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Le blog de Laurent Bisault

Les derniers jours de Harry Yuan, Arbon, Éditions Au diable vauvert

Avr 8, 2026 #Au diable vauvert

Arbon n’avait plus revu Harry Yuan depuis vingt-deux ans, ça remontait au printemps 2002. Il en savait peu de choses si ce n’est que l’homme avait été milliardaire. Mais il ignorait son passé ainsi que les circonstances de sa déchéance. Même Internet avait perdu sa trace depuis 2006. La biographie de Harry Yuan s’arrêtait donc à un séjour en prison, une amende exorbitante, et à sa ruine. Et puis Arbon reçut un message signé HY qui l’invitait à venir le voir pour écouter le récit de sa vie. Il se retrouva ainsi dans un vol Paris-Athènes, ce qui constituait une surprise puisque Harry Yuan était originaire de Chine et qu’il avait vécu aux États-Unis. Arbon continua son voyage en hélicoptère jusqu’à Prepesinthos une petite île déserte des Cyclades. Il aboutit devant une luxueuse maison construite dans un site d’une rare beauté, celle de Mr Ren car tel était le nouveau nom de Harry Yuan. C’est en 1997 qu’Arbon avait créé avec Bruno de Sa Moreira la première société d’édition en ligne. Il avait derrière lui dix années à la tête de Flammarion. Son projet butait contre les limites de l’époque, puisque les acheteurs ne pouvaient lire les textes que sur un écran d’ordinateur ou devaient les imprimer. Trois années plus tard Arbon et Moreira furent contactés par plusieurs grands groupes de la sphère technologique qui souhaitaient acheter leur entreprise. C’est dans le cadre du Salon du livre de Paris qu’ils échangèrent avec un multimilliardaire qui eut gain de cause. Car Harry Yuan était le seul qui proposerait à terme un lecteur portatif à peine plus gros qu’un livre, et qui acheta l’entreprise vingt-cinq millions de dollars.

On faisait grésiller un modem en se connectant à Internet

Très compliqué de classer ce roman si ce n’est en le faisant figurer dans la catégorie des excellents bouquins. D’ailleurs est-ce un roman ou plutôt un récit romancé comme le laisse supposer l’épigraphe empruntée à Stendhal : « Tous les faits rapportés dans ce volume sont vrais, ou, du moins, l’auteur les croit tels. Il n’admet dans son livre que les mensonges absolument indispensables. » ? Les derniers jours de Harry Yuan c’est l’histoire d’un inventeur des nouvelles technologies qui se mue en financier. Et ça se lit comme un polar. C’est un retour dans un temps qui nous paraît antédiluvien, quand on faisait grésiller un modem en se connectant à Internet. C’est surtout le combat de deux hommes face à notre avenir numérique. D’un côté Harry Yuan un mathématicien qui comprend avant les autres ce que vont devenir les médias. De l’autre Robert Duchmore, Robert Murdoch dans la vraie vie, un roi de la presse anglo-saxonne, dont les journaux rivalisent de médiocrité et de rentabilité. Deux coqs dans le même poulailler, même numérique, c’est un de trop. Alors ils vont rivaliser de coups tordus pour s’imposer. Yuan invente un procédé pour programmer facilement les magnétoscopes, imagine un écran qui donnent accès aux différentes chaînes de télévision. Duchmore joue sur les cours de la Bourse et tente de ruiner son concurrent. Pour découvrir la fin de l’histoire, il faudra se poser face à une mer bleue. Déguster un Montrachet 2005 de la Romanée-Conti. Regarder une dizaine de poulpes sécher sur un fil. Partager des tzatzíkis et un loup grillé. On a connu pires supplices.

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