La Daronne, Hannelore Cayre, Éditions Métailié

À 53 ans, Patience Portefeux a une vie de merde. Il est vrai que comme fille d’un malfrat peu recommandable, elle a mal débuté. Ses parents adoraient l’argent et s’étaient donné les moyens d’en gagner. De prime abord, leur cadre de vie était pourtant peu enviable. Ils résidaient dans une maison surnommée « La Propriété » sise entre une autoroute et une forêt. Un très bon moyen de ne pas être imposé sur les signes extérieurs de richesse. Son père, nostalgique de la Tunisie française, gérait une entreprise de transport spécialisée dans les pays dont le nom se terminait par an : Pakistan, Ouzbékistan, Azerbaïdjan ou Iran. Autant d’États aptes à remplir les camions de produits parfaitement prohibés. Peut-être était-ce pour cela que son père n’employait que d’anciens taulards. Même s’il est vrai qu’avoir passé des années entre quatre murs est une saine préparation pour séjourner dans une cabine de camion. Sa mère Juive autrichienne rescapée des camps n’a jamais travaillé de toute sa vie, mais elle a montré un réel talent pour se vautrer dans le luxe à chaque voyage en Suisse. Patience tient son prénom de sa naissance à dix mois. Mais son père déçu d’avoir eu une fille, ne vint pas la voir à la clinique. Et comme Patience était selon sa mère « énorme… cinq kilos…un monstre …d ‘un moche… avec la moitié de la tête écrasée par les forceps…et tout ça pourquoi ? pour une fille » aucune chance pour elle de trouver le moindre soutien dans le cadre familial. Certes Patience a grandi, s’est mariée, mais elle a assisté à la mort de son époux dans un restaurant du Sultanat d’Oman. Elle y a gagné 8 mois dans un hôpital psychiatrique pour s’en remettre. On la retrouve à 53 ans, ses deux filles ont grandi, et elle travaille comme traductrice d’arabe pour le ministère de la Justice. Pas de quoi gagner confortablement sa vie alors que sa mère réside désormais dans un Ehpad avec la maladie d’Alzheimer. Heureusement, passer son temps à transcrire les écoutes de trafiquants de drogue va lui permettre de se ressaisir. Elle en profite pour récupérer une livraison abandonnée en urgence lors d’un Go Fast. Maintenant c’est elle la patronne. Enfin la Daronne. N’en déplaise aux tenants d’une morale trop stricte.

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