La salle de bal, Anna Hope, Éditions Gallimard

1911, asile de Sharston dans le Yorkshire près de Leeds. On y accueille ceux qui viennent s’y réfugier. On interne aussi des faibles d’esprit et ceux qui attentent à l’ordre social. Ella Fay fait partie de cette dernière catégorie. À vingt ans, elle a déjà passé dix années dans une filature quand elle brise une vitre pour dire son refus de ses conditions de travail, de son air irrespirable, des poussières en suspension, des ordres des contremaîtres. Tout cela pour un salaire de misère dont la moitié sera préemptée par son père, avant de passer dans les poches de son mari, qui ne sera pas pour autant avare en coups. Sa mère pourrait en témoigner. John Mulligan est Irlandais. Il a trouvé dans l’hospice un lieu de refuge quand rien n’allait plus chez lui après la mort de sa petite fille et le départ de sa femme. Mais si l’on peut rentrer volontairement à Sharston, on en sort que sur accord de ceux qui gèrent l’hospice. Autant dire que les plus nombreux finissent à la fosse commune. La vie est dure pour ceux que l’on souhaiterait qualifier de patients. Ella Fay travaille dans l’étuve de la buanderie et John aux champs. Le jeune médecin Charles Fuller est le troisième protagoniste du roman. Musicien, il a instauré un bal hebdomadaire chaque vendredi où sont conviés les malades de Sharston, du moins quand ils se sont bien comportés. Le livre vaut beaucoup pour la présentation de l’eugénisme que tente d’instaurer Fuller. L’épisode est réel, puisque Winston Churchill prôna avant la Première guerre mondiale la stérilisation pour améliorer la société anglaise. Que le symbole de la résistance aux Nazis fût celui qui défendit leurs théories ne manque pas d’étonner. L’histoire est pourtant réelle car Churchill et les eugénistes y voyaient un moyen de se débarrasser non seulement des malades mentaux mais aussi des indigents perçus comme une charge pour la société britannique. Dans La salle de bal Fuller est celui qui porte ce projet, un peu parce qu’il y voit un moyen de sortir de sa condition de médecin anonyme en suivant Churchill.

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