Les corps conjugaux, Sophie de Baere, Éditions Jean-Claude Lattès

Peut-on tout faire au nom de l’amour ? Sophie de Baere répond à cette question dans un roman aussi dérangeant que bien écrit. Alice y apparaît en 1967 du côté de Bolbec en Normandie entre sa mère, son frère né handicapé mental, et sa sœur Mona. Le père a fui le foyer pour ne plus voir son fils, et lui qui construit désormais des toits à Clermont-Ferrand n’a jamais été capable d’en mettre un au-dessus de sa famille. La mère napolitaine Silvia Callandri se démène pour faire vivre ses enfants. La vie est difficile pour cette couturière à domicile entre les quolibets des voisins qui n’aiment pas les macaroni, Alessandro qui restera toujours le tiot et ses deux filles. Mais Silvia a un espoir : faire briller Alice dont la beauté a tout de suite attiré l’œil. Alice accepte de mettre des robes, de se laisser pomponner, de concourir à 16 ans pour devenir la miss locale puis miss Normandie. Elle devient la réussite que sa mère n’a jamais connue depuis son départ d’Italie. Elle est aussi le bon coup que les fils de commerçants et de notables en rut se tapent sur les sièges arrière des Renault 5 GTI. Celle qu’on déballe comme un joli paquet. Alice la salope, Alice la pute.

Alice disparaît plongeant son mari et sa fille dans le désespoir

Alors Alice part à vingt ans, le bac toujours pas en poche, pour s’installer à Courbevoie. Elle y trouve l’anonymat dans un emploi de standardiste. La miss locale, celle qui apparaît dans les catalogues d’Euromarché a rendu la main. Elle rencontre Jean l’instituteur qui devient son amant et l’amour de sa vie. Celui qui apaise ses angoisses, celui avec qui l’alchimie est totale. En 1989, Charlotte naît à la maternité Port-Royal, au moment où le mur de Berlin tombe. Ni la mère ni la sœur d’Alice ne viennent la voir. Elle ne s’entend guère avec les parents de Jean mais leur bonheur est toujours aussi fort. Près de dix années plus tard, Alice annonce à Jean qu’elle est enceinte. Des années qu’ils en rêvaient. Il sort le champagne. Après tant de temps elle lui demande de l’épouser, de la garder pour toujours. Quelques jours après la cérémonie, Alice disparaît plongeant son mari et sa fille dans le désespoir. Nous les suivrons pendant de longues années, de Melun à Charleville-Mézières, de la Normandie aux Alpes, car nous savons ce que sa mère a dit à Alice. Des années de vaines recherches et de fuites sont devant eux. Avec pour ultime message « Il ne faut pas juger l’amour ».

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