Au vent mauvais, Kaouther Adimi, Éditions du Seuil

Tarek naît en février 1922 dans le village d’El Zahra en Algérie. Son père décède peu après noyé lors de fortes pluies. Sa mère a heureusement suffisamment de lait pour nourrir un second bébé et recevoir de la nourriture en retour. Tarek grandit donc aux côtés de Saïd qui partira plus tard étudier à Tunis. En janvier 1938 Tarek, qui est berger, assiste au mariage de Leïla âgée de quatorze ans avec un homme qui en a cinquante. Cela faisait un moment qu’il ne la voyait plus puisque le père de la jeune fille avait fait mettre des barreaux à sa chambre quand elle avait onze ans. Quelques mois plus tard Leïla quitte son mari et revient chez ses parents. Plus personne ne lui parle sauf son amie Safia qui fabrique des poteries et Tarek. En 1941 le jeune homme est réquisitionné par l’armée française et emmené à Marseille. Il fait désormais partie des « indigènes » mais il se jure qu’il ne changera pas. Il est Tarek le berger, pas un soldat. Quand son régiment est rapatrié à Versailles en 1944, il ne raconte rien dans ses lettres. Ni les Nord-Africains envoyés en première ligne pendant la campagne italienne. Ni son passage dans les stalags. Aux portes de Paris il se sent en territoire ennemi. On leur refuse l’entrée dans les cafés et au cinéma. Par peur que ne s’établissent des relations entre les Nord-Africains et les Versaillaises, l’armée envisage d’installer un bordel militaire de campagne. Le 24 décembre 1944 Tarek est de retour dans son village. Un an plus tard il épouse Leïla qui a déjà un fils et ils ont rapidement une petite fille. Ils ont devant eux la guerre de libération et la difficile histoire d’un pays après l’indépendance.

Les scènes firent ressurgir les angoisses des Algérois quand ils virent les parachutistes français investir leurs rues

Quand on a la chance de découvrir une conteuse bourrée de talents il ne faut pas la rater. La jeune autrice franco-algérienne Kaouther Adimi revisite l’histoire de ses grands-parents pour nous faire découvrir l’Algérie, des années vingt à la période de guerre civile. C’est pourtant avec beaucoup de douceur qu’elle nous raconte la vie de Tarek et de Leïla qui traversent sans trop de dommages la colonisation, la guerre en Europe contre les Allemands, celle de l’indépendance, l’exil des Algériens en France, ainsi que les affres apportées par le pouvoir de leur pays. Une partie du récit découle du tournage de La bataille d’Alger, le film commandé par les autorités algériennes pour glorifier les combats du FLN contre l’armée française. Il a été confié au réalisateur italien Gillo Pontecorvo qui filma les scènes caméra à l’épaule, et qui ne fit appel quasiment qu’à des non-professionnels. Les scènes firent ressurgir les angoisses des Algérois quand ils virent les parachutistes français investir leurs rues. Le tournage facilita aussi le coup d’État de Houari Boumédiène dont les chars envoyés contre le palais présidentiel furent un temps considérés par la population d’Alger comme faisant partie du film. La bataille d’Alger intervient à deux reprises dans la vie de Tarek, quand il participe au tournage comme homme à tout faire. Et plus tard quand l’extrême droite française s’oppose à sa diffusion et envoie ainsi Tarek retrouver Pontecorvo à Rome. C’est un des rares moments où Tarek décide de sa vie en choisissant d’abandonner sa condition ouvrière et le foyer Sonacotra qui allait avec. Tarek va exercer la fonction de gardien à la villa Cardinal, un lieu interdit au public, avec une paye de moitié supérieure à celle qu’il avait avant. Il ne pensait n’être bon qu’à faire la guerre et à travailler à l’usine, et il prend désormais plaisir à attendre qu’un événement se produise. Ce passage du récit, qui nous fait découvrir un parc d’une grande beauté à quelques encablures du centre-ville, ne tient pas du hasard. Il nous rappelle que Kaouther Adimi a séjourné à la Villa Médicis, et que c’est là qu’elle a entamé l’écriture de ce roman. Au vent mauvais est un récit à deux voix qui accorde donc une place importante à Leïla, une forte femme qui se révolte à plusieurs moments de son existence. En quittant son mari, puis en imposant à Tarek de partir à Alger. Le roman est également pour Kaouther Adimi un moyen pour s’interroger sur la puissance de la littérature. Car intervient dans son récit un livre qui selon Leïla lui aura fait perdre vingt années de sa vie.

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