C’est en hiver que les jours rallongent, Joseph Bialot, Éditions Seuil

Pourquoi donc lire un livre sur Auschwitz ? D’aucuns diraient que les derniers témoins de ce haut lieu de l’horreur humaine partis, il ne nous reste que les écrits pour ne pas oublier que la Solution finale ne devrait jamais avoir de suite. Malgré le Cambodge, malgré le Rwanda, malgré la Yougoslavie ou la Birmanie. Mais la lecture de ce que Joseph Bialot a vécu de 1944 à 1945 est bien plus encore. C’est d’abord le livre d’un grand écrivain, peut-être le plus beau qu’il ait écrit. Avec de nombreuses lueurs d’espoir comme en témoigne le titre de son récit. Bialot n’oublie jamais que l’humour, fût-il le plus noir, est aussi une arme contre le désespoir. Il est capable d’écrire que l’opération « Nuit et Brouillard », qui permettait de faire disparaître quiconque sans laisser de traces, attestait de ce que l’Allemagne a toujours été un pays romantique. Ou de s’entendre dire par un déporté qu’il brûlerait bien parce qu’il était désormais sec. L’espoir chez Bialot est aussi celui apporté par ce médecin juif qui disait toujours « Monsieur » à ses malades. Auschwitz était également un lieu de courage bien que les déportés aient été réduits à l’état d’animaux. Un de ses compagnons de block refusa de sélectionner les partants pour la chambre à gaz en sachant ce qu’il encourait. Des membres du Sonderkommando firent sauter une partie du crématoire dont ils avaient la charge. Le récit de Bialot est passionnant dans son analyse des comportements dans le camp. Les déportés se regroupaient selon leur langue. La maîtrise de l’allemand ou du yiddish était d’ailleurs indispensable pour subsister un peu plus longtemps. Pour Bialot, parmi les Juifs déportés les Hollandais étaient les plus généreux et les paysans hongrois des Carpates « la lie de la terre ». Les petites gens habitués à vivre dans la misère s’en sortaient mieux que les Bourgeois. La formation politique des déportés avait beaucoup d’importance. Les communistes habitués à se battre ont été presque les seuls à résister avec leurs maigres moyens. Les religieux étaient bien plus démunis, à commencer par les Témoins de Jéhovah. Joseph Bialot échappa à la mortelle évacuation du camp parce qu’il était trop malade pour suivre ses compagnons. Il était à ce moment persuadé d’être exécuté sur place par les SS qui ne voulaient laisser aucune trace derrière eux. Mais la peur des « Ivan », les soldats russes qui allaient libérer Auschwitz fut plus forte. Ils n’en eurent pas le temps. Bialot n’appréciait guère les Polonais. Il nous rappelle que des habitants proches du camp pillèrent Auschwitz dès sa libération et que la Pologne connut un pogrom quelques années après la guerre. Ce qui ne l’empêche pas de nous raconter cette habitante de Cracovie qui l’a recueilli quand il errait sur les routes de Pologne la liberté retrouvée. Son cheminement le mènera lui et ses compagnons jusqu’aux rives de la mer Noire, puis sur un bateau à pavillon norvégien vers Marseille. À Paris l’attendait toute sa famille.

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