Surbooké

Le blog de Laurent Bisault

Le prix, Cyril Gely , Éditions Albin Michel

Fév 23, 2025 #Albin Michel

C’est la journée la plus importante de sa vie. Otto Hahn est face au palais royal de Stockholm. Dans sa chambre d’hôtel qu’on lui a réservée, il relit pour la nième fois son discours. Edith sa femme dort encore dans une autre pièce. En se réveillant elle pense à Lise Meitner qu’elle n’a plus revue depuis huit années, c’était en juillet 1938. Cette scientifique était rentrée dans la vie d’Otto avant Edith sans avoir jamais été une concurrente. Car entre Otto et Lise seul comptait le monde infiniment petit des particules. Ce matin Otto Hahn va recevoir le prix Nobel de chimie pour sa découverte de la fission nucléaire. Personne n’incarne mieux que lui la science allemande. Même pas Einstein parti depuis longtemps aux États-Unis. Pendant la guerre Otto Hahn a préféré rester dans l’Allemagne nazie, mais il ne se sent coupable de rien. Ou alors seulement de la mort des Japonais anéantis le 6 août 1945 à Hiroshima par une bombe qui découlait de ses travaux. Hahn est encore sous surveillance militaire, mais cette fois c’est parce que les Alliés veulent éviter que les Soviétiques n’entrent en contact avec lui. Ou même qu’ils l’enlèvent. Ce jour est un grand jour pour Hahn, et Lise Meitner qui s’est réfugiée à Stockholm en fuyant l’Allemagne nazie va le rejoindre. Celle qui pourrait revendiquer la moitié de la découverte du prix l’a écrit au physicien allemand.

En juillet 1938 il était plus que temps d’échapper aux lois raciales d’Hitler

Passionnant ce huis clos entre le chimiste allemand qui s’apprête à être couronné, et la physicienne qui le mériterait autant que lui. Or L’Académie royale des sciences de Suède n’en a retenu qu’un. L’homme bien sûr, et aussi celui qui a effectué les ultimes travaux pour aboutir à la fusion nucléaire. Otto Hahn sait pourtant que Lise Meitner n’a jamais été son assistante, qu’elle a pendant trente ans travaillé à armes égales avec lui. Jusqu’à ce qu’elle quitte l’Allemagne peu avant la nuit de Cristal parce qu’elle était juive. Lise avait jusque-là résisté, se faisant parfois cracher au visage, pour poursuivre ses recherches. Mais en juillet 1938 il était plus que temps d’échapper aux lois raciales d’Hitler. D’où sa fuite vers les Pays-Bas puis la Suède où la physicienne n’a jamais disposé de moyens pour continuer à travailler. C’est pourtant elle qui a expliqué la fusion nucléaire ce dont Hahn était incapable. Le prix pose la question de la collaboration des scientifiques allemands avec les nazis. Hahn s’en défend, comme s’en est défendu Wernher von Braun le père des missiles V2 construits en faisant mourir d’épuisement des milliers de déportés des camps de Dora-Mittelbau et Buchenwald. Les deux scientifiques ont pourtant bénéficié de la clémence des nazis, qui avaient besoin d’eux pour gagner la guerre.

Qu’en dit Bibliosurf ?
https://www.bibliosurf.com/Le-Prix.html#recherche

Vous pourriez aussi apprécier

Abonnez-vous pour être averti des nouvelles chroniques !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *