Les lions en hiver, Stefania Auci, Éditions Albin Michel

Troisième et ultime volume de la saga des Florio, tout aussi réussi que Les lions de Sicile et Le triomphe des lions, Les lions en hiver achèvent en beauté l’histoire d’une des plus grandes familles de l’île. À force de dire du bien des livres présentés sur ce blog, je finis par manquer de vocabulaire. Mais il faut avoir en tête que les romans présentés ici ne sont que ceux que j’ai aimés. C’est pourquoi je qualifie de réussite exceptionnelle cette histoire d’une famille qui a réellement existé, et dont la présentation par Stefania Auci connaît un immense succès en Italie. Il y a tout sous sa plume, l’érudition, la capacité à expliquer l’évolution d’une société, des personnages réels dignes d’un roman, le tout au service d’une histoire palpitante. C’est facile à lire, accessible à tout le monde, parfait comme cadeau de Noël, avec en prime la Sicile. Ce qui n’est pas rien tant cette île abrite de mystères dont de nombreux écrivains ont fait leur miel. Spécificité de Stefania Auci, elle ne parle presque pas de la mafia qui est pourtant active en Sicile dès la seconde moitié du XIXe siècle. L’autrice centre son récit sur deux Calabrais qui s’installent à Palerme au début du XIXe siècle (tome 1), et l’ascension sociale de leurs descendants qui deviennent à la fin du XIXe des industriels parmi les plus riches d’Italie (tome 2).

Elle s’excuse que ce soit une fille

Le dernier opus, qui couvre la période 1894-1950, est celui du déclin. De fait tout est plié à la sortie de la Première guerre mondiale quand une nouvelle époque commence. La bourgeoisie sicilienne, qui avait prospéré aux dépens de la noblesse au siècle précédent, doit passer la main. Les handicaps liés à l’insularité sont désormais trop forts pour résister à la concurrence du Nord. C’est pire encore chez les Florio, dont la quatrième génération sicilienne incarnée par Ignazio, n’a pas les qualités des précédentes. Elles avaient su s’imposer à la noblesse et négocier avec le pouvoir romain, leur successeur a plus de succès avec les femmes qu’il met dans son lit qu’en affaires. Or les danseuses ça coûte cher quand le patrimoine hérité se délite à petit feu. Il était pourtant vaste avec la manade pour la pêche au thon, l’exploitation du soufre, la fonderie, la cale de halage et la compagnie maritime. Mais Ignazio ne se remettra jamais de la faillite du Credito Mobiliare qu’il avait cru pouvoir assumer.

Ils ont bien fait de profiter de leurs richesses

Chez les Florio la personne la plus forte est désormais sa femme. Francesca alias Franca, née noble, symbole d’une classe futile, élevée pour satisfaire son mari et lui faire des enfants. Alors quand apparaît le premier, Giovannuzza, elle s’excuse que ce soit une fille qui ne pourra en aucun cas devenir l’héritière de son père. Franca va en avaler des couleuvres, respirant les parfums de femme que ramène Ignazio dans leur palais. Elle ne se mêle jamais de la gestion des affaires des Florio, et pourtant c’est bien elle la plus intelligente. Plus que son séducteur de mari, plus que son beau-frère Vincenzo qui ne se passionne que pour les automobiles au point de créer la Targa Florio, une course organisée dans les montagnes siciliennes qui rentrera dans l’histoire. Ils ont bien fait de profiter de leurs richesses tous ces nantis, de leur salle de bal fréquentée par nobles et banquiers venus de toute l’Europe, de leur train privé, de leur yacht qui parcourt la Méditerranée. Le meilleur est derrière eux et avec leur déclin c’est une grande partie de la population palermitaine, nourrie avec des emplois mal payés et des œuvres caritatives, qui en souffrira le plus. Elle ne manquait jamais de respect à ceux qui les faisaient vivre. Elle venait endimanchée saluer la naissance du premier héritier mâle. Leur avenir s’annonce pourtant bien noir, bien plus que ceux qui ont failli. Avec aussi à venir une large contribution au million de morts qui tomberont dans les combats avec les Autrichiens.

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