L’America, Michel Moutot, Éditions du Seuil

On le savait depuis Rhapsodie italienne de Jean-Pierre Cabanes. Les auteurs français sont capables de nous raconter de très belles histoires siciliennes. Michel Moutot, reporter à l’AFP, nous le confirme avec un récit qui se déroule entre la grande île italienne et la terre promise que constituait l’Amérique au début du XXe siècle. De Trapani et ses îles environnantes à New York, La Nouvelle-Orléans et San Francisco. Le livre débute sur les hauteurs de l’ouest de la Sicile quand Salvatore Fontarossa, fontaniero de son état, explique tranquillement à un cultivateur d’agrumes qu’il peut lui garantir l’accès à l’eau qui lui fait tant défaut. Et ce serait dommage de s’en priver quand on sait que les oranges et les citrons de ce coin de Sicile sont si réputés qu’on les exporte en France et même en Amérique. Le fontaniero c’est celui qui gère l’eau dans les campagnes. Mais Salvatore Fontarossa n’est pas sourcier ni géologue. Plutôt mafieux spécialisé dans le racket. D’ailleurs ses visites il les fait toujours avec ses fils armés de leur lupara, un fusil à canon et à crosse sciés histoire d’être plus convaincant. Fontarossa n’est encore qu’un petit mafieux mais ce Trapanesi est ambitieux. Grâce aux accords qu’il a passés avec d’autres clans, il est en capacité de faire appliquer sa loi jusqu’en Amérique. Vittorio Bevilacqua est un modeste pêcheur de Marettimo, la plus petite des îles Égades au large de Trapani, et de Marsala là où on élabore un fameux vin. Vittorio est le seul homme de sa famille depuis la disparition en mer de son père. Avec sa petite barque il fait vivre sa mère et ses deux jeunes sœurs. Vittorio est heureusement toléré sur la mattanza de Favignana, la pêche des thons qui donne lieu chaque année à un spectacle sanguinaire dans cette île située entre Trapani et Marettimo. Un évènement ancestral qui nourrit les pêcheurs et qui alimente les conserveries. Ana Fontarossa la fille du Salvatore est venu y assister et elle repère ce beau jeune homme musclé, si bien que leurs regards se croisent.

Par chance pour Vittorio le revolver se bloque ce qui lui donne le temps de saisir sa gaffe et de tuer son agresseur à l’aide de son crochet à thon

La suite de l’histoire est facile à imaginer. Ces deux-là sont faits pour s’aimer. Ce qu’ils ne manqueront pas de faire, une seule fois, dans la barque du pêcheur. Ils pensaient avoir pris toutes les précautions pour ne pas être repérés, car pour le reste sans doute ne s’étaient-ils pas posé la question. Mais on ne peut pas échapper à la surveillance du clan mafieux. Quand Salvatore Fontarossa apprend que sa fille a été déshonorée, il envoie son fils pour le venger. Par chance pour Vittorio, le revolver se bloque ce qui lui donne le temps de saisir sa gaffe et de tuer son agresseur à l’aide du crochet à thon. Légitime défense ? Vous rigolez, nous sommes en Sicile et Vittorio n’a pas d’autre choix que de s’enfuir en Amérique par des chemins détournés afin d’échapper à la vengeance de Fontarossa. Bien lui en a pris car sa mère et ses sœurs seront les premières à payer. Le roman nous amène alors à Ellis Island, le point d’entrée des migrants en Amérique, puis en Louisiane, car il ne serait guère prudent pour le jeune Sicilien de résider là ou la mafia s’est déjà installée. La chaleur Vittorio connaissait, mais pas l’humidité poisseuse qui nappe la ville. Il y découvre le racisme contre les noirs et les indiens ainsi que la manière dont les Blancs ont l’habitude d’appliquer leur loi. Ce sera ensuite la côte ouest à Pittsburg près de la baie de San Francisco. C’est le point de départ des bateaux qui partent se gaver de saumons au large du Canada et de l’Alaska. Rien que de très logique tant les Siciliens sont experts depuis la nuit des temps dans la pêche au thon et aux sardines. Le roman est très documenté. Il fait beaucoup penser aux Prisonniers de la liberté de Luca Di Fulvio, et il est surtout passionnant par ses personnages. Ana retrouvera-t-elle son beau pêcheur parti à l’autre bout du monde ? Vittorio réussira-t-il à échapper à ses poursuivants ? La puissance du clan Fontarossa est-elle si importante qu’ils parviendront à résister à la velléité romaine de remettre de l’ordre en Sicile ? Il serait dommage de ne pas connaître les réponses à ces questions.

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