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	<title>Archives des sociologie - Surbooké</title>
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	<description>Le blog de Laurent Bisault</description>
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	<title>Archives des sociologie - Surbooké</title>
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		<title>Main basse sur la ville, Nassira El Moaddem, Éditions Stock</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 15:32:11 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La lecture de Main basse sur la ville de Nassira El Moaddem est un acte de salut public. Parce que l&#8217;enquête de cette journaliste sur les méfaits perpétrés au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) par le sénateur et ancien maire Thierry Meignen doivent être dénoncés. Les habitants de cette commune parmi les plus pauvres d&#8217;Île-de-France l&#8217;ont bien compris [&#8230;]</p>
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<p></p>



<p><strong>La</strong> <strong>lecture</strong> <strong>de</strong> <em><strong>Main</strong></em> <em><strong>basse</strong></em> <em><strong>sur</strong></em> <strong><em>la</em></strong> <em><strong>ville</strong></em> <strong>de</strong> <strong>Nassira</strong> <strong>El</strong> <strong>Moaddem</strong> <strong>est</strong> <strong>un</strong> <strong>acte</strong> <strong>de</strong> <strong>salut</strong> <strong>public</strong>. Parce que l&rsquo;enquête de cette journaliste sur les méfaits perpétrés au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) par le sénateur et ancien maire Thierry Meignen doivent être dénoncés. Les habitants de cette commune parmi les plus pauvres d&rsquo;Île-de-France l&rsquo;ont bien compris en choisissant au soir du second tour des municipales 2026 de virer l&rsquo;édile, en lui préférant la liste de gauche menée par Demba Traoré. C&rsquo;est peu dire que Nassira a été entravée dans son travail tant elle a reçu de menaces. Elle le raconte dès l&rsquo;introduction de son livre citant les nombreux « <em>Faites</em> <em>très</em> <em>attention</em> <em>à</em> <em>vous</em> <em>Nassira</em> », « <em>Prévenez</em> <em>vos</em> <em>proches</em> <em>quand</em> <em>vous</em> <em>êtes</em> <em>ici</em> », et autres «<em>Venez</em> <em>chez</em> <em>moi</em>, <em>je</em> <em>n&rsquo;aimerais</em> <em>pas</em> <em>qu&rsquo;il</em> <em>vous</em> <em>arrive</em> <em>quelque</em> <em>chose</em> » qui lui ont été adressés par les personnes qu&rsquo;elle allait rencontrer. Nassira El Moaddem a été suivie dans certains de ces déplacements. On lui a volé son portable devant l&rsquo;école de ses enfants le lendemain d&rsquo;une conversation avec une source inquiète. Quarante-huit heures avant l&rsquo;élection Thierry Meignen avait menacé Nassira El Moaddem en disant : « <em>Je</em> <em>vais</em> <em>la</em> <em>faire</em> <em>condamner</em> <em>pour</em> <em>diffamation</em>, <em>je</em> <em>vais</em> <em>la</em> <em>fouetter</em>, <em>j&rsquo;irai</em> <em>au</em> <em>bout</em>, <em>elle</em> <em>va</em> <em>mourir</em>, <em>je</em> <em>la</em> <em>tue</em>. ». Au Blanc-Mesnil, les personnes qui font peur ne sont pas les <em>dealers</em>. Ils portent bien, leur cravate est adroitement nouée. Ici comme à Saint-Denis le fascisme rampant est en route.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Un an et demi après l&rsquo;élection de Thierry Meignen quarante-cinq cadres ont quitté la mairie </p>
</blockquote>



<p><br>L&rsquo;histoire de la droite au Blanc-Mesnil débute en 2014 avec la conquête de la mairie par Thierry Meignen un enfant du cru. Il succède à quatre-vingt-trois ans de gouvernance communiste. Peu après Philippe Hoang Mong se suicide en se défenestrant de la tour qu&rsquo;il habite dans le XIXe arrondissement de Paris. Philippe Hoang Mong dirigeait la voirie au Blanc-Mesnil, et avait en charge le choix du nouveau délégataire de la distribution des eaux. Il avait évoqué de graves difficultés professionnelles au sein de son entourage. La conquête municipale de Thierry Meignen est passée par celle des quartiers populaires. C&rsquo;est là qu&rsquo;étaient les réserves de voix. Elle s&rsquo;est appuyée sur la lassitude de nombreux habitants issus de l&rsquo;immigration que le parti communiste ne voulait pas intégrer dans les équipes de la mairie malgré sa politique paternaliste. Meignen y a mis le prix en promettant la construction d&rsquo;une mosquée et d&rsquo;une école musulmane. Il fera traîner le projet jusqu&rsquo;en 2019 pour faciliter sa réélection. Dès son entrée en fonction Meignen déclenche une chasse aux sorcières, il dispose pour cela d&rsquo;un homme de main : Gérard Lesuisse. Ce conseiller spécial avait précédemment travaillé avec Serge Dassault quand l&rsquo;industriel avait pris la mairie de Corbeil-Essonnes. C&rsquo;est un coupeur de tête, il est chargé de faire partir les salariés qui dérangent. En mars 2015 la famille de Philippe Hoang Mong porte plainte contre Lesuisse pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Sa boîte mail professionnelle atteste du harcèlement que lui a fait subir le conseiller du maire qui lui envoyait des messages humiliants, nuit et jour, le week-end et en semaine. Les inspections menées par la médecine du travail, qui détectent une souffrance généralisée, n&rsquo;aboutissent à rien. Un an et demi après l&rsquo;élection de Thierry Meignen quarante-cinq cadres ont quitté la mairie. Le harcèlement du maire atteint même un de ses adjoints qui reçoit des insultes racistes et des menaces de mort sur son téléphone. Il s&rsquo;opposait à la privatisation des centres sociaux qui sont repris par une structure issue des partis de droite. En s&rsquo;appuyant sur Force ouvrière Meignen dézingue les autres syndicats municipaux. À l&rsquo;inverse il n&rsquo;oublie pas ceux qui l&rsquo;ont aidé pendant la campagne municipale. Il les remercie en leur attribuant des marchés publics, pour la surveillance, le nettoyage des bâtiments, et l&rsquo;entretien des paysages.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Il attribue une subvention à une association dirigée par sa compagne </p>
</blockquote>



<p><br>Le choix d&rsquo;un nouveau délégataire pour l&rsquo;eau est un dossier prioritaire pour Meignen. Cinq candidats postulent : la Saur le délégataire en cours dont le contrat arrive à son terme, Suez, Veolia, CEG, et la Nantaise des eaux. C&rsquo;est la Nantaise, la plus petite entreprise, qui est retenue avant que la justice ne casse par deux fois le choix de la mairie. Une délibération plus tard, la Nantaise qui a entre-temps été achetée par Suez, empoche le jackpot. On découvre alors que géant de l&rsquo;eau est un client de la société de conseil de Meignen. Le maire veut tout contrôler dans « son » territoire. Il attribue des subventions à une association dirigée par sa compagne et première adjointe. Il flingue un club de judo d&rsquo;un adversaire politique. Il annule un concert de Grand Corps Malade, natif du Blanc-Mesnil, au motif qu&rsquo;il a invité sur scène une personne qui lui déplaît. Thierry Meignen déteste les communistes et aime la droite de préférence extrême. Il fait voter une subvention de 20 000 euros à « Alexandre et Aristote » une association censée promouvoir la lecture au Blanc-Mesnil. Elle est dirigée par Sarah Knafo, la compagne d&rsquo;Éric Zemmour. Sa seule activité consistera à faire acheter par la commune des livres du multicondamné pour propos racistes et de quelques auteurs du même acabit.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">L&rsquo;appétit du maire est sans fin</p>
</blockquote>



<p>Le maire du Blanc-Mesnil s&rsquo;est mis en tête de transformer sa commune en y faisant venir de nouveaux habitants compatibles avec ses idées. <em>Exit</em> les pauvres, bonjour les riches. Il se lance dans une phase de constructions hystérique et vend du foncier aux promoteurs. Ça commence par le Jardin des Orfèvres, une copropriété privée de 30 000 mètres carrés lancée par la société Ogic. Ça continue avec d&rsquo;autres projets, beaucoup d&rsquo;autres, car dix mille logements sont prévus à l&rsquo;horizon 2027-2028. La ville devient un chantier permanent, une agence immobilière à ciel ouvert. L&rsquo;argent coule à flot y compris sur les infrastructures municipales comme le relève la Cour régionale des comptes. L&rsquo;appétit du maire est sans fin puisqu&rsquo;il fait fermer la seule résidence autonomie pour seniors de la ville. Elle devait être remplacée par un établissement plus luxueux confié au privé qui finalement ne verra pas le jour. Réélu en 2020 Thierry Meignen ne tolère toujours pas qu&rsquo;on s&rsquo;oppose à lui. Il le fait savoir en mai 2021 quand deux anciens collaborateurs se présentent aux élections départementales contre « ses » candidats. Pour les contrer et s&rsquo;opposer aux candidats de la gauche, Meignen sollicite deux faux binômes de gauche pour perdre les électeurs. Le stratagème fonctionne mais l&rsquo;élection est cassée par le tribunal administratif. Au final Fabien Gay conseiller municipal et sénateur communiste est élu. En 2026 Meignen se représente à la mairie qu&rsquo;il avait abandonnée pour un poste au Sénat. Il est battu.</p>



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		<title>Sociologie de Saint-Étienne (nouvelle version), Vincent Béal et alii, Éditions La Découverte</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Feb 2026 18:58:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[sociologie]]></category>
		<category><![CDATA[🤍]]></category>
		<category><![CDATA[La Découverte]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;est peu dire qu&#8217;ils l&#8217;aiment cette ville. Mais ce n&#8217;est pas uniquement pour cela qu&#8217;ils ont actualisé leur Sociologie de Saint-Étienne parue à La Découverte en 2020. Les cinq auteurs sont d&#8217;actuels ou d&#8217;anciens membres du département d&#8217;études politiques et territoriales de l&#8217;université de Saint-Étienne, excepté l&#8217;un d&#8217;entre eux qui enseigne à Strasbourg. Ils ne [&#8230;]</p>
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<figure class="wp-block-video alignwide"><video autoplay controls muted preload="auto" src="https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2026/01/Bernard-Lavilliers-Saint-Etienne.mp4" playsinline></video></figure>



<p><strong>C&rsquo;est</strong> <strong>peu</strong> <strong>dire</strong> <strong>qu&rsquo;ils</strong> <strong>l&rsquo;aiment</strong> <strong>cette</strong> <strong>ville</strong>. Mais ce n&rsquo;est pas uniquement pour cela qu&rsquo;ils ont actualisé leur <em>Sociologie</em> <em>de</em> <em>Saint-Étienne</em> parue à La Découverte en 2020. Les cinq auteurs sont d&rsquo;actuels ou d&rsquo;anciens membres du département d&rsquo;études politiques et territoriales de l&rsquo;université de Saint-Étienne, excepté l&rsquo;un d&rsquo;entre eux  qui enseigne à Strasbourg. Ils ne sont d&rsquo;ailleurs pas sociologues, mais spécialistes de sciences politiques, de démographie, de géographie ou d&rsquo;urbanisme et d&rsquo;aménagement territorial. En présentant cette nouvelle version le jeudi 5 février 2026 à l&rsquo;amicale laïque de Crêt de Roch de Sainté, ils étaient accompagnés de Laura Quidal, la graphiste qui a élaboré la couverture de leur nouveau bouquin. Elle a cette fois été réfléchie et non pas élaborée dans l&rsquo;urgence suite à une demande de l&rsquo;éditeur. On y trouve un fond rouge, une couleur qui n&rsquo;est pas que celle de la sidérurgie et de la métallurgie chantées par Lavilliers. Elle est aussi un symbole de la force ouvrière. Les allusions au club de football ainsi qu&rsquo;à Manufrance ont disparu. La première édition de <em>Sociologie</em> <em>de</em> <em>Saint-Étienne</em> était née d&rsquo;une insatisfaction sur les débats portant sur les villes et les territoires. Avec notamment un rejet des auteurs de la thèse de Christophe Guilluy sur la « France périphérique ». À en croire ce « géographe », les métropoles seraient les acteurs de la croissance française au contraire des espaces ruraux et des petites villes. Or cette vision binaire ne fonctionne pas avec Saint-Étienne, une métropole qui connaît depuis longtemps de grandes difficultés. D&rsquo;où l&rsquo;analyse développée sur longue période par les cinq auteurs de « <em>cette</em> <em>grande</em> <em>perdante</em> <em>des</em> <em>transformations</em> <em>du</em> <em>capitalisme</em> <em>contemporain</em> ». Une cité en déclin qui n&rsquo;en reste pas moins riche de ressources qu&rsquo;il faut savoir découvrir.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Beaucoup de moyens ont été utilisés pour faire de Saint-Étienne la ville du design</p>
</blockquote>



<p>Le déclin de Saint-Étienne est multiforme. Il concerne aussi bien le nombre d&rsquo;habitants que celui des emplois. Il se traduit par une montée de la pauvreté, un marché immobilier défaillant, une vacance commerciale bien trop fréquente, ou encore par un sous-investissement public. Le constat est sévère et il faut l&rsquo;affiner. La baisse de la population stéphanoise est désormais enrayée avec un peu plus de 170 000 habitants, soit quand même 50 000 de moins qu&rsquo;en 1968. Mais ce recul démographique se limite à la ville-centre, la population de la périphérie ayant au contraire augmenté. Cet « exode » a principalement été celui des classes les plus favorisées qui étaient en capacité de faire construire à l&rsquo;extérieur de la ville. Il s&rsquo;est effectué sans schéma d&rsquo;aménagement et d&rsquo;urbanisme, et s&rsquo;est traduit par un appauvrissement relatif de la ville-centre et une accentuation des ségrégations sociales et ethnoraciales. La réponse des maires au déclin stéphanois est intervenue dans les années quatre-vingt-dix avec la mise en place de politiques d&rsquo;attractivité visant à faire venir des entreprises, et de nouveaux habitants issus des classes moyennes et supérieures. Beaucoup de moyens ont été utilisés pour faire de Saint-Étienne la ville du design, avec la création d&rsquo;une première biennale en 1998, puis la création de la Cité du design inaugurée en 2009, avant d&rsquo;obtenir en 2010 la qualification de ville Unesco du design en 2010. Les auteurs de <em>Sociologie</em> <em>de</em> <em>Saint-Étienne</em> en tirent un bilan négatif, expliquant que ce choix des édiles stéphanois n&rsquo;a nullement bénéficié à la majorité des habitants, et qu&rsquo;il a contribué à laisser de côté des urgences comme la réfection des écoles et l&rsquo;adaptation des logements au changement climatique. Quant au tissu productif, Il a encore été affaibli par le démantèlement partiel de Casino.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Un basculement à gauche de la ville </p>
</blockquote>



<p>« <em>On</em> <em>n&rsquo;était</em> <em>pas</em> <em>du</em> <em>tout</em> <em>satisfaits</em> <em>du</em> <em>chapitre</em> <em>sur</em> la <em>sociologie</em> <em>électorale</em> <em>du</em> <em>premier</em> <em>bouquin</em> ». Le jugement est sévère car le premier volume permettait de comprendre le paradoxe stéphanois. Celui d&rsquo;une ville ouvrière qui a le plus souvent élu des maires de droite. La nouvelle version s&rsquo;appuie beaucoup sur les résultats des élections nationales qui montrent une montée du Front national ainsi qu&rsquo;un basculement <em>à</em> gauche de la ville. Soit au total un profond changement en comparaison du vote centre droit qui a longtemps été dominateur à Saint-Étienne. Le vote FN puis RN n&rsquo;en reste pas moins contenu, en retrait de ce qui se fait dans l&rsquo;ensemble du pays. Et celui en faveur de la France insoumise en gros progrès, Jean-Luc Mélenchon étant arrivé nettement en tête à l&rsquo;issue du premier tour des élections présidentielles de 2022. Cette analyse est avantageusement affinée par quartier en fonction de leur niveau de richesses. Qu&rsquo;en sera-t-il à l&rsquo;issue des municipales à venir ? À défaut de pouvoir répondre à la question, il faut rappeler le séisme que viennent de vivre les Stéphanois avec l&rsquo;affaire de la sextape. Elle a sali l&rsquo;image de la ville et fait partir de nombreux cadres municipaux. L&rsquo;ancien maire Gabriel Perdriau ayant été envoyé pour cinq années en prison, ses deux adjoints qui conduisent chacun une liste partent avec un réel handicap. S&rsquo;y ajoutent plusieurs listes de droite ainsi que deux importantes listes de gauche. Nul doute que les résultats du scrutin seront scrutés avec attention. À Saint-Étienne « <em>la</em> <em>rue</em> <em>artérielle</em> <em>limite</em> <em>le</em> <em>décor</em> », mais l&rsquo;espoir est toujours présent.</p>



<p><strong>L&rsquo;industrie</strong> <strong>du</strong> <strong>cycle</strong> <strong>et</strong> <strong>Casino,</strong> <strong>deux</strong> <strong>symboles</strong> <strong>du</strong> <strong>déclin</strong> <strong>stéphanois</strong> </p>



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<p><strong>Le</strong> <strong>blog</strong> <strong>d&rsquo;Olivier</strong> <strong>Bouba-Olga</strong></p>



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		<title>Sous leurs pas, les années, Camille Bordenet, Éditions Robert Laffont</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Dec 2025 16:20:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[roman français 🇫🇷]]></category>
		<category><![CDATA[sociologie]]></category>
		<category><![CDATA[🤍]]></category>
		<category><![CDATA[Robert Laffont]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ça se passe à cinq kilomètres de Valfroid, un coin de l&#8217;Isère que les anciens appellent « La petite Sibérie ». Non loin du lac de Paladru qu&#8217;ils avaient traversé à pied et même à vélo en 1963. Il faut s&#8217;y débrouiller seul, sans le gaz de ville, sans les déneigeuses qui y grimpent en [&#8230;]</p>
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<p><strong>Ça</strong> <strong>se</strong> <strong>passe</strong> <strong>à</strong> <strong>cinq</strong> <strong>kilomètres</strong> <strong>de</strong> <strong>Valfroid</strong>, un coin de l&rsquo;Isère que les anciens appellent « La petite Sibérie ». Non loin du lac de Paladru qu&rsquo;ils avaient traversé à pied et même à vélo en 1963. Il faut s&rsquo;y débrouiller seul, sans le gaz de ville, sans les déneigeuses qui y grimpent en dernier ou même pas du tout. Jess est conductrice de car scolaire et monitrice d&rsquo;auto-école. Ce matin elle démarre à 6 heures 45 sur un sol blanchi depuis la veille. Le plus dur ce n&rsquo;est pas le boulot, c&rsquo;est le logement où elle vit avec Mick. Même pas une passoire thermique, un véritable abribus. On dirait qu&rsquo;il y manque un mur tellement on se les pèle. Ça n&rsquo;est pas raisonnable avec la petite Lyana qui tousse tout le temps. L&rsquo;unique solution serait de s&rsquo;installer là-haut au Grand-Mollard, dans le vieux corps de ferme de Simone. Elle leur a proposé d&rsquo;occuper l&rsquo;étage, mais Mick qui est artisan ne veut pas, trop peur de passer pour un cassos. Simone c&rsquo;est la grand-mère de Constance, l&rsquo;ancienne amie de Jess partie à Paris à peine son bac en poche. Constance passe désormais plusieurs fois par semaine à la télé. Son Instagram est certifié. Son avis compte. Elle s&rsquo;est fait sa place en tant que faiseuse d&rsquo;opinion. Mais avec le temps, son maquillage craque. Et il ne s&rsquo;agit pas seulement de celui qu&rsquo;elle applique sur le visage. C&rsquo;est surtout sa psyché qui s&rsquo;effrite au point que Constance tourne aux antidépresseurs. Elle en a assez du personnage qu&rsquo;on lui a attribué à l&rsquo;antenne, celui de Mme « Vrais gens », Mme « Laissés pour-Compte ». Certes elle est au courant qu&rsquo;à Valfroid le guichet de la gare a fermé, après la maternité, les urgences de l&rsquo;hôpital, des bureaux de poste, et des classes. Mais Constance, qui est la fille d&rsquo;une prof d&rsquo;histoire et d&rsquo;un directeur de MJC, sait aussi que le monde rural est divers. Et puis Simone décède, alors Jess appelle Constance.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Le troisième personnage du roman, c&rsquo;est la communauté qui vit à Valfroid</p>
</blockquote>



<p>Premier roman, première réussite. Mais cette histoire d&rsquo;amitié entre deux trentenaires qui se sont perdues de vue depuis dix-sept ans, tient beaucoup du récit. Car Camille Bordenet a grandi dans une campagne iséroise, avant d&rsquo;obliquer à Grenoble pour ses études. Le livre pourrait aussi être un reportage, puisque l&rsquo;autrice s&rsquo;est ensuite installée à Paris pour créer au sein du journal <em>Le</em> <em>Monde</em> une rubrique consacrée aux ruralités. <em>Sous</em> <em>leurs</em> <em>pas,</em> <em>les</em> <em>années</em> c&rsquo;est à la fois l&rsquo;histoire de Jess et Camille, et celle d&rsquo;un territoire pas des plus défavorisés, mais où l&rsquo;on peine quand même à vivre. La plus belle des deux, celle que les hommes regardent avec appétit, c&rsquo;est Jess. Parce que Constance revient de loin, elle fut longtemps préoccupée par l&rsquo;acné, et elle ne sait toujours pas trop quoi faire de son corps quand elle se déplace. Aucune n&rsquo;a la vie facile. Jess cherche un logement pour écrire son histoire familiale. Or malgré son travail à plein temps et celui de son compagnon, elle se fait souffler toutes les maisons disponibles par des Grenoblois, des Lyonnais ou des Parisiens qui en font leur résidence secondaire. Chez Constance pas de difficultés pécuniaires, mais une impossibilité à construire autre chose que son métier. Le troisième personnage du roman, c&rsquo;est la communauté qui vit à Valfroid. Ici tout le monde se plaint du remplacement des boulangeries par des distributeurs de baguettes. De la disparition des services publics auxquels ont succédé des camping-cars France Services. De ceux de là haut qui les ignorent. Mais là s&rsquo;arrête l&rsquo;unanimité. Certains développent un racisme à peine masqué et révèrent un passé idéalisé. Et d&rsquo;autres débordent d&rsquo;énergie pour faire évoluer leur cadre de vie.</p>



<p><strong>Qu&rsquo;en dit <em>Bibliosurf</em> ?</strong><br><a href="https://www.bibliosurf.com/?page=q&amp;recherche=Bordenet">https://www.bibliosurf.com/?page=q&amp;recherche=Bordenet</a></p>



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		<title>Sociologie de Saint-Étienne, Vincent Béal et alii, Éditions La Découverte</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Dec 2025 18:04:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[sociologie]]></category>
		<category><![CDATA[La Découverte]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On la présente comme une des grandes perdantes des transformations du capitalisme contemporain. Saint-Étienne la ville industrielle, ouvrière, la cité du foot, serait devenue un lieu de pauvreté, de vacance commerciale, sur lequel se déversent les discours misérabilistes. La capitale de la Loire est pourtant plus contrastée qu&#8217;on pourrait le croire. Son histoire est celle [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>On la présente comme une des grandes perdantes des transformations du capitalisme contemporain. </strong>Saint-Étienne la ville industrielle, ouvrière, la cité<strong> </strong>du<strong> </strong>foot, serait devenue un lieu de pauvreté, de vacance commerciale, sur lequel se déversent les discours misérabilistes. La capitale de la Loire est pourtant plus contrastée qu&rsquo;on pourrait le croire. Son histoire est celle d&rsquo;une ville qui fut longtemps illégitime face au voisin lyonnais. Et même face à Montbrison qui accueillit la préfecture du département jusqu&rsquo;en 1855, ainsi que la cour d&rsquo;assises jusqu&rsquo;en 1968. Saint-Étienne n&rsquo;a existé comme ville qui compte qu&rsquo;à partir du XIXe siècle. La fabrication d&rsquo;armes de la Manufacture royale y avait pourtant débuté un siècle plus tôt. Mais c&rsquo;est avec l&rsquo;exploitation minière que la ville a pris son envol. Il fut progressif car les patrons de l&rsquo;industrie du ruban s&rsquo;opposèrent à ces nouveaux capitalistes susceptibles de les concurrencer dans l&rsquo;accaparement des profits et l&#8217;embauche de la main-d&rsquo;œuvre. Sainté devint la ville noire, celle des fumées, des rougeoiements nocturnes des forges. Elle fut aussi rouge par ses conflits sociaux et la combativité ouvrière. Pourtant même à son apogée les mineurs étaient moins nombreux que les autres ouvriers. Ils étaient 16 000 en 1935 alors que 50 000 personnes travaillaient dans la métallurgie et d&rsquo;autres encore dans l&rsquo;industrie du cycle, l&rsquo;imprimerie, la chocolaterie. Les mines stéphanoises ont été nationalisées en 1946, ce qui n&rsquo;a pas empêché la fermeture progressive des puits. L&rsquo;extraction minière a pris fin en 1983, soit au moment où Creusot-Loire le leader local de la sidérurgie a cessé son activité. Concomitamment les industries du textile et du cycle ont elles aussi décliné. Saint-Étienne est aujourd&rsquo;hui juridiquement une métropole, dont la population s&rsquo;est stabilisée depuis une dizaine d&rsquo;années, tout en se transformant avec le départ de nombreuses classes moyennes et supérieures vers la périphérie. Ce qui pour certains a dévalorisé la cité, notamment avec la « <em>spécialisation</em> <em>ethnique</em> » de certains quartiers.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">La ségrégation des quartiers résulte des migrations organisées par le patronat local </p>
</blockquote>



<p>La population stéphanoise est aujourd&rsquo;hui davantage ouvrière, moins diplômée, et plus âgée, que celles des métropoles de taille comparable. Ce qui se traduit en 2015 par un taux de pauvreté de 24 % intra-muros, et de 16 % en périphérie stéphanoise. Les inégalités de revenus sont moindres à Saint-Étienne qu&rsquo;à Lyon où Grenoble, car la classe des très riches n&rsquo;y a jamais émergé. Ce qui n&#8217;empêche pas l&rsquo;existence de fortes différences entre les quartiers. Les plus aisés habitent entre autres sur le cours Fauriel et La Vivaraize, alors que les plus pauvres ont été envoyés dans les grands ensembles. La ségrégation des quartiers résulte des mouvements migratoires organisés par le patronat local, qui a attiré des immigrés dès l&rsquo;entre-deux-guerres. Des Italiens, des Espagnols, des Arméniens, des Polonais, et surtout des Maghrébins après la Libération. À partir des années soixante-dix, soit après la destruction des bidonvilles, les Algériens ont été logés dans des quartiers spécifiques comme celui de Montchovet, comme cela avait été le cas précédemment pour les Italiens et les Polonais. Cette concentration ethnique est encore visible pour les Portugais dans l&rsquo;ancienne commune de Terrenoire.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Le paradoxe d&rsquo;une ville ouvrière qui vote à droite</p>
</blockquote>



<p>Les Stéphanois ont été en 1888 parmi les premiers à élire une municipalité socialiste. C&rsquo;est aussi à Sainté que la fédération des Bourses du travail a été créée. En 1977 l&rsquo;ancien mineur communiste Joseph Sanguedolce a été élu maire. La ville a pourtant été dirigée à de rares exceptions pendant ces quatre-vingt-dix années par des hommes de centre-droit. Pour expliquer ce paradoxe d&rsquo;une ville ouvrière qui vote à droite, il faut évoquer les attaches rurales de nombreux travailleurs avec le Vivarais et le Velay, deux territoires tournés vers le catholicisme. Le vote ouvrier stéphanois s&rsquo;est aussi partagé entre un vote communiste au sein des grandes entreprises, et un vote de culture républicaine ou radicale dans les petits établissements. Rappelons également que les populations les plus défavorisées, notamment issues de l&rsquo;immigration, participent peu aux scrutins. Signalons aussi que les électeurs stéphanois n&rsquo;ont jamais opté massivement pour le Front ou le Rassemblement national.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Il a renouvelé l&rsquo;exercice en compagnie du groupe Terrenoire </p>
</blockquote>



<p>Il y a bien longtemps que les joueurs de foot ne sont plus les personnages emblématiques de la capitale du Forez. Dominique Rocheteau s&rsquo;en est allé des terrains. Et le génial Rachid Mekhloufi, qui quitta le club en 1958 pour rejoindre l&rsquo;équipe du FLN, est oublié. Bernard Lavilliers lui, poursuit son chemin entamé en 1975 avec l&rsquo;album <em>Le</em> <em>Stéphanois</em>. Dans sa chanson « Saint-Étienne » il évoquait l&rsquo;histoire industrielle de sa ville, le charbon, le métal, les forges, ainsi que leurs disparitions. En 2021 il a renouvelé l&rsquo;exercice en compagnie du groupe Terrenoire en chantant « Je tiens d&rsquo;elle » : « <em>Je</em> <em>tiens</em> <em>d&rsquo;elle</em>, <em>Ma</em> <em>Saint-Étienne</em>, <em>Plus</em> <em>brave</em> <em>que</em> <em>belle</em>, <em>Plus</em> <em>frère</em> <em>que</em> <em>fière</em>, <em>Plus</em> <em>fière</em> <em>que</em> <em>celles</em>, <em>Qu&rsquo;ont</em> <em>pas</em> <em>souffert</em> ». Saint-Étienne est également le nom d&rsquo;un groupe anglais formé à Londres en l&rsquo;honneur de l&rsquo;équipe de foot de la ville. Le groupe Mickey 3D originaire de Montbrison rendit lui aussi hommage à l&rsquo;ASSE, l&rsquo;association sportive de Saint-Étienne, dans sa chanson consacrée à Johnny Rep. Pour découvrir la littérature stéphanoise on lira avec profit la saga des <em>Sauvages</em> de Sabri Louatah.</p>



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<p></p>



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		<title>L&#8217;arabe pour tous, Nabil Wakim, Éditions Le Seuil</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Sep 2025 17:42:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[sociologie]]></category>
		<category><![CDATA[🤍]]></category>
		<category><![CDATA[Le Seuil]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il a trop honte. Honte de son arabe haché, de son accent ridicule, de son vocabulaire qui ne dépasse pas la liste des courses. Mais il comprend cette langue que parlent à côté de lui deux personnes dans le train qui les conduit à Brive-la-Gaillarde. Ses deux voisins sont libanais et Nabil Wakim l&#8217;est en [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://surbooke.fr/wordpress/2025/09/18/larabe-pour-tous-nabil-wakim-editions-le-seuil/">L&rsquo;arabe pour tous, Nabil Wakim, Éditions Le Seuil</a> est apparu en premier sur <a href="https://surbooke.fr/wordpress">Surbooké</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>Il a trop honte. Honte de son arabe haché</strong>, <strong>de son accent ridicule, de son vocabulaire qui ne dépasse pas la liste des courses.</strong> Mais il comprend cette langue que parlent à côté de lui deux personnes dans le train qui les conduit à Brive-la-Gaillarde. Ses deux voisins sont libanais et Nabil Wakim l&rsquo;est en partie. Il est né au pays du cèdre, puis s&rsquo;est installé en France à l&rsquo;âge de quatre ans avec sa famille. Mais aujourd&rsquo;hui il ne maîtrise plus sa langue maternelle. Pour l&rsquo;excuser on pourrait dire que l&rsquo;humeur du temps ne le pousse pas à parler l&rsquo;arabe. C&rsquo;est du moins ce que prétend l&rsquo;historien autoproclamé Laurànt Deutsch qui affirme qu&rsquo;il ne sert à rien de l&rsquo;apprendre à l&rsquo;école, parce qu&rsquo;il y a plus de 600 mots arabes dans la langue française. Pendant longtemps Nabil Wakim, aujourd&rsquo;hui journaliste au <em>Monde</em>, a détesté ses vacances familiales au Liban dont il ne sauvait que le houmous et le <em>knéfé</em> une pâtisserie faite de fromage, de beurre et d&rsquo;amandes. Et de sucre, forcément de sucre. Parce que pour le reste à chaque fois qu&rsquo;il y retournait, on lui reprochait d&rsquo;avoir abandonné sa langue de naissance. Nabil Wakim n&rsquo;est pas un cas isolé. Karim Risouli qu&rsquo;il a côtoyé pendant des études de journalisme connaît les mêmes difficultés. Nabil Wakim souhaite depuis longtemps réinvestir sa langue d&rsquo;origine, mais il ne l&rsquo;a toujours pas fait. Réfléchir à une transmission à sa fille l&rsquo;amène à se demander si son père ne parlait pas à ses enfants en français pour se libérer de son histoire et de sa famille. De toute façon son père ne voyait pas d&rsquo;utilité sociale à parler arabe au contraire du français qui lui avait été indispensable pour son ascension sociale. La mère de Nabil parlait l&rsquo;arabe à la maison, mais uniquement dans le cadre des tâches domestiques. Pour le reste elle s&rsquo;exprimait en français.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Il y a moins d&rsquo;élèves qui étudient cette langue que le russe</p>
</blockquote>



<p>En partant de son expérience personnelle, Nabil Wakim a mené une enquête passionnante sur les obstacles à la diffusion de l&rsquo;arabe en France. Parce que ce grand barbu que vous avez sans doute entendu parler énergie, se sent autant arabe que français. Mais rien n&rsquo;y fait, alors qu&rsquo;il a appris l&rsquo;anglais et le castillan, il ne maîtrise plus la langue de ses grands-mères. S&rsquo;il voulait se rassurer, il pourrait se dire que son cas est commun. Les enquêtes « Trajectoires et origines » de l&rsquo;Institut national des études démographiques (Ined), ont en effet montré que les familles arabophones figurent parmi celles qui lèguent le moins leur langue à leurs enfants. Pour l&rsquo;expliquer il faut énumérer des causes qui tiennent à son mode d&rsquo;enseignement, à son statut dans la société, et à ses relations avec l&rsquo;islam. La place de l&rsquo;arabe au sein de l&rsquo;Éducation nationale est restreinte. Il y a moins d&rsquo;élèves qui y étudient cette langue que le russe. Inscrire ses enfants à des cours d&rsquo;arabe tend en plus à les laisser dans des établissements défavorisés. Pour les en sortir, mieux vaut les orienter vers l&rsquo;allemand ou le latin. Quant à imaginer des parents défilant pour l&rsquo;ouverture de classes d&rsquo;arabe, on sait ce que cela susciterait. Surtout si des hommes barbus et des femmes voilées s&rsquo;y associaient. L&rsquo;arabe est en plus rejeté par l&rsquo;institution publique. C&rsquo;est ce qu&rsquo;ont affirmé la quasi-totalité des professeurs d&rsquo;arabe que Nabil Wakim a interrogés.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">L&rsquo;enseignement de l&rsquo;arabe est bloqué par des campagnes haineuses </p>
</blockquote>



<p>« <em>Les langues valent ce qu&rsquo;elles valent socialement</em> » avait dit Pierre Bourdieu. Or beaucoup d&rsquo;élèves ne souhaitent pas que leurs parents leur parlent en arabe devant une école. Et de nombreux adultes le refusent de peur d&rsquo;être pris pour un immigré qui ne voudrait pas s&rsquo;assimiler. Même donner un prénom arabe à un enfant n&rsquo;est pas neutre. Nabil Wakim et son épouse ont ainsi appelé leur fille Mona pour éluder cette difficulté. À défaut d&rsquo;inscrire leurs enfants en cours d&rsquo;arabe à l&rsquo;école, des parents se sont reportés sur ceux de la mosquée. Mais faute de moyens ces structures ne disposent que de rares enseignants correctement formés. Elles ont de plus souvent fait le choix d&rsquo;une langue liée au <em>Coran</em>, c&rsquo;est-à-dire à un arabe littéraire du VIIe siècle. Elle est différente de l&rsquo;arabe parlé aujourd&rsquo;hui au Maghreb ou au Liban et peu compréhensible par ceux qui en viennent. Mieux vaudrait privilégier l&rsquo;idiome des chaînes satellitaires du Golfe, qui a été conçu pour être accessible. L&rsquo;enseignement de l&rsquo;arabe est aussi bloqué par des campagnes haineuses de la droite et de l&rsquo;extrême droite qui le dénoncent comme une tentative d&rsquo;islamisation de la France. Comme celles dont Najat Vallaud-Bellkacem a été victime quand elle était ministre de l&rsquo;Éducation nationale. Pourtant cette langue est vivante. Elle a enrichi le français depuis longtemps avec des mots comme zaatar, alcool, jupe, coton ou sofa. Et plus récemment avec kiffer, merguez, <em>oualou</em> (rien du tout), <em>wesh</em> (quoi en dialecte algérien) et <em>zbeul</em> pour foutre le bordel. Elle va continuer à le faire, n&rsquo;en déplaise à Laurànt Deutsch. Il a pas fini d&rsquo;avoir le <em>seum</em> le facho.</p>



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		<title>Les filles de Romorantin, Nassira El Moaddem, Éditions L&#8217;Iconoclaste</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Jul 2025 15:20:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[sociologie]]></category>
		<category><![CDATA[🤍]]></category>
		<category><![CDATA[L&#039;Iconoclaste]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« On était des beaufs. Des bouseux. ». Nassira El Moaddem est née en Sologne, elle a grandi à Romorantin dans le Loir-et-Cher. Un coin paumé sans train digne de ce nom, sans métro, presque sans bus. Pour se déplacer il fallait prendre son vélo. À Romorantin on ne captait pas Skyrock. Même à Issoudun [&#8230;]</p>
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<p>« <strong><em>On</em></strong> <em><strong>était</strong></em> <em><strong>des</strong></em> <strong><em>beaufs</em></strong>. <em><strong>Des</strong></em> <em><strong>bouseux</strong></em>. ». Nassira El Moaddem est née en Sologne, elle a grandi à Romorantin dans le Loir-et-Cher. Un coin paumé sans train digne de ce nom, sans métro, presque sans bus. Pour se déplacer il fallait prendre son vélo. À Romorantin on ne captait pas Skyrock. Même à Issoudun ou Bourges on se moquait de ceux de Romo. En remontant plus loin dans le temps, Nassira a des attaches marocaines, puisque son père avait quitté son pays pour retrouver son frère en Sologne. L&rsquo;usine automobile Matra, où on allait assembler la Renault Espace, cherchait des bras. Pour les jeunes gens, le bon de sortie de la ville était le bac. Le diplôme envoie Nassira en 2003 à la fac d&rsquo;histoire de Tours, puis à Grenoble et Lille pour poursuivre ses études. Un nouveau monde s&rsquo;ouvre pour elle, un autre se ferme à Romorantin. L&rsquo;usine automobile qui employait un cinquième de la population s&rsquo;arrête. Même si sa vie professionnelle la fait voyager un peu partout, la jeune journaliste ne coupe pas ses liens avec sa ville natale. Elle s&rsquo;y marie, et elle constate en dirigeant <em>Le</em> <em>Bondy</em> <em>Blog</em> que la banlieue et la Sologne ont beaucoup en commun. La même absence de mobilité, le même sentiment d&rsquo;abandon. En 2018 la France des gilets jaunes occupe les ronds-points. Un peu partout en France et aussi à Romorantin. Alors comme Nassira découvre que Caroline son amie d&rsquo;enfance participe au mouvement, elle y retourne pour raconter. Ça n&rsquo;a pas été facile car de nombreux gilets jaunes se méfiaient des journalistes. Mais elle y est parvenue avec beaucoup d&rsquo;humanité. Depuis son départ de Romorantin, Nassira El Moaddem s&rsquo;est élevée de plusieurs niveaux dans l&rsquo;échelle sociale. Elle dispose d&rsquo;un F3 au centre de Paris, elle n&rsquo;a pas de mal à boucler ses fins de mois. Son mari est architecte. Mais elle garde un attachement viscéral pour sa ville.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Caroline coche toutes les cases de la révolte et de l&rsquo;exaspération </p>
</blockquote>



<p>Ça commence avec les retrouvailles du Blanc-Argent ou B-A, la micheline qui relie Salbris à Romorantin. Karine y officie comme contrôleuse, comme du temps ou Nassira l&#8217;empruntait. Karine n&rsquo;y croit plus, elle voit bien que l&rsquo;entretien de la ligne n&rsquo;est plus assuré, qu&rsquo;à terme on la fermera. Ça continue avec Caroline qui sera le fil conducteur de Nassira pour comprendre ce qu&rsquo;est devenue sa ville. Elles étaient amies au CM2, Nassira l&rsquo;a retrouvée sur un groupe Facebook des gilets jaunes. Trente-cinq ans dont vingt de boulot, 1 400 euros nets par mois pour fabriquer en usine des pinces chirurgicales, pas de repas le midi sinon pas d&rsquo;essence pour aller bosser, mère célibataire. Caroline coche toutes les cases de la révolte et de l&rsquo;exaspération sans jamais verser dans la violence. Quand Nassira rencontre les gilets jaunes elle comprend qu&rsquo;ils ont en commun le besoin de dire que ça n&rsquo;est plus possible. Que le pouvoir prend seul les décisions, qu&rsquo;ils se sentent méprisés quand ils utilisent leur voiture. Mais ils ne sont pas monolithiques, il y a des jeunes et des vieux, autant d&rsquo;hommes que de femmes, certains approuvent les propos racistes de Guillaume  Peltier le député local. On entend parfois dans les cortèges : ils sont où les Turcs et les Arabes ? « <em>En</em> <em>retrait</em> » répond Sedat Puskullu un ancien boxeur du cru. Il tient un camion à kebabs dans un des quartiers les plus pauvres de la région. Sedat ne s&rsquo;est pas engagé pour que le mouvement ne soit pas perçu comme celui des islamistes. Pourtant de la générosité, de la solidarité, il en a à revendre, il n&rsquo;hésite pas à faire crédit à ceux qui peinent à payer ses sandwichs.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Jeanny Lorgeoux a désormais soixante-neuf ans, son sixième mandat est en cours </p>
</blockquote>



<p>En revenant à Romorantin Nassira El Moaddem constate les évolutions de sa cité sur les quinze dernières années. La poussée du Rassemblement national arrivé en tête aux dernières élections comme dans de nombreuses zones désindustrialisées. La rénovation de certains quartiers avec la destruction des tours et l&rsquo;apparition de petites maisons. À Saint-Marc la population y a perdu ce qui faisait le charme de la vie communautaire, sans pour autant bénéficier d&rsquo;une école digne de ce nom. Il y a désormais dans la ville deux zones commerciales pour les 18 000 habitants et un centre dévasté. Mais s&rsquo;il y a une chose qui ne change pas, c&rsquo;est le maire. Jeanny Lorgeoux a soixante-neuf ans, son sixième mandat est en cours. Cet ancien proche de François Mitterrand n&rsquo;est toujours pas prêt à céder sa place. Petit joueur le Lorgeoux, non loin de la Sologne André Laignel lui aussi ancienne figure du mitterrandisme en est à son huitième mandat à Issoudun. Le Parti socialiste n&rsquo;existe plus, mais les anciens s&rsquo;accrochent dur. Ce qui a surtout changé ces dernières années à Romorantin comme dans beaucoup d&rsquo;autres lieux, c&rsquo;est la paupérisation des femmes. À chaque fin de mois, Caroline est clouée chez elle, car elle ne peut plus payer l&rsquo;essence de sa voiture. Lucia la réfugiée érythréenne touche 1 200 euros pour faire le ménage à Center Parcs. Avec des conditions de travail harassantes que Nassira a expérimentées en se faisant embaucher. Comme Florence Aubenas l&rsquo;avait fait pour écrire <a href="https://surbooke.fr/wordpress/?p=8082" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><em><strong>Le</strong></em> <em><strong>quai</strong></em> <strong><em>de</em></strong> <em><strong>Ouistreham</strong></em></a>. Ici comme ailleurs le <em>lumpenprolétariat</em> est féminin, elles élèvent seules leurs enfants. Elles payent plein pot l&rsquo;ascension sociale dont elles ont rêvé : le pavillon dont il faut payer les traites et l&rsquo;éloignement des lieux de vie.</p>



<p><strong>Vous pourriez aussi apprécier</strong></p>



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		<title>Au nom du maintien de l&#8217;ordre, Paul Moreira, Arte</title>
		<link>https://surbooke.fr/wordpress/2023/06/01/au-nom-du-maintien-de-lordre-paul-moreira-arte/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Jun 2023 15:21:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[sociologie]]></category>
		<category><![CDATA[vidéo 🎥]]></category>
		<category><![CDATA[🤍]]></category>
		<category><![CDATA[Arte]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;est bien plus qu&#8217;un documentaire extrêmement bien fait sur l&#8217;évolution des techniques de maintien de l&#8217;ordre. Plus qu&#8217;une analyse des nouvelles armes utilisées par les forces de l&#8217;ordre. Comme les lanceurs de balles de défense (LBD) qui vous éborgnent un manifestant en moins de temps qu&#8217;il ne vous faut pour le dire. Ou les grenades [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://surbooke.fr/wordpress/2023/06/01/au-nom-du-maintien-de-lordre-paul-moreira-arte/">Au nom du maintien de l&rsquo;ordre, Paul Moreira, Arte</a> est apparu en premier sur <a href="https://surbooke.fr/wordpress">Surbooké</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>C&rsquo;est</strong> <strong>bien</strong> <strong>plus</strong> <strong>qu&rsquo;un</strong> <strong>documentaire</strong> <strong>extrêmement</strong> <strong>bien</strong> <strong>fait</strong> sur l&rsquo;évolution des techniques de maintien de l&rsquo;ordre. Plus qu&rsquo;une analyse des nouvelles armes utilisées par les forces de l&rsquo;ordre. Comme les lanceurs de balles de défense (LBD) qui vous éborgnent un manifestant en moins de temps qu&rsquo;il ne vous faut pour le dire. Ou les grenades de désencerclement qui s&rsquo;apparentent à des armes de guerre. <em>Au</em> <em>nom</em> <em>du</em> <em>maintien</em> <em>de</em> <em>l&rsquo;ordre</em> est avant tout une réflexion sur le recul de nos libertés. C&rsquo;est Nicolas Sarkozy qui le dit le mieux quand il affirme goguenard en 2008 que « <em>Désormais</em> <em>quand</em> <em>il</em> <em>y</em> <em>a</em> <em>une</em> <em>grève</em> <em>en</em> <em>France,</em> <em>personne</em> <em>ne</em> <em>s&rsquo;en</em> <em>aperçoit</em> ». Et pour cause cela fait des dizaines d&rsquo;années que l&rsquo;on nous explique qu&rsquo;avec la mondialisation il n&rsquo;est plus possible de vivre comme avant. Que ceux qui osent encore protester parce qu&rsquo;ils bénéficient d&rsquo;un statut relativement protecteur, feraient mieux de retourner au boulot. Et que les autres, les salariés du privé, n&rsquo;ont qu&rsquo;à bien se tenir s&rsquo;ils ne veulent pas perdre leur emploi. Les premiers à s&rsquo;en être aperçus sont ces ouvriers sidérurgiques qui ont hurlé pour conserver leurs usines. Rappelez-vous, cela a commencé chez nous en mars 1979 avec la manifestation organisée à Paris par la CGT en solidarité avec les ouvriers lorrains. Les CRS étaient là pour accueillir comme il faut ceux qui ne demandaient qu&rsquo;à travailler. Dès lors avec la fermeture des usines et des bastions syndicaux, les responsables du maintien de l&rsquo;ordre auront beau jeu de déplorer le bon temps où la CGT savait contrôler ses manifestations. Où les autonomes et autres <em>black</em> <em>blocs</em> n&rsquo;interféraient pas dans les défilés.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>Et une liberté publique qui s’érode</em></p></blockquote>



<p></p>



<p>Car cette époque est révolue faute de bras dans les rangs syndicaux, d&rsquo;usines pour les employer, de grosses structures et de modes de management qui permettaient aux forces syndicales de se développer. Aujourd&rsquo;hui les emplois ouvriers sont majoritairement dans le tertiaire, et la sociologie chez Amazon n&rsquo;est pas celle qui existait à Hagondange ou à Billancourt. Les autorités qui se plaignaient des « nouveaux manifestants » se sont adaptées, notamment en utilisant les techniques des nasses qui envoient les policiers au plus près des défilés. Officiellement pour protéger ceux qui manifestent des violences extérieures. De fait comme le montre le documentaire pour que les forces de l&rsquo;ordre puissent s&rsquo;insérer comme elles le souhaitent dans les cortèges, se saisir de qui elles veulent sans aucun motif juridique, et qu&rsquo;elles puissent cogner et gazer comme bon leur semble. Si on ajoute le déni des violences policières savamment entretenu par le pouvoir, alors on fait en sorte qu&rsquo;on ne puisse plus manifester sereinement. Et une liberté publique qui s&rsquo;érode, une de plus. Ancien sous-préfet devenu gilet jaune, Laurent Bigot détaille le mode opératoire des policiers dans <em>Au</em> <em>nom</em> <em>du</em> <em>maintien</em> <em>de</em> <em>l&rsquo;ordre</em>. Pourtant il les a aimés les flics quand il les commandait. Il sait qu&rsquo;un policier exécute les ordres reçus, alors quand on leur demande de nettoyer une place ils le font. Laurent Bigot sait aussi combien le degré d&rsquo;exigence a baissé dans le recrutement des flics, ce qui a conduit à embaucher ceux qu&rsquo;il qualifie de « <em>teubés</em> ». Assurément pas une bonne chose.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>La répression policière est mondiale</p></blockquote>



<p>La montée de la violence dans le maintien de l&rsquo;ordre n&rsquo;est pas spécifique à la France. Le documentaire la présente comme un phénomène mondial qui aurait débuté en 1999 à Seattle lors d&rsquo;une réunion de l&rsquo;Organisation mondiale du commerce. On pourrait aussi parler de ce qui s&rsquo;est passé à Gênes en 2008 lors d&rsquo;un G8 qui provoqua la mort d&rsquo;une personne et de graves blessures chez six cents manifestants. Amnesty International a dit que ces trois journées avaient constitué « <em>la</em> <em>plus</em> <em>grave</em> <em>atteinte</em> <em>aux</em> <em>droits</em> <em>démocratiques</em> <em>dans</em> <em>un</em> <em>pays</em> <em>occidental</em> <em>depuis</em> <em>la</em> <em>fin</em> <em>de</em> <em>la</em> <em>seconde guerre mondiale</em> ». La répression policière est mondiale, elle va de pair avec l&rsquo;enrichissement d&rsquo;un petit nombre de personnes. Si on y ajoute en France le recul d&rsquo;autres droits, celui de décider de notre avenir dans un référendum comme en 2005. Ou la possibilité pour le parlement de voter les lois, cela commence à faire beaucoup.</p>



<p><strong>Regarder le documentaire</strong> <strong>sur le site d&rsquo;Arte</strong><br><a href="https://www.arte.tv/fr/videos/RC-023814/au-nom-du-maintien-de-l-ordre/">https://www.arte.tv/fr/videos/RC-023814/au-nom-du-maintien-de-l-ordre/</a></p>



<p><strong>Vous pourriez aussi apprécier</strong><br><em><a href="https://surbooke.fr/wordpress/2022/06/12/histoire-populaire-de-limpot-arte-france/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Histoire populaire de l&rsquo;impôt</a></em></p>



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<p>L’article <a href="https://surbooke.fr/wordpress/2023/06/01/au-nom-du-maintien-de-lordre-paul-moreira-arte/">Au nom du maintien de l&rsquo;ordre, Paul Moreira, Arte</a> est apparu en premier sur <a href="https://surbooke.fr/wordpress">Surbooké</a>.</p>
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		<title>Morts avant la retraite, Sous la direction de Rachid Laïreche, Éditions Les Arènes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 May 2023 12:32:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[sociologie]]></category>
		<category><![CDATA[Les Arènes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Ces vies qu&#8217;on planque derrière les statistiques ». C&#8217;est le sous-titre de l&#8217;ouvrage collectif dirigé par Rachid Laïreche. Douze portraits de personnes mortes avant la retraite, écrits par des journalistes. La plupart travaillent ou ont travaillé à Libé ou au Monde. Beaucoup ont élargi leur palette avec des livres d&#8217;enquêtes. Tous sont allés sur [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://surbooke.fr/wordpress/2023/05/08/morts-avant-la-retraite-sous-la-direction-de-rachid-laireche-editions-les-arenes/">Morts avant la retraite, Sous la direction de Rachid Laïreche, Éditions Les Arènes</a> est apparu en premier sur <a href="https://surbooke.fr/wordpress">Surbooké</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>« <strong><em>Ces</em></strong> <strong><em>vies</em></strong> <strong><em>qu&rsquo;on</em></strong> <strong><em>planque</em></strong> <strong><em>derrière</em></strong> <strong><em>les</em></strong> <strong><em>statistiques</em></strong> ». C&rsquo;est le sous-titre de l&rsquo;ouvrage collectif dirigé par Rachid Laïreche. Douze portraits de personnes mortes avant la retraite, écrits par des journalistes. La plupart travaillent ou ont travaillé à <em>Libé</em> ou au <em>Monde</em>. Beaucoup ont élargi leur palette avec des livres d&rsquo;enquêtes. Tous sont allés sur le terrain nous raconter les vies écourtées de ceux qui étaient ouvriers de la chimie, hommes à tout faire,   ouvrières trimbalées d&rsquo;usine en usine, ou simple paysan. Ils nous disent que les usines tuent, par épuisement, empoisonnement, par la recherche toujours entretenue du profit. Il convient de s&rsquo;en souvenir quand l&rsquo;horizon de la retraite vient une fois de plus d&rsquo;être repoussé. Il faut comprendre que les taux d&#8217;emploi et le rééquilibrage des comptes sociaux ne justifient pas qu&rsquo;on les fasse payer à  ceux qui sont déjà fracassés. Pourtant elles sont belles ces vies, même celles sculptées par le malheur. L&rsquo;amour, l&rsquo;amitié, le rire, la solidarité y ont trouvé leur place. La poésie aussi comme chez Arnaud fauché par pas de chance, qui vouait son existence à nourrir ceux qui l&rsquo;entouraient. Alors continuez d&rsquo;écouter Michael Zemmour, et allez aussi à la rencontre d&rsquo;Albert, de Mohamed, de Renée, de Claire, d&rsquo;Arnaud et de tous les autres.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Albert est rentré en apprentissage à 14 ans </p></blockquote>



<p>Albert mouchait bleu, crachait bleu. Il était ouvrier de la chimie. Au point de mettre des serviettes-éponges sous sa tête, sinon sa femme n&rsquo;aurait jamais pu ravoir les taies d&rsquo;oreillers. Il est mort à 57 ans après quatre ans de lutte contre le cancer. Comme d&rsquo;autres, beaucoup d&rsquo;autres de son atelier. Albert est mort trois ans avant la retraite. Il était fier de son travail dans une multinationale suisse de la chimie. Fier de son usine installée à Saint-Fons à la sortie de Lyon, dans ce qu&rsquo;on appelle aujourd&rsquo;hui la vallée de la chimie. Une bande de terre où les usines se sont succédé et ont été rachetées avec comme point commun de laisser derrière elles des sols pollués. Albert est rentré en apprentissage à 14 ans à la Ciba. Son père y travaillait déjà avant de mourir à 49 ans. L&rsquo;entreprise suisse offrait de bonnes places, treizième mois payé à l&rsquo;heure, parfois un quatorzième. Albert était syndicaliste CGT et communiste. Des grèves il en a fait mais jamais contre le risque sanitaire. On n&rsquo;en parlait pas, ça faisait partie du métier. Pourtant il a tout fait pour que ses fils n&rsquo;entrent pas à l&rsquo;usine. La retraite à 60 ans était son horizon, jusqu&rsquo;à ce que se déclenche son premier cancer à 51 ans. Sa femme Denise a arrêté de travailler à 60 ans. Elle continue d&rsquo;aller au banquet annuel des anciens de la Ciba même si rapidement elle n&rsquo;y a plus croisé que des veuves. Des anciens de l&rsquo;usine elle n&rsquo;en connaît qu&rsquo;un seul qui ait survécu.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Il agrandirait <em>El</em> <em>Ksar</em> en ajoutant un étage </p></blockquote>



<p>Mohamed se voyait finir sa vie au pays. Sa pension serait mince pour avoir beaucoup travaillé au black et connu l&rsquo;inactivité. Mais ce serait suffisant en Tunisie. Il était arrivé en France dans les années 1970. Il se voyait acteur de la ruée vers l&rsquo;or, amassant de l&rsquo;argent avant de retourner chez lui pour vivre de ses rentes. Vingt après, le mariage et le divorce consommés, il avait cessé de revenir au bled même s&rsquo;il gardait toujours sur lui la photo de la maison dont son frère s&rsquo;occupait. Il y retournerait pour la retraite. Il agrandirait <em>El</em> <em>Ksar</em> en ajoutant un étage pour accueillir ses fils et leurs enfants.  Mais Mohamed était devenu boiteux et il n&rsquo;y avait plus guère de boulot pour les séniors comme lui. En 2011 il a cessé d&rsquo;apparaître dans sa cité de l&rsquo;Ouest parisien. Il est vrai qu&rsquo;il s&rsquo;y faisait plus rare à cause de ses séjours à l&rsquo;hosto. Mohamed était rentré au pays pour son enterrement. Son cœur avait lâché. Il avait de toute façon vendu sa maison à son frère pour régler ses dettes.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Renée est déléguée syndicale CGT </p></blockquote>



<p>En 2007 le directeur de l&rsquo;usine Samsonite de Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) annonce aux ouvrières qu&rsquo;il n&rsquo;a plus de quoi les payer. C&rsquo;est ainsi que démarrent les six mois d&rsquo;occupation du site. Ils sont joyeux, les femmes tricotent mais se demandent ce qui se passera après. La fin de l&rsquo;usine n&rsquo;a pas été une surprise. Elle avait été rachetée deux ans avant pour un euro avec un paquet cadeau, de 5 à 9 millions d&rsquo;euros selon les versions. La reconversion du site pour fabriquer des panneaux solaires on l&rsquo;attend encore. Renée est déléguée syndicale CGT, elle s&rsquo;investit dans les multiples procès engagés pour sauver les boulots de ses copines. Elle va jusqu&rsquo;à New-York pour s&rsquo;adresser aux actionnaires de Samsonite. De retour elle consulte enfin un médecin sérieux qui ne lui dit pas qu&rsquo;elle a un cancer. La suite sera rapide. Renée est d&rsquo;une famille de mineurs. Elle a grandi du côté de Lens dans une maison de Charbonnages sous l&rsquo;autorité d&rsquo;un père et d&rsquo;une mère qui vivaient du charbon. La silicose et un cancer de l&rsquo;utérus ont abrégé leur existence. Les filles de la famille étaient destinées à la couture. Renée avait commencé chez Levi Strauss qui payait bien. Quand il fut décidé que l&rsquo;industrie textile n&rsquo;avait plus sa place en France, ce fut Vachette, d&rsquo;autres usines, puis Samsonite. Et maintenant où vont aller les survivants pour attendre leurs 64 ans ?</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Elle a le cerveau qui bugue, c&rsquo;est pas de votre faute</p></blockquote>



<p>Claire Caron a été placée avec sa sœur en famille d&rsquo;accueil à 7 ans. Avant sa mère alcoolique les empêchait de voir leur père Éric. Après ça c&rsquo;est arrangé pendant les week-ends. Leur père était toujours habillé en maçon. Un métier qui le mettait en contact avec les sols, les murs, les plafonds, autant d&rsquo;endroits amiantés. À 13 ans Claire a accompagné Éric au funérarium. Ça a été le début d&rsquo;une longue période de repli jusqu&rsquo;à refuser d&rsquo;aller à l&rsquo;école. À 18 ans sa mère qui n&rsquo;allait pas mieux la fout dehors. « <em>Elle</em> <em>a</em> <em>le</em> <em>cerveau</em> <em>qui</em> <em>bugue,</em> <em>c&rsquo;est</em> <em>pas</em> <em>de</em> votre <em>faute</em> » lui ont dit les gendarmes. Claire a maintenant deux enfants : Julie 6 mois et Maxence 7 ans. Elle emmène de temps en temps son fils sur la tombe d&rsquo;Éric pour parler à celui qu&rsquo;elle a si peu connu. Claire s&rsquo;est rapprochée de Lionel son oncle. Elle a 26 ans, vingt de moins que son père quand il est parti. Lui qui avait écrit sur une marche d&rsquo;escalier : « <em>vivre</em> <em>vite</em> <em>et</em> <em>mourir</em> <em>jeune</em> ».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Ils s&rsquo;étaient battus contre les ennemis du bio</p></blockquote>



<p>La Sousta c&rsquo;était la ferme d&rsquo;Arnaud Valentin. C&rsquo;était un Vosgien, descendu entre Nice et les montagnes du Mercantour, qui voulait nourrir sa femme, ses filles et bien d&rsquo;autres encore. Quand la mort s&rsquo;est ramenée écrasant Arnaud sous son tracteur l&rsquo;année de ses 47 ans, Rudy Terrano a repris l&rsquo;exploitation. Arnaud avait planté des fruitiers, il n&rsquo;a pas eu le temps de les voir grandir, Rudy récolte. Arnaud avait récupéré des graines d&rsquo;oignons de Menton. Rudy contribue à sauver la variété en la cultivant. Plus loin une autre parcelle d&rsquo;Arnaud a été récupérée par une régie municipale qui perpétue la culture bio pour les cantines. Arnaud avait beaucoup appris de Henri et Ginette Derepas des pionniers dans le coin, des champions des oliviers. Ils s&rsquo;étaient battus contre les ennemis du bio, contre les chasseurs, contre la métropole niçoise de Christian Estrosi. Magalie la femme d&rsquo;Arnaud s&rsquo;était beaucoup investie sur l&rsquo;exploitation, de la vente directe à l&rsquo;organisation de fêtes paysannes. Elle prépare désormais sa reconversion en éducatrice spécialisée. Rudy questionne encore Arnaud quand il se demande comment faire. Mais de moins en moins souvent. Le Vosgien a gagné le droit de se reposer. Tao l&rsquo;aîné d&rsquo;Arnaud et Magalie a fait ses gammes sur les terres de la régie municipale. Il va maintenant apprendre la vigne et le vin. La page est bien tournée.</p>



<p><strong>Vous pourriez aussi apprécier</strong><br><em><a href="https://surbooke.fr/wordpress/?p=23269" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Nos pères nos frères nos amis</a></em></p>



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		<title>Nos pères nos frères nos amis, Mathieu Palain, Éditions Les Arènes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 15 Jan 2023 19:48:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[sociologie]]></category>
		<category><![CDATA[Les Arènes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Les violences faites aux femmes, c&#8217;est un truc qui t&#8217;intéresse ? ». La question lui est posée par un homme qui travaille à la direction de l&#8217;administration pénitentiaire. La vérité est que Mathieu Palain ne s&#8217;en est jamais préoccupé, du moins professionnellement. En dix années de journalisme il n&#8217;y a jamais consacré la moindre [&#8230;]</p>
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<p><strong>«</strong> <em><strong>Les</strong></em> <em><strong>violences</strong></em> <em><strong>faites</strong></em> <em><strong>aux</strong></em> <strong><em>femmes</em></strong><em><strong>,</strong></em> <em><strong>c&rsquo;est</strong></em> <em><strong>un</strong></em> <em><strong>truc</strong></em> <em><strong>qui</strong></em> <em><strong>t&rsquo;intéresse</strong></em> <strong><em>?</em></strong> <strong>».</strong> La question lui est posée par un homme qui travaille à la direction de l&rsquo;administration pénitentiaire. La vérité est que Mathieu Palain ne s&rsquo;en est jamais préoccupé, du moins professionnellement. En dix années de journalisme il n&rsquo;y a jamais consacré la moindre enquête ni écrit la plus petite brève sur le sujet. Avec son troisième livre <em>Nos</em> <em>pères</em> <em>nos</em> <em>frères</em> <em>nos</em> <em>amis</em>, ce jeune auteur rectifie magnifiquement le tir en nous emmenant dans un univers que nous côtoyons quotidiennement tout en l&rsquo;ignorant. Et c&rsquo;est bien cela le but du livre sous-titré « Dans la tête des hommes violents », nous faire admettre qu&rsquo;user de la force physique contre les femmes n&rsquo;a rien d&rsquo;exceptionnel. Il y a officiellement 220 000 plaintes déposées chaque année pour violences conjugales, ce qui atteste de l&rsquo;existence d&rsquo;autant d&rsquo;hommes qui frappent et contraignent. Mais on sait bien que ce chiffrage est sous-estimé car la plupart des femmes concernées n&rsquo;osent pas se rendre dans un commissariat de police ou une caserne de gendarmerie. Au prix d&rsquo;une introspection Mathieu Palain raconte que sa famille a été touchée par ce fléau. Sa mère, qui à l&rsquo;occasion du livre, lui a révélé avoir été agressée à dix-sept ans par le père d&rsquo;une petite fille qu&rsquo;elle gardait. Et lui-même qui à dix-huit a obligé la fille dont il était amoureux à l&#8217;embrasser. On aurait pu penser que le mouvement MeToo, en libérant la parole des femmes, allait nous faire collectivement progresser. Or il n&rsquo;en est rien ou alors pas tout de suite. Car le changement de la norme sociale, qui condamne désormais les violences faites aux femmes, a aussi pour conséquence d&rsquo;enfoncer les hommes dans le déni. Alors Mathieu Palain est parti enquêter. Rencontrer des femmes battues, des hommes cogneurs, des soignants et accompagnateurs qui ne baissent pas les bras. Il en a ramené des pistes, mais aucune solution magique. Ainsi qu&rsquo;un livre qui marque, comme l&rsquo;était le précédent <strong><em><a href="https://surbooke.fr/wordpress/?p=11148" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Ne t&rsquo;arrête pas de courir</a></em></strong> que j&rsquo;ai tant aimé.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Les hommes peinent à reconnaître leurs torts</p></blockquote>



<p>Ça commence avec Cécile tabassée pendant quarante-cinq minutes par son copain, sans discontinuer, jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;elle parvienne à s&rsquo;échapper défigurée. Comme ils ont tous deux déposé une plainte, la justice refuse de trancher et les oblige à suivre un stage de responsabilisation sur les violences conjugales. Quand elle s&rsquo;y rend Cécile est entourée d&rsquo;une autre femme et de vingt mecs. Elle est la seule à ressentir de la culpabilité parce qu&rsquo;elle avait trompé son compagnon et parce qu&rsquo;elle lui avait mis deux gifles pour se défendre. Ici chaque homme est persuadé que sa bonne femme l&rsquo;a poussé à bout. Alors Mathieu Palain se souvient de la proposition qui lui avait été faite et il part à Lyon en reportage dans un groupe de parole sur les violences entre hommes et femmes. Plus contraints que volontaires, les hommes peinent à reconnaître leurs torts. Leur vie ne ferait rêver personne, un père qui bastonnait leur mère, une naissance issue d&rsquo;un inceste, un séjour en prison. La plupart étaient violents avant de cogner leur compagne. Le plus dur pour eux est d&rsquo;envisager l&rsquo;égalité des droits avec les femmes. Les laisser porter selon leur bon vouloir une minijupe, les autoriser à décider de l&rsquo;opportunité de relations sexuelles, partager les tâches ménagères sont pour eux autant de défaites personnelles. Pire la possibilité pour une femme de faire appel à la justice entraînerait un chantage permanent : « “ <em>Je vais inventer que tu m&rsquo;as tapée</em> ”, <em>et hop prison </em>».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Les médecins et les psys qu’il interroge insistent sur le poids des traumatismes subis pendant l’enfance</p></blockquote>



<p>La plupart des participantes au groupe de parole lyonnais sont issus de l&rsquo;immigration, c&rsquo;est-à-dire d&rsquo;un milieu défavorisé. Or pour Liliane Daligand médecin légiste et experte auprès des tribunaux, la violence des hommes concerne toute la société. Elle est juste moins visible là où l&rsquo;aisance sociale dissuade de la dénoncer. La diffusion de son enquête sur France Culture ouvre d&rsquo;autres portes à Mathieu Palain, celle des personnes cultivées, éduquées, de milieux qu&rsquo;on imaginerait facilement moins concernés. Mais les réponses à son podcast lui envoient les mêmes méfaits, les mêmes femmes tabassées, pas davantage capables que les autres de quitter leur bourreau. Les médecins et les psys qu&rsquo;il interroge insistent sur le poids des traumatismes subis pendant l&rsquo;enfance. Sur l&rsquo;éducation des jeunes générations, pour ne plus faire des jeunes garçons des adultes qui règlent tout avec les poings. Pour ne pas préparer les petites filles à devenir des femmes soumises. Ce n&rsquo;est pas gagné &#8230;</p>



<p><strong>Comment</strong> <strong>travaille</strong> <strong>Mathieu Palain</strong> <strong>?</strong><br><a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-source/la-source-du-dimanche-02-octobre-2022-7588149">https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-source/la-source-du-dimanche-02-octobre-2022-7588149</a></p>



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		<title>Les Français atteints par une épidémie de flemme ?, Dominique Méda</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Jan 2023 16:21:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[sociologie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Flemmards les Français ? C&#8217;est ce que beaucoup ont prétendu récemment en s&#8217;appuyant sur une note de la Fondation Jean Jaurès et un sondage Ifop. 60 % des Français déclaraient ainsi en 1990 que le travail était très important dans leur vie. Ils ne sont plus que 24 % aujourd&#8217;hui. Houla, tout doux bijou, s&#8217;exclame [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>Flemmards les Français ?</strong> C&rsquo;est ce que beaucoup ont prétendu récemment en s&rsquo;appuyant sur une note de la Fondation Jean Jaurès et un sondage Ifop. 60 % des Français déclaraient ainsi en 1990 que le travail était très important dans leur vie. Ils ne sont plus que 24 % aujourd&rsquo;hui. Houla, tout doux bijou, s&rsquo;exclame la <em>Queen</em> de la socio Dominique Méda au micro de Mathilde Serrell sur France Inter. C&rsquo;est une très mauvaise interprétation ! Et elle en connaît un rayon Dominique sur le sujet, elle qui scrute l&rsquo;opinion des Européens sur le boulot depuis 1990. Déjà le sondage Ifop n&rsquo;est en rien comparable aux enquêtes qu&rsquo;elle utilise habituellement. Mais bien plus que la flemme c&rsquo;est pour elle la déception des Français par rapport au travail qu&rsquo;il faut questionner. Dominique Méda évoque les changements dans la manière d&rsquo;exercer les métiers pendant la crise sanitaire qui n&rsquo;ont pas perduré. C&rsquo;est ce qu&rsquo;ont connu les personnels hospitaliers qui se sont affranchis de la bureaucratie dans l&rsquo;urgence du covid, avant de la voir revenir ensuite. Sur le long terme les Français se sont toujours déclarés attachés au travail tout en étant favorables à une réduction de sa place dans leur existence. Pour l&rsquo;essentiel parce qu&rsquo;ils sont déçus par la manière dont ils bossent. Ce sentiment touche en premier lieu les plus jeunes. Pas parce qu&rsquo;ils ne voudraient plus travailler, mais parce qu&rsquo;ils sont les plus maltraités étant contraints de repousser leur entrée dans la vie active, et de la commencer par des stages mal ou pas rémunérés.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Un ressenti d’injustice pour les salariés dits de « deuxième ligne » dont on a enfin compris l’importance</p></blockquote>



<p><br>À cela se sont ajoutés des éléments plus conjoncturels de frustration nés de la période covid, qui ont permis à certains de réfléchir au sens qu&rsquo;ils voulaient donner à leur travail. Et également de ce que certaines catégories de la population ont ressenti à ce moment. Un sentiment d&rsquo;abandon pour les plus jeunes qui ont été confinés dans des logements particulièrement inconfortables. Un ressenti d&rsquo;injustice pour les salariés dits de « deuxième ligne » dont on a enfin compris l&rsquo;importance. Puisque leurs fonctions sont indispensables au fonctionnement de la société, alors qu&rsquo;ils sont les plus mal payés, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas accès au télétravail, et que leur situation ne s&rsquo;est toujours pas améliorée depuis malgré les promesses qui leur avaient été faites. L&rsquo;espoir de Dominique Méda est que ce moment si particulier, couplé à la nécessité de prendre en compte le changement climatique, permette de changer le travail. Parce que sauf à ignorer la contrainte climatique nous allons devoir supprimer des emplois et en créer d&rsquo;autres. Ce qui donnera des opportunités pour rompre avec une grande partie de la division internationale du travail en relocalisant. Et pourquoi pas en profiter pour modifier la gouvernance des entreprises en donnant autant de poids aux représentants des salariés qu&rsquo;à ceux des actionnaires. Elle est comme ça Dominique Méda, riche d&rsquo;un CV d&rsquo;un incroyable niveau, claire, accessible et optimiste quand elle s&rsquo;exprime. Ce n&rsquo;est pas elle qui va nous expliquer qu&rsquo;il convient de travailler plus longtemps, qu&rsquo;il n&rsquo;est plus temps pour les chômeurs de faire les difficiles devant un job. Et ça ça fait du bien.</p>



<p><strong>L&rsquo;émission</strong><br><a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/un-monde-nouveau/un-monde-nouveau-du-mercredi-28-decembre-2022-2071968">https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/un-monde-nouveau/un-monde-nouveau-du-mercredi-28-decembre-2022-2071968</a></p>



<p><strong>Henri</strong> <strong>un</strong> <strong>autre</strong> <strong>sociologue</strong> <strong>du</strong> <strong>travail</strong></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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