Willy Melodia, Alfio Caruso, Éditions Liana Levi

Encore une histoire de mafieux ? Bien mieux que ça. La vie d’un jeune Sicilien obligé de fuir en Amérique parce qu’il a été utilisé par Cosa Nostra à Catane, et qui va passer sa vie à manger dans la main des principaux dirigeants de la Pieuvre en Amérique. Ce qui nous donne non seulement une série de portraits de la pègre italienne et de celle de la Yiddish Connection, mais aussi un magnifique récit d’un déracinement. Willy Melodia ne s’est jamais remis du départ de son île. Il était pourtant né dans une famille particulièrement pauvre. Chez les Melodia on vivait dans trois petites pièces qui sentaient le bois pourri, le renfermé, l’oignon, le gras et les excréments. Les cabinets ? Un trou dans le sol. Pas d’eau et encore moins d’électricité. Quand il s’agissait de se laver, on allait dans la mer. Plus souvent en été qu’en hiver. La salade d’oranges, souvent volées, constituait le plat le plus courant. Le père de Willy, et de ses nombreux frères et sœurs, dépensait pourtant une énergie folle à tirer son charriot où il entassait des babioles à vendre sur les marchés. Comme souvent en Sicile, la mafia amena un peu de mieux dans la vie familiale en cachant du sel dans le chariot paternel. Un progrès qui valait soumission aux petits chefs locaux. Mais le vrai progrès intervint quand on découvrit que Willy, Mino de son véritable prénom sicilien, avait un don. Il pouvait jouer de la musique après l’avoir entendue une seule fois. Au piano, sur un orgue ou à l’accordéon. Les pâtes, l’ail, la tomate et la ricotta vinrent améliorer l’ordinaire. Les meilleures choses ayant une fin, Willy est mêlé involontairement à un assassinat, et il se retrouve émigré sans le sou à New York et à Chicago.

Dans ce petit monde, Willy Melodia n’était rien d’autre qu’un bibelot que l’on déplace selon les besoins des chefs

Commence une nouvelle existence infiniment plus rude, au sein d’un prolétariat qui tente de survivre dans d’effroyables conditions. Sa capacité à jouer du piano lui permet de jouer la nuit dans des restaurants, rarement payé, où il rencontre les principaux dirigeants de la pègre : Charles « Lucky » Luciano, Joe Adonis, Carlo Gambino, Vito Genovese côté italien ainsi que Meyer Lansky, Bugsy Siegel ou Dutch Schultz côté juif. Soit un joyeux mélange de tueurs, mais aussi de véritables stratèges qui allaient à leur façon façonner l’histoire américaine. Car leur argent ne venait pas que de la prostitution, de la drogue ou de l’industrie du jeu. Les plus intelligents ont aussi réussi à se nourrir de la seconde guerre mondiale tant ils avaient infiltré policiers, magistrats et hommes politiques. Dans ce petit monde, Willy Melodia n’était rien d’autre qu’un bibelot que l’on déplace selon les besoins des chefs. Un esclave incapable de s’émanciper comme le lui reproche sa femme, car Willy en a trop entendu pour que les puissants qu’il côtoie pour quelques dollars le laisse s’éloigner. Impossible de ne pas s’attacher à ce personnage dont les seules prétentions sont de voir inscrit au-dessus de lui « Willy Melodia et son orchestre » ainsi que de revenir un jour à Catane. Un homme qui sait au moins profiter des plaisirs de la nuit, passant de femme en femme, tout en ne sachant jamais retenir celles qu’il aime.

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