> <strong>Suzanne</strong> <strong>seize</strong> <strong>vivent</strong> <strong>tous</strong> <strong>les</strong> <strong>trois</strong> dans leur concession isolée d&rsquo;Indochine. Ils ne voient pas grand monde, alors ils décident de faire un tour à Ram histoire de se dire qu&rsquo;ils peuvent encore décider de quelque chose. Joseph attelle le cheval et la carriole qu&rsquo;il vient d&rsquo;acheter deux cents francs pour gagner un peu d&rsquo;argent. Mais il s&rsquo;est fait avoir, la bête est trop vieille, presque cent ans à l&rsquo;échelle humaine, et elle va crever. Ce n&rsquo;est pas ça qui va apaiser la mère qui passe son temps à gueuler. Elle hurle encore plus depuis l&rsquo;écroulement des barrages qu&rsquo;elle a fait construire par les paysans pour protéger ses cultures du Pacifique. La concession c&rsquo;est le fruit de ce qu&rsquo;elle a gagné après la mort de son mari. Ancienne institutrice dans le Nord de la France puis de l&rsquo;Enseignement colonial, elle a ensuite gagné sa vie en donnant des cours de français et de piano, avant d&rsquo;en jouer dans un cinéma. Mais l&rsquo;achat des terres qu&rsquo;elle comptait cultiver a été une erreur. Chaque année la mer les envahit détruisant ce qu&rsquo;elle a planté. Elle a été escroquée par les fonctionnaires corrompus qui lui ont vendu la concession. Aucun des acheteurs précédents n&rsquo;est jamais parvenu à la mettre en valeur. Seuls les trafiquants de pernod et d&rsquo;opium y ont gagné de l&rsquo;argent.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Ces petits blancs doivent se contenter de viande d&rsquo;échassier qui pue le poisson </p>
</blockquote>



<p>Il est rentré dans l&rsquo;histoire ce premier roman de Marguerite Duras publié en 1950. L&rsquo;action se déroule en 1931, année où l&rsquo;autrice née près de Saïgon avait dix-sept ans, alors autant dire que beaucoup de ce que vit Suzanne, Marguerite l&rsquo;a vécu avant. La famille de colons peine à survivre dans une Indochine étouffante, et les promesses d&rsquo;élévation sociale qu&rsquo;on leur a fait miroiter n&rsquo;existent même plus dans leurs rêves. Si ces petits blancs doivent se contenter de viande d&rsquo;échassier qui pue le poisson, leur quotidien est incomparable avec celui des autochtones. Eux ne comptent pas les bébés morts de faim ou du choléra au point que les parents ne leur accordent pas de sépulture quand ils les enterrent. Le domestique malais de la mère a tant été battu au cours de sa vie « <em>qu&rsquo;il</em> <em>en</em> avait <em>la</em> <em>peau</em> <em>bleue</em> <em>et</em> <em>mince</em> <em>comme</em> <em>de</em> <em>l&rsquo;étamine</em> ». Suzanne et son frère Joseph ne pensent qu&rsquo;à quitter la plaine fétide. Et autant dire que des deux c&rsquo;est la fille qui endure le plus.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">L&rsquo;homme porte des costumes de tussor grège, un feutre de la même couleur </p>
</blockquote>



<p>L&rsquo;entrée dans sa nouvelle vie exige de Suzanne qu&rsquo;elle se marie avec celui qui sera accepté par la mère. Si le frère et la sœur sont dévorés par le désir sexuel, seul Joseph a le droit de l&rsquo;assouvir. Alors Suzanne fréquente le fils d&rsquo;un planteur, trop laid pour qu&rsquo;elle lui cède mais suffisamment riche pour qu&rsquo;il lui offre un diamant. L&rsquo;homme porte des costumes de tussor grège, un feutre de la même couleur et conduit une voiture Maurice Léon Bollée. Elle rencontre ensuite un représentant de commerce qui estime que les filles de dix-huit ans qu&rsquo;aucun homme n&rsquo;a approchées sont les meilleures car plus faciles à façonner. Ainsi en a décidé la mère qui cède tout à son fils. Le récit est noir, et on comprend où et comment Duras a construit son émancipation féministe.</p>



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		<title>Du passé faisons table rase, Thierry Jonquet, Éditions Folio</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 May 2022 04:46:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[roman noir]]></category>
		<category><![CDATA[🤍]]></category>
		<category><![CDATA[Folio]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La littérature est aussi un combat. Ce n&#8217;est pas Thierry Jonquet qui aurait dit le contraire. En tant que cofondateur du néopolar son œuvre avait vocation à présenter et à dénoncer les violences de la société. C&#8217;est ce qu&#8217;il fit en s&#8217;appuyant sur son expérience personnelle qui l&#8217;amena à travailler dans des centres de psychiatrie [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>La</strong> <strong>littérature</strong> <strong>est</strong> <strong>aussi</strong> <strong>un</strong> <strong>combat</strong>. Ce n&rsquo;est pas Thierry Jonquet qui aurait dit le contraire. En tant que cofondateur du néopolar son œuvre avait vocation à présenter et à dénoncer les violences de la société. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il fit en s&rsquo;appuyant sur son expérience personnelle qui l&rsquo;amena à travailler dans des centres de psychiatrie infantile et des services de gériatrie. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il fit part dans <em><strong>I</strong></em><a rel="noreferrer noopener" aria-label="ls sont votre épouvante et vous êtes leur crainte (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://surbooke.fr/wordpress/?p=1057" target="_blank"><em><strong>ls</strong></em> <em><strong>sont</strong></em> <em><strong>votre</strong></em> <em><strong>épouvante</strong></em> <em><strong>et</strong></em> <em><strong>vous</strong></em> <em><strong>êtes</strong></em> <em><strong>leur</strong></em> <strong><em>crainte</em></strong></a> de la montée de l&rsquo;antisémitisme en Seine-Saint-Denis. Mais Jonquet, écrivain qui assumait son appartenance à la gauche, a rarement pris des positions explicitement politiques. <em>Du</em> <em>passé</em> <em>faisons</em> <em>table</em> <em>rase</em> constitue une exception. Ici Jonquet, ancien militant de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), se paye le parti communiste français (PCF). Pour les plus jeunes, on précise que la LCR était le parti trotskyste auquel a succédé le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) en 2009. Un progrès incontestable quand on compare l&rsquo;humour d&rsquo;Alain Krivine, le dirigeant historique de la LCR, à celui aujourd&rsquo;hui pratiqué par Philippe Poutou. La filiation trotskyste de Jonquet était d&rsquo;autant plus évidente qu&rsquo;il signa en 1982 la première édition du roman, dans la mythique collection Sanguine créée par Patrick Mosconi, sous le pseudonyme de Ramon Mercader. Du nom de celui que Staline envoya massacrer le grand Léon à l&rsquo;aide d&rsquo;un piolet.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Castel est parti pendant la guerre parti travailler dans l&rsquo;usine Messerschmitt de Berlin</p></blockquote>



<p><em>Du</em> <em>passé</em> <em>faisons</em> <em>table</em> <em>rase</em> est un roman à clef que l&rsquo;on identifie facilement, pour peu que l&rsquo;on connaisse un peu l&rsquo;histoire du PCF. On y croise les « sosies » de Georges Marchais, de Jacques Duclos, de Robert Hue et même de Jean-Baptiste Doumeng « le milliardaire rouge ». Le roman raconte la vie de René Castel qui devient en 1972 secrétaire général du parti communiste français avec pourtant un parcours peu compatible avec l&rsquo;histoire du parti qui se voulait être celui « des 75 000 fusillés ». Car comme Georges Marchais, Castel est pendant la guerre parti travailler dans l&rsquo;usine Messerschmitt de Berlin. Contraint et forcé par le Service du travail obligatoire (STO) clame Castel. Pas si sûr répondent ses détracteurs. Ce point d&rsquo;histoire connu depuis longtemps, du moins pour Marchais, est la base du roman. Jonquet la complète en racontant sa version de l&rsquo;accession de Castel à la tête du PCF. Avec le rôle des Soviétiques qui tiraient les ficelles, ce qui est historiquement avéré. Et l&rsquo;introduction de personnages qui appartiennent à l&rsquo;imagination de l&rsquo;écrivain. Ce synopsis ne serait rien sans l&rsquo;incroyable talent de Thierry Jonquet. Il suffit de lire le début du livre pour s&rsquo;en convaincre. On y découvre une série de meurtres qui scotchent le lecteur.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Il profite de cette époque bénie où les industriels français fabriquaient encore dans leur pays</p></blockquote>



<p>Georg Staffner, soixante-quinze ans, vient de s&rsquo;écraser au bas de son immeuble. Il est tombé du huitième étage, défenestré par un jeune homme qui parlait russe. Nous sommes à Cologne à l&rsquo;automne 1972. Pendant ce temps Maurice Leguilvec dirige une partie de chasse dans la « Montagne noire » bretonne. Ce radiologue est accompagné de nombreux notables, architectes, hauts fonctionnaires, exploitants agricoles qui diffèrent beaucoup des paysans bretons. Attiré en marge des chasseurs, Leguilvec est abattu par deux hommes qui s&rsquo;étaient présentés comme Suédois dans l&rsquo;hôtel où ils avaient résidé les jours précédents. Sans témoin le décès est attribué à un accident, un évènement tellement fréquent dans les battues au sanglier. Isaac Goldberg citoyen israélien est en France pour affaires. Il pratique l&rsquo;import-export de produits électroménagers, et profite de cette époque bénie où les industriels français fabriquent encore dans leur pays. Il est kidnappé dans la nuit du côté de Villiers-sur-Marne et attaché au pare-chocs d&rsquo;une camionnette. Il ne court pas longtemps  avant que son cœur lâche. Isaac était cardiaque et le conducteur du véhicule le savait. Quand Herr Andlauer tend la main à son visiteur du côté d&rsquo;Arica au Chili, il n&rsquo;a pas vu la lame. Mais il la sent pénétrer entre ses côtes.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Place à Jacques Delouvert une huile du PCF qui brûle un document</p></blockquote>



<p>Alors place à cette époque où le parti communiste français envoyait du steak autrement qu&rsquo;en vantant la bonne vieille viande. Place à René Castel natif du Calvados, qui s&rsquo;en va en 1935 âgé de quinze ans à Paris pour trouver du boulot. Et qui est embauché trois années plus tard à Charenton dans une usine qui fabrique des moteurs pour les bombardiers de l&rsquo;armée française. Place à Jacques Delouvert une huile du PCF qui brûle un document reçu par courrier afin de protéger le secrétaire général du parti. Delouvert un homme dont la rondeur, l&rsquo;accent rocailleux et la faconde ne masquent pas la détermination. Place à Robert Dia un ambitieux cadre du PCF, qui n&rsquo;hésite pas à dénoncer nominalement un habitant immigré d&rsquo;une cité comme dealer pour gagner une élection. Place aux camarades soviétiques qui sont les vrais décideurs dans cette histoire. Place au formidable talent de Jonquet. Mais surtout méfiez-vous, le piolet est parfois un outil dangereux.</p>
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