Aux animaux la guerre, Nicolas Mathieu, Éditions Actes Sud

Deux pour le prix d’un. Roman noir et roman social. Un peu comme ce que faisaient Manchette, Jonquet ou Daenincks dans les années quatre-vingt. Sauf qu’ici il n’y a pas de meurtres à élucider. Juste la certitude que l’histoire ne peut que finir mal. Nicolas Mathieu, qui vient de recevoir le Goncourt pour son second roman Leurs enfants après eux, nous emmène chez lui dans les Vosges du côté de Saint-Dié. Non loin de la Vologne, bref là où il fait bon vivre. Ce n’est pas le petit Gregory qui dirait le contraire. Le temps n’est pas à la fête dans ce coin de Lorraine où les usines ferment les unes après les autres. L’usine c’est Velocia, un sous-traitant automobile qui bat de l’aile depuis des années. Inutile d’espérer une réaction collective des ouvriers. Ils ne sont d’ailleurs plus si nombreux suite à plusieurs plans sociaux. En plus ils se tirent dans les pattes entre permanents et intérimaires, voire entre Français et Arabes. Martel est syndicaliste chez Velocia. Il est surtout secrétaire du comité d’entreprise. Pratique quand on est dans la mouise comme lui, toujours à découvert à la banque. Au début il a tenté de s’en sortir en faisant des petits boulots. Mais assurer la sécurité dans les concerts de son bled lui rapporte plus d’emmerdes que d’argent. Surtout qu’il doit faire équipe avec Bruce, un collègue limite simplet qui consomme force anabolisants. Alors Martel s’est servi dans la caisse du CE. Juste le temps de se dépanner. Mais maintenant, il est allé trop loin et doit trouver d’urgence 15 000 euros. Alors il accepte de travailler pour les Benbarek, les caïds du coin. Actes Sud nous présente Aux animaux la guerre comme le roman noir du déclassement des petits Blancs. Ceux qui savent que leurs enfants ne feront pas mieux qu’eux. On peut attester que les habitants de la vallée l’ont compris. Et plus encore leur descendance qui glandouille au lycée professionnel sans même avoir l’espoir de rentrer à l’usine. Alors ils tournent de troquet en troquet en fin de semaine, en fonction de leurs maigres moyens financiers. De l’argent Lydie n’en a pas. Normal quand on habite « La ferme », une ruine perdue dans la forêt qui appartient à son grand-père. Un tendre qui a fait le coup de feu pour l’OAS dans un autre temps. Mais quand on est une des deux meufs du bahut, sévèrement nichonnée de surcroît, on se débrouille. Face à eux Rita détonne un peu. Elle dirige l’inspection du travail, mais est surtout issue d’une famille de convaincus. Il n’empêche qu’elle a compris depuis longtemps qu’elle ne pouvait faire que dans le cosmétique. Mettre à l’amende un boucher qui exploite son apprenti, elle sait le faire. Pour les patrons de l’usine c’est autre chose, notamment parce qu’ils accumulent les pertes depuis des années. Alors quand ils déménagent les machines-outils, elle tente d’aider les ouvriers. Mais quand arrive l’annonce de la fermeture, elle ne peut que chercher à gagner du temps. Rita en pince un peu pour Martel. Un jour elle envoie sa voiture dans le décor pour éviter une jeune fille qui surgit devant elle en petite culotte et tout part en vrille. On vous avait prévenus. C’est un roman noir.

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