La lecture de Main basse sur la ville de Nassira El Moaddem est un acte de salut public. Parce que l’enquête de cette journaliste sur les méfaits perpétrés au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) par le sénateur et ancien maire Thierry Meignen doivent être dénoncés. Les habitants de cette commune parmi les plus pauvres d’Île-de-France l’ont bien compris en choisissant au soir du second tour des municipales 2026 de virer l’édile, en lui préférant la liste de gauche menée par Demba Traoré. C’est peu dire que Nassira a été entravée dans son travail tant elle a reçu de menaces. Elle le raconte dès l’introduction de son livre citant les nombreux « Faites très attention à vous Nassira », « Prévenez vos proches quand vous êtes ici », et autres «Venez chez moi, je n’aimerais pas qu’il vous arrive quelque chose » qui lui ont été adressés par les personnes qu’elle allait rencontrer. Nassira El Moaddem a été suivie dans certains de ces déplacements. On lui a volé son portable devant l’école de ses enfants le lendemain d’une conversation avec une source inquiète. Quarante-huit heures avant l’élection Thierry Meignen avait menacé Nassira El Moaddem en disant : « Je vais la faire condamner pour diffamation, je vais la fouetter, j’irai au bout, elle va mourir, je la tue. ». Au Blanc-Mesnil, les personnes qui font peur ne sont pas les dealers. Ils portent bien, leur cravate est adroitement nouée. Ici comme à Saint-Denis le fascisme rampant est en route.
Un an et demi après l’élection de Thierry Meignen quarante-cinq cadres ont quitté la mairie
L’histoire de la droite au Blanc-Mesnil débute en 2014 avec la conquête de la mairie par Thierry Meignen un enfant du cru. Il succède à quatre-vingt-trois ans de gouvernance communiste. Peu après Philippe Hoang Mong se suicide en se défenestrant de la tour qu’il habite dans le XIXe arrondissement de Paris. Philippe Hoang Mong dirigeait la voirie au Blanc-Mesnil, et avait en charge le choix du nouveau délégataire de la distribution des eaux. Il avait évoqué de graves difficultés professionnelles au sein de son entourage. La conquête municipale de Thierry Meignen est passée par celle des quartiers populaires. C’est là qu’étaient les réserves de voix. Elle s’est appuyée sur la lassitude de nombreux habitants issus de l’immigration que le parti communiste ne voulait pas intégrer dans les équipes de la mairie malgré sa politique paternaliste. Meignen y a mis le prix en promettant la construction d’une mosquée et d’une école musulmane. Il fera traîner le projet jusqu’en 2019 pour faciliter sa réélection. Dès son entrée en fonction Meignen déclenche une chasse aux sorcières, il dispose pour cela d’un homme de main : Gérard Lesuisse. Ce conseiller spécial avait précédemment travaillé avec Serge Dassault quand l’industriel avait pris la mairie de Corbeil-Essonnes. C’est un coupeur de tête, il est chargé de faire partir les salariés qui dérangent. En mars 2015 la famille de Philippe Hoang Mong porte plainte contre Lesuisse pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Sa boîte mail professionnelle atteste du harcèlement que lui a fait subir le conseiller du maire qui lui envoyait des messages humiliants, nuit et jour, le week-end et en semaine. Les inspections menées par la médecine du travail, qui détectent une souffrance généralisée, n’aboutissent à rien. Un an et demi après l’élection de Thierry Meignen quarante-cinq cadres ont quitté la mairie. Le harcèlement du maire atteint même un de ses adjoints qui reçoit des insultes racistes et des menaces de mort sur son téléphone. Il s’opposait à la privatisation des centres sociaux qui sont repris par une structure issue des partis de droite. En s’appuyant sur Force ouvrière Meignen dézingue les autres syndicats municipaux. À l’inverse il n’oublie pas ceux qui l’ont aidé pendant la campagne municipale. Il les remercie en leur attribuant des marchés publics, pour la surveillance, le nettoyage des bâtiments, et l’entretien des paysages.
Il attribue une subvention à une association dirigée par sa compagne
Le choix d’un nouveau délégataire pour l’eau est un dossier prioritaire pour Meignen. Cinq candidats postulent : la Saur le délégataire en cours dont le contrat arrive à son terme, Suez, Veolia, CEG, et la Nantaise des eaux. C’est la Nantaise, la plus petite entreprise, qui est retenue avant que la justice ne casse par deux fois le choix de la mairie. Une délibération plus tard, la Nantaise qui a entre-temps été achetée par Suez, empoche le jackpot. On découvre alors que géant de l’eau est un client de la société de conseil de Meignen. Le maire veut tout contrôler dans « son » territoire. Il attribue des subventions à une association dirigée par sa compagne et première adjointe. Il flingue un club de judo d’un adversaire politique. Il annule un concert de Grand Corps Malade, natif du Blanc-Mesnil, au motif qu’il a invité sur scène une personne qui lui déplaît. Thierry Meignen déteste les communistes et aime la droite de préférence extrême. Il fait voter une subvention de 20 000 euros à « Alexandre et Aristote » une association censée promouvoir la lecture au Blanc-Mesnil. Elle est dirigée par Sarah Knafo, la compagne d’Éric Zemmour. Sa seule activité consistera à faire acheter par la commune des livres du multicondamné pour propos racistes et de quelques auteurs du même acabit.
L’appétit du maire est sans fin
Le maire du Blanc-Mesnil s’est mis en tête de transformer sa commune en y faisant venir de nouveaux habitants compatibles avec ses idées. Exit les pauvres, bonjour les riches. Il se lance dans une phase de constructions hystérique et vend du foncier aux promoteurs. Ça commence par le Jardin des Orfèvres, une copropriété privée de 30 000 mètres carrés lancée par la société Ogic. Ça continue avec d’autres projets, beaucoup d’autres, car dix mille logements sont prévus à l’horizon 2027-2028. La ville devient un chantier permanent, une agence immobilière à ciel ouvert. L’argent coule à flot y compris sur les infrastructures municipales comme le relève la Cour régionale des comptes. L’appétit du maire est sans fin puisqu’il fait fermer la seule résidence autonomie pour seniors de la ville. Elle devait être remplacée par un établissement plus luxueux confié au privé qui finalement ne verra pas le jour. Réélu en 2020 Thierry Meignen ne tolère toujours pas qu’on s’oppose à lui. Il le fait savoir en mai 2021 quand deux anciens collaborateurs se présentent aux élections départementales contre « ses » candidats. Pour les contrer et s’opposer aux candidats de la gauche, Meignen sollicite deux faux binômes de gauche pour perdre les électeurs. Le stratagème fonctionne mais l’élection est cassée par le tribunal administratif. Au final Fabien Gay conseiller municipal et sénateur communiste est élu. En 2026 Meignen se représente à la mairie qu’il avait abandonnée pour un poste au Sénat. Il est battu.
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