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Le blog de Laurent Bisault

La mort malgré lui, Armelle Hérisson, Éditions Gallimard

Jan 29, 2026

1942, Vilmos a quinze ans, avec son ami Imre ils profitent de la nature dans leur coin de Hongrie. Ils ne se voient pas habiter ailleurs. Mai 1944, les Russes ont gagné à Stalingrad, les Allemands entrent en Hongrie par l’ouest. Les lois antijuives s’appliquent désormais dans le village. Septembre 1944, on réquisitionne les jeunes de dix-sept ans. Sára qui a échappé aux rafles des juifs vit cachée dans la remise de l’école sous la surveillance de Laura et de son père. La jeune femme est l’amie de Vilmos, elle lui a prêté Crime et châtiment. Les Allemands débarquent, emmènent huit hommes dont Vilmos et Imre. Ils sont affectés à la 31e division Waffen-SS. Paris, octobre 1987, Sophie une jeune femme blonde est pigiste. Elle habite dans un appartement dont la superficie est à l’échelle de ses maigres revenus. Novembre 1987, Arlette centralise les appels au commissariat de Laval. Elle apprend la découverte d’une femme nue, la tête baignant dans une flaque de sang, dans le parc de la HLM de la Perdrière. Le commissaire Éric Ralu s’y rend avec Thomas Drouet un jeune policier récemment arrivé à brigade. La morte est blonde, elle a été abattue avec une arme à feu, elle a les marques d’un bâillon sur les chevilles et les poignets. L’enquête révèle qu’elle a visité plusieurs appartements en prétendant travailler pour un recensement, elle a notamment interrogé les locataires sur leur parcours d’immigration. Elle a aussi laissé le souvenir de ses ongles rouges.

Les deux volets du bouquin finissent par se rejoindre

Sacrée réussite que ce premier roman d’Armelle Hérisson, une autrice qui est par ailleurs professeur agrégée et docteure en littérature française. C’est au départ une double enquête sur les Hongrois incorporés de force par les Allemands en 1944 dans la Waffen-SS. Et sur l’assassinat quarante-trois années après d’une jeune journaliste à Laval. La recherche du ou des meurtriers m’a paru dans un premier temps quelque peu poussive. Mais plus le récit avançait, plus il m’a convaincu d’être en présence d’un grand livre. De ceux qui nous laissent pantois une fois la dernière page terminée. Inutile de préciser que les deux volets du bouquin finissent par se rejoindre. Et que l’assassinat de celle, qui a rapidement été identifiée comme étant Sophie Ziegler, est lié à la Seconde guerre mondiale. Le procédé narratif n’est pas nouveau. Il a récemment été utilisés avec brio par Arttu Tuominen dans Tous les silences. Il est toutefois renouvelé ici avec les malgré-nous. Ces jeunes gens enrôlés de force par les Allemands un peu partout en Europe. Ils furent notamment 132 000 en Alsace à partir de 1942. L’histoire des persécutions nazies en Hongrie est une des plus abjectes, car elle est intervenue tardivement, après l’entrée des Allemands dans le pays. Précédemment Horthy qui dirigeait la Hongrie, avait au moins refusé de livrer les juifs avec la nationalité hongroise. Mais dès qu’ils le purent, les nazis, se sont empressés d’y remédier en tuant un demi-million de juifs. Outre la monstruosité de la solution finale, les déportations tardives ont alimenté le travail forcé à Auschwitz au profit de l’industrie de guerre. Toute cette histoire les policiers lavallois l’ignorent. Ils ont davantage l’habitude d’enquêter sur le vol de chevaux de course. Ils vont progressivement la découvrir, comprendre ses ambiguïtés. Ils vont apprendre qu’entre un mobilisé de force et un volontaire, les différences étaient parfois tenues. Que les malgré-nous avaient aussi commis des horreurs. Ce qui n’a rien de facile pour eux, car leur enquête percute leurs difficultés personnelles.

Qu’en dit Bibliosurf ?
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