Les meilleurs auteurs de romans noirs doivent l’avoir mauvaise. Comment rivaliser, comment imaginer un scénario plus pervers que celui de la sextape de Saint-Étienne ? Un complot ourdi par le maire de la cité pour garantir la poursuite de sa carrière politique. Cette histoire abracadabrantesque est bien plus que la mise à l’écart d’un concurrent qui n’est même pas un adversaire politique. C’est une machination qui a failli pousser la victime au suicide. Qui aurait dû détruire sa famille. Heureusement le mécanisme s’est grippé et le premier adjoint s’en est sorti. D’abord parce que sa femme et ses grands enfants l’ont soutenu. Ensuite parce qu’un des comploteurs a lâché le morceau. Enfin grâce à l’enquête de Mediapart. Le récit pose plein de questions. Comment des personnes sans aucune morale ont-elles pu conquérir des postes aussi importants ? Parce que parmi les comploteurs il y en a un qui avait déjà imaginé coller une prostituée mineure dans le lit d’un maire. Un autre qui avait côtoyé un élu pour qui Hitler n’avait peut-être pas tué assez de gitans. Un qui avait navigué d’un parti à l’autre jusqu’à trouver celui qui lui était le plus favorable. Et au-dessus d’eux un maire parfaitement insensible à la mort annoncée de celui qu’il voulait évincer. Comment aussi les colistiers du maire ont-ils accepté de protéger Perdriau alors que plus personne ne pouvait encore croire à son innocence ? Comment des élus peuvent-ils garder leurs substantielles indemnités sans fournir le travail dont ils sont redevables ? Pourquoi la justice n’a-t-elle collé que cinq ans d’inégibilité à Perdriau, sachant que presque tous les élus condamnés de Carignon à Cahuzac ont tenté de revenir ? Le passionnant récit d’Antton Rouget et de Ramsès Kefi répond partiellement à ces questions. Il est heureux que Mediapart l’ait publié pour que nous puissions y réfléchir.
Pour Gaël Perdriau le maire de Saint-Étienne, c’est bien pire
L’annonce est tombée : le procès du chantage à la sextape est fixé fin septembre 2025. S’il en est un qui s’en réjouit c’est bien Gilles Rossary-Lenglet. Pourtant avec cette affaire, ce barbouzage qu’il a fomenté, il a tout perdu. Plus personne ou presque ne veut le prendre au téléphone, et c’est peu dire que sa santé est vacillante. Il a besoin d’une aide-ménagère pour couper ses légumes. Pour Gaël Perdriau le maire de Saint-Étienne, c’est bien pire. Annoncé un temps futur ministre de Macron, il vit reclus à la mairie avec ses derniers soutiens. Ses décisions sont retoquées par le conseil métropolitain. Récemment un député de son camp a refusé de lui serrer la main en lui répondant qu’il pouvait se la garder pour pisser.
Artigues a pensé se suicider
Septembre 2016. Gilles Artigues et Samy Kéfi-Jérôme travaillent ensemble. Artigues est le premier adjoint à la mairie de Saint-Étienne, Kéfi-Jérôme l’adjoint en charge de l’éducation. Ils se voient en dehors du boulot, Kéfi-Jérôme connaît la femme et les enfants d’Artigues. La rumeur prétend qu’Artigues le catho tenant de la Manif pour tous, et Kéfi-Jérôme bisexuel assumé, auraient une liaison. Kéfi-Jérôme sort son téléphone et montre à Artigues une vidéo intitulée In bed with Gilles Artigues. On voit l’élu se déshabiller et se faire masser par un inconnu. Artigues n’est pas un adjoint anonyme. Ancien député, il a en 2014 scellé un accord avec Perdriau pour reprendre la mairie au PS. Le catho centriste a imposé au représentant de l’UMP quatorze adjoints qui sont autant de snipers contre Perdriau. L’accord a été conçu par les chefs de parti parisiens. Ils auraient tout aussi bien pu choisir Artigues comme maire. Récemment arrivé dans la Loire, Kéfi-Jérôme ne cache pas ses appétits de pouvoir. Il vise la députation comme représentant du Centre. Il explique à Artigues qu’il détient d’autres images. Il exige qu’il se désiste à son profit lors des législatives à venir s’il venait à lui en intimer l’ordre. Il imagine aussi le pousser à admettre son homosexualité tout en filmant la scène avec une caméra cachée. Ça n’ira pas plus loin, mais Artigues a pensé se suicider en quittant son bourreau. L’idée de la vidéo vient de Rossary-Lenglet qui est l’ex de Kéfi-Jérôme. Le barbouzeur l’a facilement vendue à Perdriau et Pierre Gauttieri le chef de cabinet du maire. Il en a retiré une forte somme d’argent et une promesse d’embauche à la mairie en cas de besoin. Il a programmé la rencontre d’Artigues et de Kéfi-Jérôme le 5 janvier 2015 à l’occasion d’un déplacement professionnel à Paris où Kéfi-Jérôme s’est pointé en compagnie de Theo un escort boy. Mais l’adjoint à l’éducation charge mal la GoPro. Il n’enregistre que le massage. « Une sextape sans sexe ». Perdriau était-il au courant de la machination ? Artigues en aura la preuve en novembre 2017 quand le maire de Saint-Étienne lui demande d’exécuter ses ordres s’il ne veut pas qu’il publie la vidéo.
Perdriau refuse de démissionner de son poste de maire
En mai 2022 Perdriau annonce à Artigues sa rétrogradation comme troisième adjoint. Le maire se voit ministre de Macron, pas question dans ce cas de laisser la mairie aux mains d’Artigues. Le centriste l’accepte et part travailler dans le Tarn comme directeur diocésain de l’enseignement catholique. Rien ne devrait plus arrêter Perdriau. Sauf qu’il a oublié Rossary-Lenglet. Il n’a plus d’argent, il est marqué par le Covid, il ne parvient pas à se faire embaucher par la mairie. Gauttieri lui propose alors un job à 2 500 euros bruts par mois. Pas assez pour le barbouzeur qui entre en contact avec Mediapart. Le journal attend l’accord d’Artigues pour publier. Il intervient fin août 2022 quand l’ancien premier adjoint porte plainte. À la mairie l’atmosphère est délétère entre les demandes de démission formulées par des élus d’opposition et de nombreux licenciements. En mai 2023 Perdriau est mis en examen pour chantage. Il s’est mis en retrait du conseil métropolitain tout en gardant son indemnité, mais il s’accroche à son poste de maire. Pierre Gauttieri est incarcéré quinze jours faute d’avoir respecté son contrôle judiciaire. À sa sortie de prison il lâche Perdriau : le maire a commandité l’opération et l’a payée avec de l’argent public. Pourtant Perdriau refuse toujours de démissionner. S’ils le démettaient, les élus de sa majorité prendraient le « risque d’offrir » la ville à la gauche. Même la société civile finit par se lasser de réclamer le départ du maire. Lui rêve encore d’un troisième mandat en 2026. Lundi 22 septembre 2025 le procès débute. Le verdict est annoncé le 1er décembre 2025 avec des peines supérieures aux réquisitions. Samy Kéfi-Jérôme et Gilles Rossary-Lenglet : quatre ans de prison dont un avec sursis et 40 000 euros d’amende. Pierre Gauttieri : quatre années de prison dont deux avec sursis et 30 000 euros d’amende. Gaël Perdriau : cinq ans d’emprisonnement dont un avec sursis, 50 000 euros d’amende, inéligibilité de cinq ans avec exécution provisoire. S’y ajoutent des dédommagements multiples à la charge des quatre condamnés.
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