Le serpent majuscule, Pierre Lemaitre, Éditions Albin Michel

Le premier bouquin de Pierre Lemaitre en attendant de lire le dernier. Le serpent majuscule écrit en 1985, oublié puis publié en 2021, avant de se plonger dans Le Grand Monde qui va affoler les ventes en 2022. On aurait tort de s’en priver puisque ce roman initial n’est en rien un bouquin de seconde zone. Il n’a pas non plus été refusé par les éditeurs. Pierre Lemaitre l’avait remisé dans un tiroir quand il était entré dans une phase compliquée de son existence. Il y a repensé après avoir bouclé son Dictionnaire amoureux du polar publié en 2020. Comme quoi certains plus que d’autres ont intérêt à régulièrement faire du tri chez eux. Ce n’est pas Richard Morgiève qui nous dirait le contraire. En attendant bienvenue dans ce premier roman, un polar puisque c’est dans ce domaine que Lemaitre a débuté. C’est celui qui lui valut pour Travail soigné le prix du premier roman au Festival du film policier de Cognac en 2006. Un univers qu’il n’a jamais vraiment quitté car Au revoir là-haut n’est selon lui rien d’autre qu’un polar historique. Alors bienvenue en 1985 « Heureux temps des cabines téléphoniques et des cartes routières ». Celui de la Renault 25 qui à peine commercialisée était devenue la voiture de Mitterrand et de ses ministres, une autre façon de ne pas désespérer Billancourt. Bienvenue dans le monde de Pierre Lemaitre, un auteur qui offre l’assurance de passer un sacré bon moment. Un écrivain qui vous laisserait croire qu’il est facile d’aligner les mots. C’est rarement vrai sauf chez les très grands. Lemaitre en fait partie, lui qui est surtout un fabuleux raconteur d’histoires.

Lemaitre est aussi un écrivain social qui raconte son époque

Son roman est drôle, haletant, déjanté, il ne respecte rien, surtout pas les convenances. Il aime et nous fait aimer ses personnages, les têtes d’affiche qui « remontent à vieux » comme les seconds couteaux. Les anciens sont des rescapés de la Résistance, le bon temps où on avait le droit de s’amuser avec des armes. Problème, ils continuent à jouer du Luger et du Browning comme avant. Or quand on n’a plus toute sa tête ça finit par être dangereux. C’est pour cela qu’il faut refuser de repousser l’âge du départ en retraite. Dites-le à votre candidat préféré pour la présidentielle de 2022. En attendant chez Lemaitre ça y va, ça dézingue en veux-tu en voilà. Du grand patron, de la fille mieux roulée qu’un couscous, de l’anonyme à qui on va faire passer le goût du pain. Totalement inventé ? Pas vraiment, Lemaitre est un aussi un écrivain social qui raconte son époque. L’assassinat d’un grand patron, une lubie pour faire plaisir aux lecteurs ? Ce serait oublier celui de Georges Besse le PDG de Renault. Les clubs libertins fréquentés par la grande bourgeoisie, pur fantasme d’un revanchard né dans une famille d’origine ouvrière et qui a grandi entre Aubervilliers et Bondy ? Et DSK ? Mais comme Lemaitre transgresse, chez lui ce sont les bourgeoises qui se rendent dans les maisons à caractère fétichiste.

Du gros calibre, pas du petit tout juste bon pour les drames bourgeois

Mathilde, soixante-trois ans, petite, large et lourde, qui a été belle. Elle conduit près du volant parce qu’elle a les bras courts. Sur le siège arrière de sa R25 Ludo le grand dalmatien. Mathilde revient d’un week-end en Normandie chez sa fille et son gendre. Un très con. Un Américain. De toute façon c’est la même chose. Mathilde espère qu’au moins un des deux soit stérile, elle n’ose pas imaginer la gueule des mômes qu’ils auraient. Mathilde arrive à destination et se calme. Elle sort de sa voiture et croise un homme qui promène son teckel. Il lui sourit avant de voir le pistolet et son silencieux qui prolongent sa main. Du gros calibre, pas du petit tout juste bon pour les drames bourgeois. Elle lui tire dans les parties, l’achève d’une balle dans la gorge et abat le cabot. Mathilde remonte dans sa voiture et flatte Ludo. Bon chien chien, ça ! René Vassiliev trente-cinq ans est policier. Il est redevable de beaucoup de choses envers monsieur de la Hosseray, un ancien préfet qui lui a subventionné ses études sans doute parce qu’il appréciait son père. Son bienfaiteur termine sa vie tant bien que mal. René a toujours redouté les visites hebdomadaires qu’il lui accorde car l’homme pue de la gueule, ramone du goulot. C’est désormais sa décrépitude qu’il craint. Ce soir Vassiliev est appelé suite au meurtre de Maurice Quentin un patron habitué du CAC 40. Il est chargé d’une grande enquête. Sa mère qui aimait la grande musique, la grande cuisine et les grands écrivains aurait été contente.

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