Paris, nuit du 22 au 23 juillet 1933. Il fait chaud, très chaud. Violette Noziere, fille unique du cheminot Baptiste Nozière et de sa femme Germaine, est prête à tout pour respirer. Violette étouffe certes de la moiteur, mais plus encore de la morale qui interdit le désir, qui fait du sexe un interdit. C’est du moins ce qu’on pourrait croire. La jeune femme ne supporte pas son milieu social qui croit au travail et à l’ascenseur social. Violette Nozière a dix-huit ans, elle sait qu’elle ne sortira de son emprise familiale qu’en se mariant. Elle n’aura en tant que fille jamais le droit de voter, mais elle sera bientôt assez vieille pour être guillotinée. Violette a commencé très jeune à coucher avec des garçons, à se faire payer pour ça. On disait qu’elle faisait plus que son âge. Les Français découvrent son nom le 24 août 1933 en lisant que Baptiste Nozière et son épouse ont été retrouvés blessés et asphyxiés dans leur logement. Le mari est ensuite décédé à l’hôpital, et sa femme était incapable d’expliquer ce qui s’était passé. Violette déclare être rentrée à une heure du matin et avoir senti une effrayante odeur de gaz. Elle a appelé le voisin, qui a sollicité la concierge, et voilà le commissaire Gueudet devant le couple Nozière. L’empoisonnement des parents est rapidement acté, ce qui le convainc de la culpabilité de Violette dont il découvre aussi qu’elle a volé l’argent de sa mère. Il ne peut pour autant interroger la jeune femme qui s’est enfuie de l’hôpital. Place à la cavale, au mandat d’amener, et à l’enquête dirigée par le commissaire Gueudet dont Simenon s’inspirera pour créer le personnage de Maigret. Gueudet découvre que Violette était soignée contre la syphilis, ce qui dégrade encore un peu plus son image dans la presse qui suit ardemment l’enquête. Elle y est décrite comme une meurtrière, une dépravée qui couche avec des « métèques », une voleuse au profit de son amant Jean Dabin. Une fainéante qui a arrêté le lycée. L’Action française en fait ses choux gras. La période s’y prête, la crise économique fait rage, on renvoie les mineurs polonais dans leur pays, Hitler est au pouvoir. La droite factieuse s’en rapproche en France. Stavisky, un financier véreux, suicidé ou assassiné on ne sait pas trop, a mouillé une grande partie de la classe politique. Il est juif évidemment.
Seuls les Surréalistes et Céline la croient
Magnifique travail de Jérôme Leroy sur un personnage que beaucoup ont découvert dans le film que Chabrol lui a consacré. Cet excellent auteur de romans noirs dont deux ouvrages sont chroniqués sur ce blog, décrit les rapports entre la société française des années trente et l’affaire Violette Nozière. Elle est crade cette France de l’Entre-deux-guerres, crade, hypocrite et masculiniste. Parce que si la culpabilité de la jeune femme ne fait pas de doute, elle se révèle rapidement bien plus complexe que les bien-pensants le disaient. Violette explique avoir subi de son père des baisers sur la bouche, des pénétrations digitales et des viols. Aussi bien dans le lit marital que dans la cabane familiale de Charenton. Le commissaire Guillaume souhaite qu’elle revienne sur ces déclarations qui minent le tableau de l’horrible fille. La presse de droite ne veut pas en entendre parler. Même L’Huma sous la plume d’Aragon refuse que l’on salisse l’ouvrier qu’était Baptiste Nozière. Seuls les Surréalistes et Céline la croient. Pour l’auteur du Voyage au bout de la nuit la droite, l’inceste s’inscrit parfaitement dans sa description de la promuscuité des banlieues populaire. Les enquêteurs retrouvent le chiffon évoqué par Violette sur lequel son père éjaculait après avoir pratiqué le coitus interruptus. Mais l’accusation d’inceste n’est pas retenue dans l’ordonnance de renvoi devant la cour d’assises. Au-delà de l’incapacité d’une société à recueillir les paroles des victimes de violences sexuelles, elle explique pourtant bien des choses. Comme le décrochage scolaire de Violette. Sa condamnation à mort n’enverra pas Violette à la guillotine. Sa religiosité poussera même Pétain à réduire sa peine. Elle sortira de prison en août 1945. Elle se mariera et tiendra un café au Petit- Quevilly, la ville de naissance de Jérôme Leroy. Pour notre plus grande chance.
Qu’en dit Bibliosurf ?
https://www.bibliosurf.com/Violette-Noziere-icone-et-criminelle.html
Vous pourriez aussi apprécier
où
Abonnez-vous pour être informé des nouvelles chroniques !