L’âge d’or, Diane Mazloum, Éditions Jean-Claude Lattès

Une bluette avant la tourmente. Les amours adolescentes qui annoncent la guerre. C’est l’histoire que nous raconte Diane Mazloum dans L’âge d’or. L’histoire du Liban de 1967 à 1978, soit la terrible décennie qui allait pulvériser ce havre de paix que l’on se plaisait à appeler « La Suisse du Moyen-Orient » en référence à la sage cohabitation des communautés et plus encore aux richesses que détenaient ses banques. C’est du moins ce que vivait la frange la plus riche des Libanais, les Chrétiens dont les privilèges politiques étaient garantis par la constitution aux dépens des Musulmans. Des Musulmans plus pauvres et toujours plus nombreux, les deux allant souvent de pair. Diane Mazloum se sert de ce contexte, y compris de personnages réels, pour construire son roman. Tout commence le 6 juin 1967, un jour presque comme un autre pour Georgina, jeune beauté encore lycéenne qui n’a qu’une idée en tête : décrocher une participation à son premier spot publicitaire. Ça se maquille, ça se soigne les cheveux, ça se pomponne, ça s’enduit de produits multiples et variés pour ne pas rater cette chance. Georgina commence ici un brillant parcours qui va l’amener en quelques années à devenir « Georgina du Liban » pour avoir successivement gagné le titre de Miss Liban puis de Miss Univers. Un cas unique dans l’histoire du pays du Cèdre. Georgina ne le sait pas encore, et elle passe le plus clair de son temps parmi les enfants aisés de Beyrouth qui pouvaient dans la journée toucher la neige pas très loin de la capitale pour plonger quelques heures après dans la Méditerranée. Roland est un de ceux qui l’entourent, officiellement amoureux de Shirine avec qui il a entamé de sérieuses approches, mais de plus en plus attiré par Georgina. Peut-être plus encore que la future Miss nationale, Roland est né du bon côté avec un père officier de l’armée et une mère qui porte de somptueuses robes de soirée dans les meilleurs restaurants. Ainsi va la vie alors que ce 6 juin 1967 constitue pour le reste du monde, le début de la guerre des Six jours qui allait permettre à Israël de s’imposer face à la coalition arabe. De cette guerre les Libanais ne veulent pas, du moins l’État libanais qui s’empresse de rendre à Israël les deux aviateurs abattus en déclarant que l’avion était tombé tout seul. Mais ce que ne veulent pas voir les riches Libanais, c’est que leur pays abrite déjà d’innombrables réfugiés palestiniens en quête d’un mythique retour qui devient plus illusoire encore à la fin de ces six journées. De fait plus personne ne veut d’eux, et surtout pas les grands frères arabes qui finiront, Jordanie en tête, par les expulser de leur territoire. À charge pour ces Palestiniens d’alimenter encore un peu plus la population des camps libanais. Profite, profite, Georgina. Séduis autant que tu peux, Roland. L’avenir s’annonce bien sombre, même pour ceux qui sont nés du bon côté.

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