Des histoires pour cent ans, Grégory Nicolas, Éditions Rue des promenades

Il va falloir s’y habituer. Grégory Nicolas écrit de bons livres, alors on va continuer à le suivre. Après Équipiers présenté sur ce blog il y a peu de temps, Des histoires pour cent ans récidive dans la catégorie bouquins qui nous font du bien. Toujours avec la même capacité à nous proposer des personnages attachants, bretons de naissance ou par adoption, qui peuvent même figurer dans les deux ouvrages. Toujours avec la présence de vélos, même si cette fois, le cyclisme n’est pas le sujet principal. On est quand même dans la région de Jean Robic et de Louison Bobet, de Lucien Petit-Breton et de Bernard Hinault, des courageux, des durs au mal, et des malins comme les vedettes locales des livres de Grégory Nicolas, qui s’entendent pour se partager les primes des courses. Des histoires pour cent ans, ce sont des histoires familiales sur plusieurs générations où la transmission ne se fait pas toujours. Car il y a des épisodes qui restent secrets tant ils sont douloureux. Prenez Perrine, la plus belle du village, connue jusqu’à Brest, Perrine désirée par les hommes et détestée par les femmes. Perrine qui couchait avec les Allemands, sans même en profiter, puisqu’elle vomissait la nourriture qu’ils lui offraient. Ce qu’elle n’a jamais dit c’est que son père lui avait tout pris quand il était monté dans sa chambre. Le reste, elle ne s’en est jamais cachée. Ce qu’elle a subi à La Libération, la foule qui lui est tombée dessus pour la tondre, la torturer en marquant son visage d’une croix gammée, avant de l’envoyer nue dans les rues. Alors Perrine est partie vivre ailleurs avant de revenir des années plus tard en Bretagne.

Pas facile pour Henri d’expliquer à ses descendants qu’il est un peu Boche

Prenez Henri, arrivé de Lons-le-Saunier à la fin de la guerre avec ses parents Marcel et Marthe, qui rêvaient de partir en Amérique dans un des bateaux qui débarquaient les soldats sur les côtes françaises. Marcel et Marthe trouveront des gens bien et resteront auprès de ceux qui les ont aidés. Dans la Sarthe d’abord puis en Bretagne. Henri découvrira qu’il a été récupéré par Marthe dans un lebensborn, ces usines à bébés censées fabriquer les plus beaux Aryens. Pas facile pour Henri d’expliquer à ses descendants qu’il est un peu Boche. La transmission familiale peut aussi sauter une génération et se faire avec un petit-fils comme Marc, malade comme un chien quand il accompagne son grand-père à la pêche en mer, mais qui tient à le faire par amour. Ou Matthieu qui se met au vélo pour faire plaisir à son pépé. Des histoires pour cent ans c’est aussi celle de Pierre, même pas 15 ans, qui enfourche un vélo de femme pour amener le colis de Noël à son frère Julien qui va se battre à Lorient. Et quel colis ! Des chaussettes de laine, du cidre, du savon, du pâté de chevreuil et du tabac pour se faire des copains. Tous ces personnages sont amenés à se croiser pour nous raconter une magnifique histoire inventée par Grégory Nicolas. Un mec forcément intéressant, car il a été dans une vie antérieure marchand de canons chez un caviste de Rennes.

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