Les délices de Tokyo, Durian Sukegawa, Éditions Albin Michel

Elle a soixante-seize ans, elle est probablement un peu sourde, elle a des mains handicapées. Elle s’appelle Tokue Yoshii et elle souhaiterait travailler dans le magasin de Sentarô, même avec un salaire inférieur de moitié à ce qui se fait d’habitude. Sentarô fabrique des dorayaki, une sorte de pancake avec à l’intérieur de la pâte de haricot rouge. C’est un métier physique qui demande beaucoup de temps, alors Sentarô utilise de la pâte de haricot industrielle chinoise. C’est en amenant sa pâte de haricot que Tokue convainc Sentarô. Une pâte pleine d’émotions, le fruit de 50 années d’expérience. Pour Sentarô ça change beaucoup de choses. Il a désormais l’obligation de rejoindre Tokue à la boutique dès six heures du matin pour faire cuire les légumineuses. Pas si facile pour cet employé qui ne prend jamais de vacances. Il doit surtout envisager son métier différemment. Avec Tokue les cuissons se font en plusieurs étapes, chaque haricot étant scruté pour éliminer ceux qui ne conviennent pas. C’est le prix à payer pour ne pas gâcher les azuki fussent-t-ils importés du Canada. Sentarô doit aussi apprendre à confire les haricots dans le sirop pour leur donner un goût sucré. Et ça marche puisque rapidement il est nécessaire de confectionner une seconde fournée l’après-midi. Devant cette fatigue supplémentaire Sentarô doit se rendre à l’évidence, il doit accepter que Tokue l’aide davantage. Malgré son âge. Bien qu’il ait toujours souhaité la mettre en retrait de la clientèle pour qu’elle ne l’effraye pas avec ses doigts. Sauf que la propriétaire du magasin, dont Sentarô n’est que le gérant, lui demande d’arrêter de travailler avec la vieille femme. Car pense-t-elle un handicap n’est jamais bon pour le commerce.

Tokue est toujours disponible pour distiller son savoir

Ce court roman navigue avec agilité entre la tendresse des personnages et l’horreur de la société japonaise. La tendresse c’est le lien qui finit par se créer entre Tokue Yoshii et Sentarô. Pourtant la vieille dame et l’homme d’âge mûr ont peu en commun. Tokue semble vivre pour la pâtisserie alors que Sentarô ne fabrique ses gâteaux que pour l’argent. Il rêve d’être écrivain mais il doit s’acquitter d’une dette financière et morale envers la propriétaire du magasin. Sentarô est pourtant peu à peu séduit par Tokue, sa bienveillance, sa patience. Elle dompte la cuisson des azuki, gère les aléas climatiques pour aboutir à un dessert qui ravit les clients. Elle est toujours disponible pour distiller son savoir. La tendresse est aussi celle que partagent ces deux personnages avec la jeune Wakana, une collégienne qui fréquente avec assiduité le magasin. L’horreur du roman c’est le secret de Tokue, ce qui lui a été imposé par une société où il paraît inconcevable de se révolter. Mais l’histoire penche du côté de l’optimisme et de la beauté. Comment pourrait-il en être autrement au pays des cerisiers en fleurs ?

Qu’en dit Bibliosurf ?
https://www.bibliosurf.com/Les-Delices-de-Tokyo.html

L’adaptation au cinéma par Naomi Kawase

2 commentaires à propos de “Les délices de Tokyo, Durian Sukegawa, Éditions Albin Michel”

  1. J’avais lu ce livre il y a quelque temps, d’une traite, pas lâché du trajet en train ! Je ne savais pas qu’il y avait une adaptation en film, je sais quoi regarder ce soir 🙂

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