À son ombre, Claude Askolovitch, Éditions Grasset

Il ne s’en est jamais remis. Celui que les plus matinaux écoutent peut-être le matin distiller sa revue de presse sur France Inter pleure sa femme. Valérie morte en 2009 après vingt ans de vie commune et deux enfants. Camille et Théo. Valérie aussitôt partie, aussitôt remplacée par Kathleen vingt ans plus jeune que lui, mais Valérie jamais oubliée. La naissance d’Octave et Théo n’y ont rien changé. Un nouveau couple est né, la famille s’est recomposée, Camille et Théo ont accepté leurs petits frères. De toute façon Camille est rapidement partie faire sa vie, alors que Théo est resté au foyer. « Je peux encore dessiner Valérie dans le vent » écrit Claude Askolovitch en préambule de son livre, parfois agaçant quand on se dit qu’il se complaît dans le malheur, mais tellement touchant. Claude et Valérie c’est l’histoire d’un couple parti pour durer. « Dis-moi que je suis la femme de ta vie ! Il n’y a rien de plus beau que de petits vieux qui se donnent la main » lui murmurait Valérie. L’histoire c’est pourtant achevée quand Valérie part dans une clinique où l’on découvre que ses douleurs provenaient d’une tumeur. Évacuation d’urgence vers l’hôpital. Le foie est bousillé par les quantités de paracétamol ingurgitées contre la douleur. Il faudrait une greffe. Fin de l’histoire. Claude conserve depuis sur lui la poche de l’Assistance publique qui contient les diamants d’oreille de Valérie. Valérie et Claude étaient deux Juifs assumés, respectueux des fêtes traditionnelles, Roch Hachana et Pessah, passant le soir de Noël au cinéma. Valérie qui a vécu à Troyes et Narbonne, mange casher pour ne pas rompre la tradition. Lui s’en moque. Claude perpétue différemment ce qu’ont vécu ses parents. Roger son père dirigeait la revue L’Arche, le mensuel des communautés juives. Sa mère est revenue des camps de la mort. Quand Claude et Valérie se rencontrent sur un escalator parisien, la vie professionnelle de Claude est toute tracée. Journaliste. De gauche comme son père, tendance Montmartre où il va passer sa vie. Valérie fille d’une militante du PS débute sa carrière comme travailleuse sociale en banlieue nord. Elle devient éducatrice puis entre à SOS-Racisme. Elle qui n’a pas fait d’études supérieures progresse vite. Organisation de la primaire de Manuel Valls en 2009, avant de prendre en charge la communication de Jean-Luc Mélenchon quand il était ministre socialiste de l’Éducation professionnelle. Quand Claude rencontre Kathleen tout va très vite. Trop ? Claude n’a pas fait son deuil. Il singe Valérie en mettant du curcuma dans sa cuisine comme elle. Son ordinateur est rempli de souvenirs numériques de Valérie qu’il impose à Kathleen.

« Tiens voilà le traître » lui glisse François Hollande

Ancien journaliste sportif passé par Le Matin de Paris et Le Nouvel Observateur, le voilà propulsé dans les organes de presse du groupe Lagardère. Europe 1 et le Journal du dimanche. Il s’y décrit comme odieux avec la rédaction. Alors que Valérie n’hésitait pas à lui dire qu’il criait trop à la radio, il est désormais en concurrence avec Kathleen. Comme journaliste et plus encore comme auteur de livres. Politiquement il s’est déjà perdu en critiquant Ségolène Royal en 2007, ce qui est son droit. Mais surtout en écrivant un livre avec Éric Besson qui allait devenir ministre de l’Identité nationale de Sarkozy. « Tiens voilà le traître » lui glisse François Hollande au dernier meeting de campagne de Ségolène. Claude apparaît dans Les Guignols de l’info comme thuriféraire de Sarko. Il n’a pourtant pas franchi le Rubicon en s’abstenant à la présidentielle. En 2009 il est viré du JDD pour avoir écrit des papiers favorables aux Roms. Engagé puis éjecté par Franz-Olivier Giesbert du Point il sombre professionnellement. Sa vie avec Kathleen ne peut pas ne pas en être affectée. Pourtant elle en a fait des efforts, acceptant ses enfants comme sa famille juive alors qu’elle ne l’est pas. Mais Claude se compare à un marrane, ces Juifs espagnols, convertis de force au catholicisme, et qui pratiquent leur vraie religion en cachette. Il court le cacheton pour gagner sa vie. Le mot CDI a disparu de son horizon. Il est récupéré en 2017 par Laurence Bloch qui l’engage à France Inter. Un joli poste qui lui impose de se lever à deux heures du matin pour lire la presse. Il s’est brouillé avec Manuel Valls alors que les deux couples se fréquentaient du temps de Valérie. Ce qui ne l’a pas empêché de lui dire que « Le pardon venait en premier ». Il continue à faire la cuisine pour sa famille en renonçant à chasser ses kilos. Il perpétue avec ses enfants les gestes de superstition de son ancienne femme. Sa mère qui a refait sa vie et a décroché les anciennes photos de ses murs lui montre le chemin. Valérie est toujours là.

https://www.franceinter.fr/emissions/la-personnalite-de-la-semaine/la-personnalite-de-la-semaine-24-octobre-2020

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