Surbooké

Le blog de Laurent Bisault

Les enfants de Venise, Luca Di Fulvio, Éditions Slatkine & Cie

Oct 1, 2018 #Slatkine et Cie

Mais comment fait-il ? Comment fait-il pour nous raconter des histoires aussi captivantes ? Parce que Le gang des rêves c’était déjà excellent. Mais Les enfants de Venise c’est encore mieux : près de 1 000 pages qui vous emmènent au XVIe siècle de Rome à Venise. Ce roman est du niveau de l’excellentissime Histoire des Beati Paoli de Luigi Natoli dont on vous parlera peut-être un jour. Point commun avec Le gang des rêves, Les enfants de Venise raconte l’histoire d’un amour impossible parce que Mercurio petit voleur des rues ne peut s’unir avec la Juive Giuditta. Ils n’auraient d’ailleurs jamais dû se rencontrer, car Mercurio vit dans les bas-fonds de Rome alors que Giuditta suit son père d’un coin à l’autre de l’Europe. Pauvre parmi les pauvres, Mercurio épand de la chaux sur les cadavres destinés à la fosse commune, et dort dans les égouts avec ses trois compagnons Benedetta, Ercole et Zolfo. Il est aussi un petit escroc habile dans ses déguisements. Mais un de ses vols tourne mal. Le marchand Simon Baruch se retourne contre eux, tue Ercole, avant d’être laissé pour mort occis par Mercurio. Les trois compères partent à Venise où ils vont croiser Giuditta et son père, escroc et vaguement médecin. En 1515, Venise est une grande puissance où cohabitent les nantis et d’innombrables survivants qui vivent au milieu des rats. Certes la Sérénissime tire sa richesse du commerce maritime et de son arsenal où on construit un navire en une journée. Certes cette république élit son Doge. Mais les canaux sont envahis par les excréments et les cadavres d’animaux, et d’innombrables prostituées souffrent du « mal français » c’est-à-dire de la syphilis. Les Juifs, déjà contraints de porter le bonnet jaune, sont assignés à résidence dès la nuit tombée dans le Ghetto à partir de 1516. Comme escroc, Mercurio a tout l’avenir devant lui, mais il tombe sous la coupe de Scarabello un criminel local qui lui subtilise une grande partie de ses gains. Un avenir, Giudetta n’en a guère, si ce n’est de survivre sachant que son père n’est pas près de l’autoriser à revoir Mercurio. Le roman va opposer ces personnages et bien d’autres, des soldats, des prostituées au grand cœur, et un moine fou qui sème la haine sur son passage. Sans oublier Simon Baruch qui finit par retrouver Mercurio pour le tuer. C’est un roman d’amour, un roman de haine, un romand picaresque comme chez Dumas. Une merveille.

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