Aux Cinq Rues, Lima, Mario Vargas Llosa, Éditions Gallimard

Petit conseil. Vous cherchez un livre et vous ne savez pas quoi choisir ? Piochez dans l’œuvre de Vargas Llosa, elle est immense et vous ne serez pas déçus. Même si rares sont ceux qui ont tout lu du prix Nobel péruvien de littérature, on peut affirmer que tous ses bouquins sont lisibles et parfois carrément géniaux. Parce qu’il a obtenu le Nobel ? Assurément non, car qui aurait envie de se taper du Claude Simon ? Alors que la Fête au Bouc qui raconte la vie du dictateur Trujillo, président pendant des années de la République dominicaine, est une merveille. Aux Cinq Rues, Lima est le dernier roman de Vargas Llosa. Comme souvent, ses racines puisent dans l’histoire du Pérou car Llosa a aussi été un homme politique, candidat à l’élection présidentielle péruvienne en 1990. Il fut sévèrement battu au second tour par un inconnu d’origine japonaise : Alberto Fujimori. Nul ne sait ce qu’aurait donné le très libéral Llosa comme président, mais il aurait assurément mieux fait que Fujimori, qui fut un des élus les plus corrompus d’Amérique latine. Celui qui foula les libertés publiques et fit assassiner de nombreux Péruviens. Dans Aux Cinq Rues, Lima Llosa règle ses comptes avec Fujimori et plus précisément avec celui qu’il appelle « Le Docteur » et qui fut en réalité le chef de la police secrète de Fujimori. Mais on n’est nullement obligé de prendre ces éléments en compte car le roman se suffit à lui-même. C’est l’histoire d’un scandale médiatique qui révèle au Pérou la participation d’un industriel à une partouze. Elle se déroule à Lima dans les années quatre-vingt-dix, quand la guérilla de mouvements maoïstes comme Le Sentier Lumineux était encore active. Les riches Péruviens sont naturellement visés, car susceptibles d’être enlevés. On ne peut pourtant pas dire que l’ingénieur Cárdenas et sa femme Marisa en souffrent. Pas plus que l’avocat Luciano et son épouse Chabela. Ils vivent dans leur petite société protégés et peuvent toujours faire une escapade à Miami s’ils veulent échapper aux coupures de courant. Pourtant le monde de Luciano semble s’écrouler quand le très peu fréquentable journaliste Rolando Garo, directeur de Strip-tease une revue spécialisée dans les scandales, lui met sous le nez des photos dont il se serait bien passé. On l’y voit entouré de quelques prostituées et d’autres hommes, participer à une orgie. Luciano imagine soudainement son couple s’écrouler, mais ce sera bien pire encore, car le journal sort et il devient aussitôt l’unique centre d’intérêt du pays. Marisa ne veut plus le voir même si de son côté elle goûte avec délectation les plaisirs saphiques dans les bras de Chabela. Vargas Llosa semble se délecter entre fantasmes personnels et description de la corruption de son pays. Et il n’est pas le seul. Si dans le quartier des Cinq Rues de Lima habitent des personnages que la pauvreté a affranchi de toute morale pour survivre, le roman n’en demeure pas moins résolument optimiste. Il y a de quoi vivre agréablement dans ce pays.

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