Virdimura n’a pas connu sa mère morte dans un hurlement rauque et grossier juste après sa naissance. Cela se passait à Catane en 1302. La ville était remplie de juifs, de musulmans, d’Arabes, de chrétiens. Son père s’appelait Urìa, il avait été à vingt ans le plus jeune médecin du quartier juif. Il soignait avec les plantes, la musique, les bains de mer, la conversation avec les poètes, les étoiles. Il avait choisi un prénom inconnu pour sa fille, et les prêtres juifs annoncèrent qu’il porterait malheur. Urìa enseigna à Virdimura, la lecture, l’écriture, et les herbes en l’emmenant les découvrir. Il soignait toutes les maladies. Même celles des fous, des muets, des malformés, ainsi que celles des somnambules qui n’intéressaient personne. C’est pourquoi juifs, musulmans et chrétiens faisaient appel à lui alors que le roi de Sicile l’interdisait pour les enfants de Jésus. Une nuit un incendie dévasta sa maison ainsi que le laboratoire où il autopsiait les cadavres. Alors Urìa et Virdimura les reconstruisent. Soigner tout le monde, parfois gratuitement, mélanger les herbes sans être automaticien, priver un mort de ses organes, valait à Urìa de nombreuses amendes qu’il payait sans rechigner. Le plus important était pour lui de transmettre son savoir à sa fille, qui n’avait pas d’amis dans le ghetto, et qui paraissait d’autant plus effrayante qu’elle était rousse. Quand une flotte accosta à Catane avec le cadavre d’un mousse victime d’une hémorragie et de pustules rouges sur le thorax, Urìa demanda à le voir. Il annonça qu’il était mort du typhus et qu’il fallait isoler le bateau. Les prêtres l’accusèrent de répandre la peur et ne firent rien. Quand l’épidémie se répandit, une horde de Catanais vinrent le chercher, on ne le retrouva jamais. Virdimura succéda à son père, elle restaura la virginité de femmes violées en recousant leur hymen, ce qui leur permit d’échapper à la répudiation et à certaines de la traiter de sorcière. Quand en 1322 le pape interdit l’accès aux rites sacrés, les églises fermèrent, les mariages cessèrent, les viols se multiplièrent. Certaines chrétiennes abusées se réfugièrent chez Virdimura. Après les avoir soignées, elle leur apprit la médication, et leur montra comment utiliser leur savoir de couturière à la réparation des chairs. Puis elle transforma la maison de son père en hôpital. Des juives et des chrétiennes y vivaient, on y parlait l’arabe et le sicilien.
Son parcours fut pourtant chaotique, au sein de sa communauté comme dans ses relations avec les autorités chrétiennes
Ce roman de la magistrate catanaise Simone Lo Iacono est une très belle réussite. Les éditions Métailié le qualifient de phénomène éditorial en Italie, et on doit les remercier de nous le proposer en français. Le récit s’appuie sur l’histoire véridique de Virdimura qui devint en 1376 la première femme autorisée à soigner. Ce sont ses déclarations devant les augustes docteurs et le juge suprême des communautés juives siciliennes, le Dienchelele, que l’autrice nous relate. Il fallait probablement tous les mystères de cette île magique, tant de fois envahie, riche de multiples cultures, pour produire autant de merveilles. Car Virdimura n’accepta sa qualification que si elle l’encourageait à soigner en priorité les indigents. Son parcours fut pourtant chaotique, au sein de sa communauté comme dans ses relations avec les autorités chrétiennes. On apprécie particulièrement l’arrivée de la peste en Sicile, qui débarqua d’une galère génoise à Messine en 1347. Alors que le compagnon de Virdimura lui-même médecin a compris qu’il fallait éradiquer les puces vecteurs de la maladie, il se retrouva accusé de la transmettre en vaporisant des macérations d’orties. Rappelons que la peste noire a au total décimé une moitié de la population européenne.
Qu’en dit Bibliosurf ?
https://www.bibliosurf.com/La-Guerisseuse-de-Catane.html
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