Le roi n’avait pas ri, Guillaume Meurice, Éditions Jean-Claude Lattès

On pouvait croire qu’on aller se poiler. Ou craindre que le bouquin n’ait été édité qu’en raison de la notoriété de son auteur. Dans les deux cas on se trompait. Le roi n’avait pas ri n’est pas une compilation des meilleures chroniques de Guillaume Meurice même si le livre est plein d’humour. C’est tout le contraire d’un ouvrage bâclé. Que son éditrice Clara Dupont-Monot participe à la même émission que lui sur France Inter ne signifie pas qu’elle lui ait accordé un passe-droit. Il faut y voir la reconnaissance de la qualité du travail de Meurice, de la part d’une autrice de plusieurs romans médiévaux. Le roi n’avait pas ri c’est une histoire érudite, remarquablement écrite, à en faire pâlir d’envie Edith et Roger deux intimes de Meurice. Elle nous conte la vie de Triboulet bouffon de Louis XII puis de François 1er, qui avait le droit de leur dire leurs quatre vérités sous réserve de les faire rire. Mais s’il se loupait, les rois pouvaient l’envoyer à la mort, ce qui n’aurait pas manqué de réjouir les nobles de la cour qu’il avait humiliés pour amuser les souverains. Le livre incite à réfléchir sur les rapports des humoristes et du pouvoir. Dans quelles conditions et jusqu’où peuvent-ils s’exprimer, certes aujourd’hui sans risquer leur tête mais en pouvant perdre leur emploi ? Ce n’est pas Stéphane Guillon et Didier Porte virés de France Inter par Philippe Val qui nous diraient le contraire. Et pas davantage Sébastien Thoen licencié de Canal Plus pour avoir déplu à Bolloré. On retrouve dans l’ouvrage de Guillaume Meurice son rejet de la chasse et des chasseurs, son dégoût de la guerre. Son refus d’être aux côtés « des puissants, vainqueurs, des dominants, de ceux qui écrasent, détruisent, souillent ».

Triboulet découvrit les flagorneries de la cour indispensables pour se faire bien voir du monarque

Triboulet, dont les historiens attestent de l’existence sans pouvoir en dire beaucoup plus, est pour tout cela un magnifique porte-parole. Il avait été surnommé Laideron par sa famille blésoise qui ne tarda pas à le jeter à la rue, où il vécut de mendicité et de rapines avant d’être recueilli comme fou à la cour de Louis XII. On continua à se moquer de lui mais il gagna un gîte et découvrit l’usage du savon, des vêtements taillés par le couturier du roi, ainsi que le patronyme qui le fera rentrer dans l’histoire. Il se reput des mets les plus luxueux, poulardes, bars en sauce, pâtés d’alouettes, pièces montées. Ne manquaient que les homards qui furent inventés bien plus tard spécialement pour l’Assemblée nationale. Triboulet découvrit les flagorneries de la cour indispensables pour se faire bien voir du monarque. Indispensables car comme lui dit Le Vernoy, celui qui l’éduqua, « Le roi décide, on exécute ». Chirac parlant de Sarkozy n’avait rien inventé. Par chance Louis XII aimait les arts, ce qui fit de lui le protecteur de Triboulet, celui qui l’emmenait partout, à la table du Conseil et sur les champs de bataille italiens où le bouffon découvrit les horreurs de la guerre. Mais que faisait-il là ? Comment pouvait-il faire rire en pataugeant dans le sang ? Hélas Louis XII mourut, sans laisser d’héritier mâle, et laissa la place à un lointain cousin. Triboulet rempila auprès de François 1er qui le connaissait depuis longtemps. Le bouffon perdit un monarque réfléchi contre un jeune étalon qui ne pensait qu’à saillir de la donzelle, à chasser et à jouer de l’épée au milieu des cadavres. Triboulet qui avait découvert Érasme s’en affligeait. Par peur de mourir du côté de Marignan ou Pavie, et parce qu’il ne voyait aucun intérêt à ces massacres. Triboulet comme Guillaume Meurice n’apprécie vraiment pas les boucheries. François 1er ruina encore un peu plus son pays, perdit la liberté quand il fut capturé, ce qui lui coûta une partie de son royaume. De retour en France il retrouva avec plaisir Triboulet qui continuait à le faire rire. « Il connaissait son rôle à la perfection. Il le connaissait par cœur, par foie, par tripes ». Jusqu’au jour où …

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