Chronique écrite pour l’émission Blood at Roots de Radio Mon Païs, 90.1 à Toulouse, du 28 février 2025 de 19 à 21 heures 00
Salut à tous. Aujourd’hui je vous emmène au Guatemala dans les pas d’un écrivain qui est non seulement un ce ceux qui a le mieux raconté l’Amérique latine et même bien plus. Mario Vargas Llosa est d’abord péruvien par sa naissance et par ses livres. Dans sa luxuriante bibliographie, vous pourrez jeter un œil sur La Tante Julia et les scribouillards, Pantaleón et les visiteurs, ou encore Aux Cinq Rues, Lima que j’ai chroniqué sur mon blog qui s’appelle Surbooké, une précision superfétatoire tant il est désormais connu. Mario Vargas Llosa a aussi écrit La fête au bouc un formidable portrait du dictateur de la République dominicaine Raphael Leonidas Trujillo. Il a également des attaches en France, au moins par son élection à l’Académie française qui date du 25 novembre 2021. Précision importante pour une émission qui célèbre les révolutions sud-américaines, Vargas Llosa n’est pas un homme de gauche. Il a par exemple pris position peu avant son entrée sous la Coupole en faveur du candidat de la droite et de l’extrême droite à l’élection présidentielle chilienne. Il s’est également présenté en tant que libéral à l’élection présidentielle péruvienne en 1990 contre Alberto Fujimori. Mais même pour des personnes de gauche, sa défaite n’a pas été pas une bonne nouvelle, car son concurrent s’est révélé être une franche crapule au point d’écoper par la suite de vingt-cinq années de prison.
Dans Temps sauvages on retrouve entre autres Rafael Léonidas Trujillo
Nonobstant son positionnement politique notre Péruvien demeure un des meilleurs raconteurs des vies politiques d’Amérique latine, comme par exemple dans Temps sauvages qui décrit magnifiquement la mainmise politique des États-Unis d’Amérique sur le Guatemala. Ce roman se déroule à la sortie de la seconde guerre mondiale. Une période propice dans tout le centre et le sud du continent aux coups d’État fomentés par la CIA. Une époque où les dictateurs ont parfois remplacé des présidents démocratiquement élus, mais bien plus souvent d’autres dictateurs. Dans Temps sauvages on retrouve entre autres Rafael Léonidas Trujillo, celui qui a dirigé d’une main de fer pendant trente années la République dominicaine. Et ce n’est pas un hasard : le Dominicain a longtemps été un modèle pour les autocrates, par la durée de son règne, la qualité de sa police politique, et sa capacité à résister aux Américains. Car pendant des années sur le continent, à la fin c’était la CIA qui gagnait.
Un dandy faisait face à un péquenot
Temps sauvages débute avec la présentation des deux hommes qui ont eu le plus d’influence sur le destin du Guatemala au XXe siècle. Ils s’appellent Edward L. Bernays et Sam Zemurray. Zemurray était un Juif de la mer noire né en 1887, une époque de terribles pogroms russes. Il émigra avec sa tante aux États-Unis comme le fit aussi Bernays. Également juif, Bernays était d’un tout autre niveau social en tant que neveu de Sigmund Freud. Il se voulait d’ailleurs l’inventeur des relations publiques. Les deux hommes se rencontrèrent pour la première fois quand Bernays reçut Zemurray dans son bureau de Manhattan. Un dandy faisait face à un péquenot. Le plus important économiquement n’était toutefois pas celui dont les habits brillaient. C’était Zemurray qui importait des bananes d’Amérique centrale via l’entreprise qu’il avait créée : United fruit. Le jour de la rencontre, Zemurray qui peinait à écrire une lettre, voulait embaucher Bernays pour qu’il s’occupe des relations publiques de sa firme. Bernays améliora grandement l’image de la Pieuvre nord-américaine en faisant construire quelques écoles et dispensaires au Guatemala, et plus encore en ralliant à United Fruit l’aristocratie bostonienne. À la fin de la seconde guerre mondiale Zemurray et Bernays s’efforcèrent de faire croire à l’opinion publique américaine que le président guatémaltèque Arévalo allait transformer son pays en cheval de Troie de l’Union soviétique. C’était totalement faux car Arévalo avait pour seul but d’instaurer au Guatemala un régime démocratique calqué sur celui des États-Unis avec la liberté de se syndiquer et pire encore le refus des monopoles. Arévalo souhaitait aussi améliorer la vie des Indiens qui constituaient la majorité de la population guatémaltèque. En 1950 Jacobo Árbenz Guzmán, le fils d’un pharmacien d’origine suisse, succéda à Arévalo avec pour principale promesse la réforme agraire. Une décision qui nuisait gravement à United Fruit le premier propriétaire foncier du pays.
Tous les dictateurs de la région furent sollicités
En 1954 le président américain Eisenhower décida de déboulonner par les armes Árbenz en s’appuyant sur un militaire local le colonel Castillo Armas dit « Face de hache ». Quand on le regardait on voyait d’abord sa petite moustache qui rappelait celle d’Adolphe Hitler. Pour réussir son coup d’État Eisenhower avait pour atout, les deux frères Dulles qui étaient secrétaire d’État et chef de la CIA. Ils étaient aussi anciens fondés de pouvoir de United Fruit, une entreprise peu encline au changement car elle n’avait jamais payé d’impôts en cinquante années d’activité au Guatemala. De Trujillo en République dominicaine, à Somoza au Nicaragua ,et au président du Honduras, tous les dictateurs de la région furent sollicités par « Face de hache » pour qu’ils l’aident à se débarrasser du communisme. Cela fonctionna si bien que Castillo Armas parada en 1955 à New-York en tant que président du Guatemala. Au pays la réforme agraire avait été abolie, et on traquait les communistes comme l’Inquisition avait su le faire avec les impies dans des temps anciens. L’Église catholique n’avait d’ailleurs pas beaucoup changé, elle détestait toujours autant les déviants qui étaient désormais les rouges.
L’enregistrement de la chronique
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