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Le blog de Laurent Bisault

« On sait pas, on n’a pas essayé », Ludivine Bantigny, Éditions La Meute

Nov 1, 2026 #La Meute

Ceux qui envisagent de voter pour l’extrême droite, parce qu’on ne l’aurait pas essayée, devraient d’urgence lire l’opuscule de Ludivine Bantigny. L’historienne spécialiste entre autres des révolutions rappelle ce qui a dans le passé caractérisé les fascismes. Le rejet de la démocratie, en témoigne ce que fit Benito Mussolini en Italie avec le soutien des puissances industrielles et bancaires. Car quoi de mieux qu’un régime autoritaire pour briser les mouvements sociaux ? L’avènement du fascisme n’est donc pas le produit d’une fatalité historique. Il est le choix des élites politiques et économiques qui composent avec l’extrême droite. C’est comme le rappelle Johann Chapoutot ce qui s’est produit en Allemagne. Quand les libéraux autoritaires ont jugé que la meilleure voie pour se maintenir au pouvoir était de s’allier avec les nazis. Certains nous diront que tout cela relève du passé. Mais c’est faux, nous sommes aujourd’hui dans une période de fascisation rampante. L’administration Trump a retiré des bibliothèques des livres comme Le Journal d’Anne Frank ainsi que des ouvrages de Tony Morrison et de Stephen King. Dans la Hongrie de Viktor Orbán les conditions du pluralisme démocratique ont été vidées de leur substance. La presse indépendante a été la première visée, puis ce fut le tour de l’indépendance de la justice. La marche des fiertés a été interdite en 2025 à Budapest. Dans l’Italie de Meloni la suppression du revenu de citoyenneté a permis de prendre aux pauvres pour donner aux riches. Elle a durci les sanctions contre les manifestants et criminalisé certaines protestations pacifiques. En Italie le droit à l’avortement a reculé en permettant aux organisations qui s’y opposaient d’accéder aux centres où on entamait une démarche d’IVG.

Les discours politiques ne seraient toutefois pas grand-chose sans des médias pour les porter

Et en France ? Une partie du personnel politique court derrière l’extrême droite en reprenant ses thèmes et ses obsessions. Nous avons nous aussi nos « irresponsables » comme le dit Johann Chapoutot en parlant de ceux qui ont amené les nazis au pouvoir. François Bayrou Premier ministre a évoqué un sentiment de submersion en parlant des immigrés. Gérald Darmanin a servi sur un plateau au Rassemblement national la loi Immigration dont ce parti rêvait. Les macronistes ont instauré une présomption de légitimité aux tirs policiers, et ils se préparent à criminaliser la participation à une manifestation. On pourrait aussi évoquer l’instauration à l’université de droits d’inscription spécifiques aux étudiants étrangers non communautaires, ainsi que la possibilité de ne pas verser de prestations sociales aux immigrés qui cotisent. Les discours politiques ne seraient toutefois pas grand-chose sans des médias pour les porter. En France une poignée de milliardaires s’en sont occupés. Ils s’appellent Xavier Niel, Martin Bouygues, Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Rodolphe Saadé, Daniel Křetínský ou François Pinault. Le tout avec d’abondantes subventions publiques. À charge pour leurs intervenants de réécrire l’histoire comme Boris Cyrulnik affirmant dans un journal de Saadé que « Mélenchon, à mes yeux, c’est l’extrême droite ». Ce qui signifie que tout devient l’extrême droite, qu’elle n’existe plus. C’est ce que voudrait nous faire croire le RN avec sa stratégie de dédiabolisation. Pourtant les brebis galeuses se comptent en troupeaux dans ce parti. Il prône depuis des années l’exemplarité, mais ses membres se font gauler à détourner l’argent du Parlement européen.

Ne comptez pas sur le Rassemblement national pour défendre les femmes

Le RN se prétend être le parti du peuple, mais il défend les intérêts des puissants en refusant à l’Assemblée nationale d’augmenter le Smic, de bloquer les prix et de taxer les superprofits. Une partie du grand capital français l’a adoubé pour cela. Ils ont raison, ils peuvent compter sur le Rassemblement national, car ce parti vote systématiquement contre les propositions de la gauche qui s’attaquent aux fraudes fiscales et sociales. Leurs ennemis ne sont pas les employeurs qui grugent la puissance publique, mais les Étrangers. Surtout les sans-papiers qui travaillent, payent une grande partie des impôts, et n’ont droit en contrepartie à aucune prestation sociale. À l’entendre le RN protégerait les Français. Foutaises. À l’Assemblée nationale, son groupe parlementaire est le seul à ne pas avoir approuvé la création d’un fonds pour financer la recherche sur les cancers pédiatriques. Officiellement le RN défendrait les agriculteurs, mais il protège uniquement les grandes exploitations. Julien Odoul un de ses pires représentants s’est moqué des agriculteurs qui se pendent, une pratique tragiquement courante dans la profession. Le RN a longtemps nié le réchauffement climatique, devant l’ampleur des canicules il en accepte désormais l’idée. Pour autant il se refuse à en traiter les causes, et il ne se prive pas d’appeler à sabrer les budgets des organismes qui y travaillent comme l’Ademe ou l’Office français de la biodiversité. Ne comptez pas sur le Rassemblement national pour défendre les femmes. Marine Le Pen n’a pas pris part au vote sur l’introduction du droit à l’IVG dans la constitution. Stéphane Ravier l’ancien sénateur RN passé chez Zemmour a décroché le pompon en déclarant « Un viol finalement, c’est un rapport amoureux qu’une partie des deux souhaite, la deuxième pourrait faire un effort ». La défense de la culture n’est pas davantage leur fonds de commerce. Le député RN Matthias Renault a demandé la suppression des subventions versées aux Trans Musicales de Rennes parce qu’il avait assimilé le festival à une entreprise LGBT. Dans son cas une remise à niveau s’impose. Pourtant rien n’est fatal, l’histoire n’est pas écrite. Pour s’opposer au cauchemar, il faut soutenir les médias indépendants et dénoncer la fascisation rampante que nous vivons. Il faut s’opposer aux déclarations du président du Sénat Gérard Larcher qui vient d’évoquer l’interdiction de La France insoumise. Que le second personnage de l’État se le permette est gravissime. Que Laurent Wauquiez réclame une primaire de la droite incluant Éric Zemmour est tout aussi répugnant. L’extrême droite française a déjà gagné une partie de son combat. Comme le rappelle l’historienne Isabelle d’Artagnan, « L’acte d’ouverture du fascisme est le ralliement d’élites paniquées ». C’est pourquoi il est grand temps d’ouvrir les yeux.

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One thought on “« On sait pas, on n’a pas essayé », Ludivine Bantigny, Éditions La Meute”
  1. Sujet totalement d’actualité. Voir l’article du monde du 28/10 « La lente infusion de la parole haineuse et raciste, de la droite dure jusqu’au sommet de l’Etat »

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