Elle a occis son grand-père Hugon le Terrible, elle lui a tranché la gorge, elle a attrapé ses cheveux. Miou a hurlé : « La forêt vous a vengés, Aïda, Guillaume et la Noiraude ! ». Puis la jeune fille a emmené son trophée sur son coursier au galop. Reine était née au fond des bois du ventre de Gala. Ensuite vint un garçon avec la même tâche infamante au col, et enfin une fille. La semence de l’homme a été généreuse se dit La Prodigue, l’accoucheuse. Dame Clarisse avait demandé un enfant, pas trois. Alors la vieille laissa la souffreteuse à sa mère, et si Reine fut conservée son frère Ephraïm fut confié au prieuré. Quelques mois plus tôt Clarisse avait fait chercher La Prodigue et elle avait acheté son silence. Elle avait besoin d’une descendance, et bien qu’elle se fût donnée depuis tant de nuits au comte Hugon de Bure, rien n’était venu. Heureusement La Prodigue avait trouvé celle dont elle avait besoin de l’autre côté de la forêt. Elle s’appelait Gala et avait été élevée parmi les renards et les lichens. On la surnommait La folle des bois de Bénévent, et jamais elle ne dit qui l’avait engrossée. La pauvresse avait une réputation sulfureuse depuis que son père, conduit au bûcher, avait souri au milieu des flammes. On l’avait brûlé pour avoir tué un bossu qui aurait abusé de sa fille. Mais La Prodigue connaissait la vérité. Elle avait vu le comte Hugon assassiner le bossu qui était son amant. Ce seigneur était un monstre. Il s’accouplait avec les hommes comme les femmes, et aurait pu le faire avec une chèvre.
Et quand toutes les motivations sont réunies, ça donne le sac de Constantinople
Quel régal que ce roman qui se déroule au temps des croisades. Quelle découverte que celle de cette professeure de français de Gap, qui en est à sa sixième publication, et que j’avais jusqu’à présent laissée de côté. Le tout donne une histoire qui se déroule dans les Alpes, sur fond de violences multiples. Celles des seigneurs sur les populations, des hommes sur les femmes, de l’Église catholique sur les autres religions. Alors ça pille les maigres biens des serfs, ça envoie à la torture ceux qui dérangent, ça viole parce qu’il n’est rien de meilleur, et ça massacre au nom du Christ. Et quand toutes les motivations sont réunies, ça donne le sac de Constantinople avec ses maisons incendiées, ses bibliothèques réduites en cendres, et « les pucelles qui se souviendront longtemps du quart d’heure qu’on leur a fait passer ». L’humanité n’est pourtant pas absente du roman. On la trouve chez les femmes qui défendent leurs enfants. Au sein d’un prieuré où un bénédictin et un franciscain refusent de massacrer ceux qui sortent du rang. Et surtout dans l’écriture de Laurine Roux qui nous régale avec ses personnages et ses paysages. Alors peu importe les joies malsaines des populaces pendant les exécutions. On est heureux de côtoyer des marionnettes amoureusement sculptées pour des enfants. De voir grandir Mange-Ciel aux côtés de Gala. De découvrir l’amour partagé par Guillaume et Pietro. Et de pénétrer dans une forêt magique qui est l’ultime refuge des proscrits.
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Laurine Roux