Le jour où Kennedy n’est pas mort, R.J. Ellory, Éditions Sonatine

Non, Roger Jon Ellory n’a pas élaboré une nouvelle théorie du complot selon laquelle John Fitzgerald Kennedy ne serait pas mort assassiné au Texas le 22 novembre 1963. R.J. Ellory imagine juste dans son dernier roman que JFK aurait échappé à l’attentat de Dallas. Et cela donne comme toujours chez cet auteur un excellent thriller, un de plus pour celui qui est un des chouchous de ce blog. L’idée d’Ellory nous permet de suivre JFK pendant un an, de Dallas à la convention démocrate en charge du choix du candidat du parti pour la prochaine élection présidentielle. On redécouvre ainsi le personnage alors qu’on en lu des bouquins sur JFK, des biographies et des essais. Ellory lui-même a parlé de sa mort dans Vendetta. Mais dans ce nouveau livre, le mythe semble s’effondrer. Trois ans après son élection, John Fitzgerald Kennedy n’était plus le gagnant magnifique qui avait séduit le monde occidental en 1960 avec son sourire enjôleur. Celui qui avait apporté son soutien aux Allemands de l’Ouest en disant devant le mur « Ich bin ein Berliner ». L’homme qui s’était opposé à l’installation des fusées soviétiques à Cuba. Le pourfendeur de la ségrégation raciale. Le conquérant de la lune. JFK, aussi appelé Jack, était désormais un homme politique en grandes difficultés, dont beaucoup doutaient qu’il puisse entamer un second mandat.

JFK s’en traînait des casseroles

Car JFK s’en traînait des casseroles. La faute originelle remontait à son élection truquée par son père Joseph Kennedy avec l’aide de la mafia. John l’avait emporté de 120 000 voix avec des résultats douteux dans bon nombre de comtés. Richard Nixon, le candidat républicain battu le savait, et il cherchait à en apporter la preuve. Le clan Kennedy avait certes cherché à bloquer ces enquêtes en nommant son frère Robert procureur général des États-Unis, mais le danger se rapprochait. Autre faiblesse de JFK : ses maîtresses. Jack était réputé sauter sur tout ce qui bougeait. Pire encore, il utilisait les services secrets pour dissimuler ses conquêtes. Marilyn en constituait la quintessence, mais il y en avait beaucoup d’autres. Des starlettes inconnues mais aussi Marlene Dietrich, ancienne maîtresse de son père, avec qui il aurait eu une liaison quand elle était âgée de 60 ans. Il assurait le Jack. Dans son cercle rapproché tout le monde le savait à commencer par Jackie son épouse. L’officialisation des adultères aurait été mal supportée par ses électeurs. JFK souffrait aussi d’innombrables pathologies, même s’il le niait. Il aurait pris simultanément jusqu’à douze médicaments pour soigner sa colite, sa prostatite et la maladie d’Addison. Il souffrait également d’ostéoporose et portait un corset, ce qui le contraignait parfois à se faire hisser dans son avion présidentiel. Comment JFK pouvait-il jongler avec ses maîtresses sans pouvoir bouger constitue d’ailleurs un réel mystère, sauf à examiner de près les cocktails de médocs qu’il s’envoyait. Il faut aussi préciser que l’activité sexuelle était un marqueur du clan Kennedy. Son frère Robert ne s’économisait pas non plus, mais officiellement en bon catholique, il réservait ses ardeurs à son épouse à qui il avait fait onze enfants. Une véritable poule pondeuse au service de son mari. Les biographies de Bob ajoutent toutefois qu’il avait aussi visité quelques actrices de Marylin à Jayne Mansfield et Kim Nowak. Chez les Kennedy il n’y avait pas que les frères qui étaient gonflés.

Mitch c’est le type à côté de la plaque, qui va quand même fouiller dans la vie de son ex

Pour nous raconter son histoire, Ellory mêle personnages inventés aux individus qui ont fréquenté les Kennedy. Mitch Newman est celui qui mène l’enquête. Non pas sur JFK mais sur la mort de son ex-fiancée Jean Boyd. On vient de la retrouver morte, officiellement suicidée. Même s’il ne l’a plus vue depuis leur séparation qui remonte à dix ans, Mitch n’y croit pas. Il l’avait quittée pour couvrir la guerre de Corée comme reporter-photographe malgré les supplications de Jean. Il en était revenu peu de temps après traumatisé par ce qu’il avait vécu dans la jungle, un thème récurrent dans l’œuvre d’Ellory. Mitch c’est le type à côté de la plaque, qui va quand même fouiller dans la vie de son ex quand il découvre que son ancienne compagne devenue journaliste avait enquêté sur Kennedy. Il découvrira Lee Harvey Oswald, ancien Marine, communiste passé par l’URSS, ainsi que Jack Ruby, minable patron d’une boîte de strip-tease à Dallas. Ce mélange de récit historique et de romanesque nous donne au total un bouquin passionnant. On en a l’habitude chez Ellory.

4 commentaires à propos de “Le jour où Kennedy n’est pas mort, R.J. Ellory, Éditions Sonatine”

  1. Moi aussi j’adore les bouquins d’Ellory. Celui-là me dit bien aussi. Le prochain achat pendant cette nouvelle période de télétravail 100% ?…
    Merci pour toutes ces critiques de livres, que je n’ai pas toujours le temps de lire, mais que j’apprécie grandement. A bientôt,

    • Je pense avoir lu tous les bouquins d’Ellory traduits en français. Le dernier sur la mort de Kennedy est excellent. On peut dire qu’il fait partie des romans noirs ” classiques ” qui sont majoritaires chez lui. On peut aussi s’aventurer vers des livres plus noirs comme Seul le silence qui le fit connaître en France. Un roman pas chroniqué ici car publié bien avant la création du blog. Ou alors vers Un cœur sombre. Un vrai régal qui est disponible en poche.

      • Oui, j’ai commencé par Seul le silence, et j’avais vraiment accroché. J’ai aussi lu Un coeur sombre, Les anonymes. Par contre, ils n’étaient pas encore en poche 😉
        Est-ce que tu connais S.J.Watson “Avant d’aller dormir” et le dernier “Une autre vie” ? Ce n’est pas le même style mais j’ai bien aimé aussi.

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