Jazz Palace, Mary Morris, Éditions Liana Levi

Chicago 1915. Le Titanic a sombré trois ans plus tôt. Le Lusitania, un paquebot britannique vient d’être coulé par un sous-marin allemand. Lenny Lehmann qui habite la capitale de l’Illinois ne craint ni les icebergs ni les bâtiments de guerres. Il manque pourtant de périr dans le naufrage de l’Eastland, un vapeur qui circule sur un des lacs de la région. Benny a quinze ans, il livre les casquettes de l’entreprise familiale que son père Leo dirige avec rudesse. Avec lui pas de shabbat, le samedi est un jour comme les autres pour gagner de l’argent. C’est ainsi que les Lehmann ont quitté leur taudis pour un quatre pièces en location. Chicago est la ville où il faut voir grand. Celle des abattoirs monstrueux décrits par Upton Sinclair dans La jungle. C’est la mégapole d’où on envoie du blé dans le monde entier. Alors Leo Lehmann s’endette pour embaucher six femmes slovaques qui savent faire les plus petits points. Les Lehmann appartiennent désormais à la classe moyenne, ils ont pu acheter un piano d’occasion pour faire donner des leçons à Lenny. Il étudie Mozart, Schubert et Beethoven avec Dimitri Marcopolis un vieux Juif grec. Mais la musique qu’il aime est celle qui fait fureur à Chicago. Celle que les musiciens venus de La Nouvelle-Orléans ont amenée en remontant du Sud. Parce qu’après la fermeture des bordels où ils jouaient, ils ne pouvaient plus gagner leur vie. C’est ainsi que King Oliver, Jelly Roll Morton et Louis Armstrong ont rejoint la grande ville.

Ils se méfiaient de tous les Blancs qui tentaient de voler leur musique

Lenny Lehmann a découvert le jazz au cours de ses pérégrinations dans le South Side de Chicago en livrant ses casquettes. C’est un quartier de perdition avec des rues qui puent l’urine, celui des dockers et des employés du rail. Ici on joue du jazz vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il s’est ensuite fait la main dans un cinéma en jouant pour accompagner les images des films muets. Mais la rencontre qui a compté est celle de Napoleon Hill dont le prénom bien français évoque des racines louisianaises. Napoleon Hill joue tous les soirs de la trompette dans des clubs et débute toujours par le Jazz Palace. C’est un speakeasy, un établissement clandestin où l’on vient davantage boire de l’alcool de contrebande qu’écouter de la musique. C’est une jeune femme nommée Pearl qui le dirige depuis la mort de sa mère. On y croise aussi sa jeune sœur Opal qui danse sans tabous malgré ses seize ans. Au début, les musiciens noirs se méfiaient de Lenny, comme ils se méfiaient de tous les Blancs qui tentaient de voler leur musique, la seule chose qu’ils possédaient. Mais quand Lenny posa pour la première fois les mains sur le piano du bouge, Napoleon en était resté ébahi. Ce jeune Blanc était béni des Dieux. Ils vont peu à peu se découvrir et même enregistrer leurs premiers disques ensemble. Les temps sont difficiles. Les parents de Lenny n’acceptent pas qu’il joue de la musique de nègre, et les Blancs et les Noirs ne fréquentent pas les mêmes plages sur les rives des lacs. D’autres menaces planent sur le devenir des musiciens. Les bouges appartiennent à la mafia et malheur à celui qui s’en ira jouer ailleurs sans l’autorisation des caïds. C’est un immigré italien qui les dirigent, un certain Al Capone. La fin de la prohibition est encore lointaine, il faut faire avec lui. Mais ça tombe bien Capone aime la musique.

Qu’en dit Bibliosurf ?
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