C’est un joli cadeau que nous fait Pierre Lemaitre en transformant sa trilogie consacrée aux Trente Glorieuses en tétralogie. Il raconte qu’il en a perçu le besoin en écrivant son troisième épisode dans lequel il n’était pas parvenu à clore son récit. Sans vouloir divulgâcher le devenir de ses personnages, on peut au moins dire que le nouveau volume est le dernier. Parce qu’à la fin de ce quatrième tome, il en sera fini de certains que nous avions découverts en 1948 à Beyrouth. Le nouvel opus débute en 1963 à Paris quand les Pelletier sont réunis dans un restaurant pour fêter le prix littéraire que François vient de recevoir. Ne manquent à l’appel que le chat Joseph et plus encore Jean. Son absence fait pester sa femme Geneviève, qui de toute façon aurait trouvé une raison pour rabaisser « Bouboule ». Mais pour une fois le plus âgé des enfants Pelletier a une bonne raison : il vient de pénétrer dans un immeuble en feu d’où il ressortira avec un bébé dans les bras. Que ce personnage falot se soit cassé une jambe et fêlé des côtes en sautant dans le vide, rend son geste encore plus héroïque. Ce que la perfide Geneviève ne manquera pas d’exploiter pour se mettre en avant. Le devenir du petit Michel devenu orphelin dans l’incendie va être un des fils conducteurs du nouvel épisode. Il en sera de même de la construction du boulevard périphérique parisien dans laquelle Jean investira une partie de ses économies. Et surtout de l’enquête que mènera François sur son frère aîné qu’il soupçonne d’avoir assassiné plusieurs femmes.
Les belles promesses c’est la suite et la fin des aventures de la tribu Pelletier
Les belles promesses c’est l’histoire de la France pompidolienne qui se modernise, quitte à passer sur le corps de ceux qui entravent la grandeur de la nation. Parce que derrière le ruban autoroutier parisien, la Tour Montparnasse, le port de Dunkerque, l’autoroute Paris-Lille, l’esplanade de la Défense, il y a les anonymes qui ont été déplacés pour la grandeur du pays et les profits des investisseurs. La modernisation de la France est aussi celle de son agriculture qui se mécanise, agrandit les parcelles via le remembrement, adopte la stabulation libre, et passe aux mains de puissantes fédérations professionnelles. Ce volet du roman permet à Pierre Lemaitre d’introduire le personnage de Manuel. Un fils d’immigré espagnol venu en France faire le saisonnier, qui paiera cher sa volonté de mener sa barque en dehors du système. Il est savoureux de constater l’actualité du récit de Lemaitre, car on pourrait trouver aujourd’hui les mêmes victimes des discours productivistes. Des habitants du Tarn expropriés pour céder la place à l’A69, aux agriculteurs priés de se faire discrets lors de la signature du traité avec le Mercosur. Mais plus encore qu’aux laissés-pour-compte, Les belles promesses c’est la suite et la fin des aventures de la tribu Pelletier. Avec l’ignoble Geneviève qui en devient à peine crédible. La torture intellectuelle que s’inflige François qui ne voudrait pas envoyer son frère à la guillotine. L’entrée de Philippe dans l’adolescence et son éveil sexuel. La découverte de Thérèse qui se révèle être bien plus que la boniche de sa sœur Geneviève. Et Colette qui s’affirme en dépit de sa mère, protégeant son frère Philippe et le chat Joseph. C’est pour tout cela qu’on est content de les retrouver une dernière fois. Parce que c’est désormais officiel, le prochain roman de Pierre Lemaitre sera un polar comme il en a tant écrit. Et ça c’est une idée qu’elle est bonne.
« Lorsqu’il entra, sur le juke-box, c’était Claude François, Belles, Belles, Belles »
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