Mathilde est revenue, Grégory Nicolas, Éditions Rue des promenades

Ouvrir un livre de Grégory Nicolas c’est l’assurance de retrouver la petite musique qui nous avait fait chaud au cœur dans Des histoires pour cent ans comme dans Équipiers. Car cet écrivain a l’art de distiller de la tendresse à ses personnages et de nous faire partager son empathie. À la base Gregory Nicolas coche beaucoup de cases qui le rendent intéressant. Du moins si on se réfère à son compte Instagram où il se définit par trois mots : littérature, cyclisme et vin. De la littérature il en est question dans ce nouvel opus. De cyclisme quasiment pas, juste le minimum syndical avec une allusion aux roulettes du vélo rouge de Louis, le fils de Mathilde et de Jérôme, ainsi qu’une référence au Tour de France. Du pinard on en parle un peu plus car dans une scène qui a son importance, Mathilde organise un dîner autour d’une bouteille de cornas cuvée sans soufre 1999 de chez Thierry Allemand qui, s’y on se réfère à son prix, doit sacrément faire du bien là où elle passe. On pourrait ajouter qu’on retrouve aussi dans le livre la Bretagne et le cancer déjà croisés dans les ouvrages précédents. Mathilde est revenue s’en démarque pourtant par une histoire beaucoup plus sombre, celle d’une jeune mère de famille qui disparaît de son domicile en abandonnant son compagnon et son jeune fils. De façon surprenante, elle nous est racontée trois fois sans que l’on s’en lasse. D’abord à la troisième personne par Grégory Nicolas, puis par Mathilde qui nous livre son point de vue, et enfin par Jérôme qui fait de même. Cela pourrait paraître artificiel mais on l’accepte naturellement. L’histoire est simple, un jeune couple se forme, lui travaille dans une agence immobilière, elle termine ses études d’architecture. Mathilde cherche un logement à Paris, Jérôme va lui en trouver un : le sien. Ils veulent un enfant ce qui ne fut pas facile. Jérôme explique que fille ou garçon cela n’a pas d’importance pourvu qu’il ait des couilles. Alors quand Louis arrive, Mathilde et Jérôme sont heureux.

En Bretagne il ne pleut
que sur les cons

Sauf que Louis pleure beaucoup, vraiment beaucoup, à en épuiser ses parents. On vous recommande le premier anniversaire de l’enfant où la mère de Jérôme, longtemps adhérente du Front national, se pointe accompagnée d’un chef peul qui s’empare de Louis à bout de bras tout en lui parlant. Mais que lui dit-il dans sa drôle de langue ? Le beau Mamoutou Sénouké lui dit d’arrêter de faire chier ses parents qui ont besoin de dormir. Coup de chance ou pouvoir surnaturel, allez savoir, ça marche, Louis s’endort. Mathilde et Jérôme n’en sont pas pour autant sauvés car la chambre est wakée. Autrement dit quelqu’un lui a jeté le mauvais œil. Les parents sont donc bons pour laisser leur piaule à Louis et à dormir dans le salon. À trois ans la santé de Louis se dégrade et Mathilde décrète, médecin à l’appui, qu’il a besoin de bon air et qu’ils doivent quitter Paris. Après quelques péripéties on les retrouve à Locquirec petit village du Finistère en bord de mer. C’est-à-dire dans le Trégor, le pays de Grégory Nicolas. Ou encore en Bretagne une région où selon Jérôme « Il ne pleut que sur les cons ». Ce qui lui vaut comme réponse de Mathilde « qu’à en croire la météo d’Évelyne Dhéliat il doit y a avoir un paquet de cons en Bretagne ». On ne vous en dit pas plus mais on vous garantit que toute personne normalement constituée ne peut qu’être émue en lisant la suite. Surtout la partie rédigée par Mathilde. Alors lisez ce livre, le seul reproche qu’on pourrait lui faire est que Grégory Nicolas y a provisoirement mis de côté son amour du vélo. Heureusement, dans sa bibliographie figure encore Là où leurs mains se tiennent qui devrait suffire à combler cette lacune, si on en croit la magnifique photo d’un coureur d’Europcar qui figure en couverture. Plus un autre bouquin qui parle du vin ainsi qu’un nouveau roman annoncé pour le printemps 2021. On vous l’avait dit, Grégory Nicolas coche toutes les cases.

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