Elle s’appelle Jess, elle est guide. Quatre personnes maximum, pour les Français, du sur-mesure. Elle n’avait pas prévu de rester à Venise, puis Pietro lui a proposé de garder son appartement quand il séjournait à Milan. Il est chirurgien. Les bateaux passent devant sa fenêtre, des barques et des péniches. Elle a une vue magnifique sur l’île de la Giudecca et les mille cinq cents mètres de quai des Zattere. Elle apprend que Pietro va vendre l’appartement. Avec ses visites, elle vit convenablement, mais payer un loyer lui est inaccessible. Au début elle n’avait pas prévu de vivre à Venise. Trop de monde et un dialecte clanique qui exclut ceux qui ne le parlent pas. Jess n’avait pas non plus imaginé devenir guide. Puis elle avait ramené une touriste jusqu’à son hôtel en lui racontant la ville. Le soir elle avait créé son site. Pietro l’a envoyée chez une de ses connaissances qui lui doit quelque chose. Il habite Torcello, la dernière île de la lagune. Celle qui s’est envasée au cours des siècles et qui a perdu ses habitants. L’homme s’appelle Maxence Darsène, il vit avec Colin, il est avocat pénaliste, il pourra l’aider. Sa maison, une vieille bâtisse avec dehors deux chevaux. Il voudrait l’employer pour faire le ménage, elle refuse pour les WC et les salles de bains. Elle a bien trop peur de ressembler à sa mère qui a fait ça toute sa vie dans l’hôtel familial. Jess classera les dossiers de Maxence et elle s’occupera du chat Spoontus quand il s’absentera.
Il règne dans ce coin un étrange mystère
Bienvenue dans une Venise méconnue, loin du Rialto et de la place Saint-Marc. Dans un territoire que même les Vénitiens ignorent. Torcello fut la première île peuplée de la région avec quelques milliers d’habitants au Moyen Âge. La malaria les chassa au point qu’ils n’étaient plus que quatorze en 2018. Jess y atterrit par hasard en empruntant le vaporetto 9 puis le 12. Elle va progressivement s’y plaire en s’attachant aux six jardins qui entourent la maison de Maxence. Celui du vignoble, du verger, du potager, le jardin des fleurs, et ceux des plantes aromatiques et des plantes médicinales. Ils sont tous potentiellement menacés par l’aqua alta, les hautes eaux qui ont tout envahi en 2019 en brûlant la terre avec leur sel. Il règne dans ce coin un étrange mystère incarné par Elio l’homme à tout faire de Maxence, celui qui ne rate pas ses cibles quand il tire avec son revolver. Jess devrait chercher plus activement un logement, car elle va se retrouver à la rue. Mais elle a peu d’espoir, car Venise n’aime pas les pauvres même si certains quartiers demeurent populaires. Jess ne se voit pas revenir en France et revoir ses amies Brousse, Camille et Juliette. Le souvenir d’un douloureux accident l’en empêche. Elle préfère fêter seule ses vingt-six ans en se payant un tour en gondole. Qui sait, elle finira peut-être par être hébergée par Maxence. Avec des chapitres courts, Claudie Gallay nous propose un récit qui prend son temps. Celui des petits-déjeuners à l’ouverture des bars. Des pérégrinations dans des rues où on se perd. Dans le Ghetto le quartier le plus oppressant de Venise. Sur les places qui rappellent que la sodomie a longtemps valu la décapitation à ses adeptes. Elle nous emmène également dans des bals où l’on ressort les perruques pour bien y figurer.
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https://www.bibliosurf.com/Les-jardins-de-Torcello.html
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