C’est un roman noir, très noir. Un roman social qui se déroule dans et autour d’une fonderie. Un roman policier aussi, qui nous emmène dès le début à la recherche d’un agresseur. C’est une histoire racontée par plusieurs personnages, ce qui nous contraint à nous accrocher le temps de les identifier, et cela d’autant plus que la construction du récit est savamment élaborée. C’est au total une belle réussite que ce troisième livre de Simon François, un auteur que je ne connaissais pas et que je suivrai désormais. Bienvenue dans la fonderie des Morin. Vous êtes à Gien (Loiret). L’usine est vétuste, de moins en moins capable de lutter contre la concurrence des producteurs roumains et maghrébins. Elle est sale, elle pue, on reconnaît ses ouvriers à leurs avant-bras brûlés. La fonderie rejette des produits chimiques dans la Loire. Pas étonnant qu’une association l’accuse de provoquer des cancers pédiatriques. C’est Bertrand Morin qui la tient à bout de bras. Il agit comme une sorte de dictateur que ses enfants Juliette et Gabriel ont subi au moins autant que ses salariés, parce qu’il les a élevés après la mort de sa femme. Seule Juliette accompagne quotidiennement son père à l’usine, Gabriel a fui pour étudier le théâtre à Paris.
Il fait aussi des extras dans une boîte de nuit
Kad se prépare à emménager dans le pavillon qu’il vient d’acquérir avec Sandra sa compagne. Parce que son paternel vient de Tunisie, ses camarades de classe l’ont surnommé Kadaf, alors qu’il ne partage ni la langue ni les coutumes de ce pays. Kad bosse beaucoup, dans un garage où il fait des heures supplémentaires, il fait aussi des extras dans une boîte de nuit, mais il ne s’en sort pas entre le leasing de la voiture, le téléviseur payé en quatre fois, l’abonnement aux plateformes et un bébé à venir. Alors il accepte la combine que lui a proposée David Blanchard. Il sait pourtant que l’aîné de la fratrie Henri Blanchard a été condamné à treize ans pour agression dans une maison de retraite. Quand il ouvre sa camionnette, Kad découvre le corps salement amoché d’une femme. C’est Juliette la sœur de son ami d’enfance Gabriel.
Leur quotidien est émaillé de douleurs et d’humiliations
La société de construction pour laquelle ils travaillaient les a prêtés à une usine métallurgique. À charge pour eux de construire un four électrique destiné à accueillir des tonnes de ferraille. Leur quotidien est émaillé de douleurs et d’humiliations : réveil à cinq heures, attente du bus dans le froid, fumées, bruit assourdissant. Ici, pas de contrat, pas de traces, c’est le piège qu’ils ont accepté tous les sept. Le chantier se termine, ils commencent à démonter l’échafaudage qui soudainement s’écroule. Ousmane ne sent plus ses jambes, il ne peut plus les bouger.
Elle va se plonger dans l’histoire de cette famille
Elle s’appelle Karine, elle vient de Lille, elle est gendarme, elle dirige l’enquête sur l’agression de Juliette. La jeune femme rouée de coups a eu droit à quinze jours d’incapacité totale de travail, elle ne se souvient de rien, elle est déjà sortie de l’hôpital, et surtout elle ne veut rien dire. Karine va se coltiner la recherche de l’agresseur dans et en-dehors de l’usine. Elle va se plonger dans l’histoire de cette famille où tout ou presque a été enfoui sous le tapis. Elle va chercher ce que Kad faisait en bordure de Loire quand il a découvert Juliette. Elle va retrouver la trace des sans-papiers qui ne figurent pas dans la comptabilité de la fonderie, ce qui permet aux Morin de ne pas payer de cotisations sociales, et de ne pas être impliqués dans les accidents du travail. Le tableau proposé par Simon François est rude. Pour ceux qui trouveraient qu’il a chargé sa barque sachez qu’en moyenne deux personnes décèdent quotidiennement en France au travail. Avec en plus ceux qui ne sont pas déclarés.
Qu’en dit Bibliosurf ?
https://www.bibliosurf.com/La-plupart-des-hommes.html
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