Fief, David Lopez, Éditions Seuil

Pas facile de discourir sur l’écriture d’un romancier sans jouer au critique littéraire. Sans être aussi incompréhensible que savent parfois l’être certains œnologues qui tentent de nous faire découvrir un vin. Pourtant l’écriture a ça de commun avec le pinard que l’on ressent tout de suite si elle est de qualité même si nous ne savons pas trouver les mots pour le dire. Alors autant le faire simplement. David Lopez écrit différemment mais chez lui c’est de la bonne. Et c’est sans doute cela qui lui a valu le prix du livre Inter pour son premier roman. À 32 ans David Lopez est probablement un peu plus âgé que ses personnages avec qui il partage la même passion : la boxe. Ils vivent ensemble « dans une petite ville, genre quinze mille habitants, à cheval entre la banlieue et la campagne ». On n’en saura pas davantage sur la localisation. Ils, ce sont Jonas, le personnage principal mais aussi ses copains Ixe, Poto, Habib, Romain, Lahuiss, Untel, Miskine ou encore Sucré. Ils ne travaillent pas, ne cherchent d’ailleurs pas à le faire, ils jouent aux cartes, fument des cigarettes et pas mal de shit. Ils dealent un peu histoire de gagner quelque chose, sans pour autant être de la zone car Jonas et ses copains ne vivent pas dans le quartier des Tours mais dans de modestes pavillons. Pour Jonas, c’est celui de son père, chômeur comme lui et avec qui il partage le même amour du sport. Le foot pour son paternel qui pratique encore en vétéran et que Jonas vient voir jouer le dimanche matin. Pour lui c’est la boxe même s’il n’est pas assez doué pour espérer percer. Il passe pourtant du temps dans la salle de Monsieur Pierrot, son entraîneur qu’il respecte intensément. Mais la boxe est un sport dur, guère compatible avec son hygiène de vie. De ces petites vies assez tranquilles, David Lopez fait un roman à nul autre pareil grâce à sa langue. Quand Lahuiss décide de parler de Candide à ses copains cela donne : « Candide t’as vu il est bien, il fait sa vie tranquillement , sauf qu’un jour il va pécho la fille du baron chez qui il vit tu vois ». Lahuiss, qui est le seul à passer parfois dans le quartier bourge, imagine une dictée entre les copains pour identifier celui dont l’orthographe est la plus mauvaise. Jonas s’en sort bien au contraire de Poto qui est pourtant celui qui écrit le plus en tant que rappeur du groupe. Ça n’altère en rien leur bonne humeur. Ils continueront à passer du temps ensemble, sans but précis juste parler des filles qu’ils aimeraient pécho. Ça n’arrive pas tous les jours, comme dans la vraie vie, même si Jonas entretient une relation singulière avec la belle Wanda. La bande est aussi capable de se mettre au travail en défrichant un jardin, « de lui niquer sa race au tas de ronces ». Histoire d’y cultiver de l’herbe. Pas celle qui pousse sur les terrains de foot. Celle qui permet de tirer sa latte. Certains ont écrit que David Lopez écrivait du rap. Et si c’était seulement de la littérature ?

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