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	<title>Archives des économie 👛 - Surbooké</title>
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	<description>Le blog de Laurent Bisault</description>
	<lastBuildDate>Mon, 15 Dec 2025 10:54:45 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Archives des économie 👛 - Surbooké</title>
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		<title>Journal d&#8217;un économiste en crise, Oncle Bernard, Éditions Les Échappés</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 07 Apr 2024 15:00:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[économie 👛]]></category>
		<category><![CDATA[🤍]]></category>
		<category><![CDATA[Les Échappés]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Elles constituaient ma bible, mais sans curés, rabbins ni imams. Grâce à elles les mercredis furent pour moi pendant des années des jours à part jusqu&#8217;à l&#8217;attentat du 7 janvier 2015. Les chroniques d&#8217;Oncle Bernard dans Charlie Hebdo étaient ma première motivation d&#8217;achat du journal à égalité avec les dessins de Charb et de Cabu. [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>Elles</strong> <strong>constituaient</strong> <strong>ma</strong> <strong>bible</strong>, mais sans curés, rabbins ni imams. Grâce à elles les mercredis furent pour moi pendant des années des jours à part jusqu&rsquo;à l&rsquo;attentat du 7 janvier 2015. Les chroniques d&rsquo;Oncle Bernard dans <em>Charlie</em> <em>Hebdo</em> étaient ma première motivation d&rsquo;achat du journal à égalité avec les dessins de Charb et de Cabu. Parfois les deux plaisirs se mêlaient car les textes de <em>l&rsquo;alter</em> <em>ego</em> de Bernard Maris étaient toujours illustrés. Il est même arrivé que les talents de l&rsquo;économiste et d&rsquo;un des dessinateurs se rejoignent pour raconter une de mes études. C&rsquo;était une histoire de cochons qui partaient trois mois loin de leur propriétaire pour contourner la réglementation sur l&rsquo;environnement. Maris la résuma en une affaire de « <em>caca</em> <em>trimestriel</em> » avant d&rsquo;enchaîner par « <em>Pendant</em> <em>ce</em> <em>temps,</em> <em>on</em> <em>bouffe</em> <em>du</em> <em>jambon</em> ». Ce jour-là je m&rsquo;étais répandu dans les couloirs de mon service pour le faire savoir. Bernard Maris est devenu célèbre autant par sa capacité à faire comprendre l&rsquo;économie que par sa manière d&rsquo;écrire faite de dérision et d&rsquo;humour. Il avait aussi un immense savoir académique qui lui permettait de parler de la théorie des jeux, de Walras, de Keynes ou de Marx (<strong><a href="http://surbooke.fr/wordpress/?p=5833" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a></strong>). Maris tenait Keynes pour le plus grand génie de la finance qui exista sur Terre parce qu&rsquo;il expliqua la Bourse par les phénomènes de foule. Et surtout pas par la « loi de l&rsquo;offre et de la demande », « <em>La</em> <em>loi</em> <em>la</em> <em>plus</em> <em>fausse</em> <em>du</em> <em>magasin</em> <em>des</em> <em>inepties</em> <em>économiques</em> ». Maris rappelait la théorie de la valeur du grand barbu : « <em>Relisez</em> <em>Marx</em> <em>les</em> <em>gars</em> ».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">T&rsquo;inquiète Amélie on pourra mettre les mioches à Stanislas </p>
</blockquote>



<p>Contrairement à la quasi-totalité des économistes Bernard Maris ne tournait pas autour du pot. Il méprisait Michel Camdessus ancien chef du FMI et membre de <em>L&rsquo;Opus</em> <em>Dei</em>. Il disait de ce personnage qu&rsquo;il ne croyait qu&rsquo;à deux choses, « <em>la</em> <em>souffrance</em> <em>et</em> <em>le</em> <em>marché</em> », et qu&rsquo;il avait été « <em>la</em> <em>plus</em> grande <em>calamité</em> <em>qui</em> <em>se</em> <em>soit</em> <em>abattu</em>e <em>sur</em> <em>l&rsquo;Afrique</em> <em>depuis</em> <em>les</em> <em>plaies</em> <em>bibliques</em> ». L&rsquo;économiste toulousain dézinguait les banquiers, Charles Milhaud (<strong><a href="http://labaseob.free.fr/article.php3?id_article=90" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a></strong>) de la Caisse d&rsquo;Épargne et Philippe Dupont des Banques populaires ayant été selon lui les plus nuls. Ces gens-là avaient foutu le feu à la planète, avaient recapitalisé « leur » entreprise avec des fonds publics, et se gavaient. Frédéric Oudéa qui succéda à Daniel Bouton à la tête de la Société générale était un des mieux payés. T&rsquo;inquiète Amélie on pourra mettre les mioches à Stanislas. Bernard Maris a passé son temps à dénoncer la financiarisation de l&rsquo;économie qui a permis à un grand nombre de profiteurs de pomper les richesses. Il expliquait que la Bourse ne finançait pas l&rsquo;économie, qu&rsquo;elle détruisait du capital <em>via</em> les rachats d&rsquo;actions. Que seuls les nigauds et les menteurs croyaient le contraire. Qu&rsquo;à côté de la lutte des classes il y avait celles des créanciers et des débiteurs qui avaient tué l&rsquo;industrie et fait exploser les inégalités.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">C&rsquo;était pour satisfaire les détenteurs du capital qu&rsquo;il fallait baisser la dépense publique </p>
</blockquote>



<p>Pas plus que les autres Bernard Maris n&rsquo;avait annoncé la crise économique de 2008. Mais celui qui avait défini sa profession comme celle « <em>des</em> <em>guignols</em> <em>toujours</em> <em>capables</em> <em>d&rsquo;expliquer</em> <em>après</em> <em>coup</em> <em>ce</em> <em>qu&rsquo;ils</em> <em>n&rsquo;avaient</em> <em>jamais</em> <em>pu</em> <em>prévoir</em> » avait compris la transformation en cours. C&rsquo;était pour satisfaire les détenteurs du capital qu&rsquo;il fallait baisser la dépense publique. Eux et leurs serviteurs le méritaient-ils? Absolument pas. Zidane était unique mais les banquiers et les autres financiers n&rsquo;étaient que des parasites. Alors qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui on nous explique que l&rsquo;endettement de la France serait dû à des années de gabegie, pensez-vous pas un budget équilibré depuis Barre !, il est bon de lire ou relire que nous avons collectivement payé pour la crise de 2008. Que le passage d&rsquo;un endettement de 60 % du Pib à 100 % n&rsquo;est nullement dû à des retraites trop généreuses ou à un trop grand nombre de fonctionnaires. Mais uniquement à la folie des marchés financiers qui a été encouragée par à peu près tous les gouvernements depuis 1983. Ceux qui se disaient de « gauche » dont le pire fut sans doute celui de Bérégovoy et les autres qui assumaient être de droite. Et il faudrait recommencer toujours au profit des mêmes ?</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Les profits montent, les Bourses baissent (mars 2007)</p>
</blockquote>



<p>La crise des <em>subprimes</em> que l&rsquo;on peut approfondir <a href="https://surbooke.fr/wordpress/?p=5085" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>ici</strong> </a>n&rsquo;a pas encore éclaté. Ce sera quatre mois plus tard mais déjà Maris expliqu<em>e</em> que ça ne sent pas bon. Nouveau record de profits pour les entreprises du CAC 40 et on s&rsquo;attend à ce que ça continue. Pourtant elles ne créent pas d&#8217;emplois ni n&rsquo;investissent. Elles balancent leur <em>cash</em> sur le marché en devenant prêteuses. On devrait au moins assister à une hausse des cours mais ils baissent. La faute au marché immobilier américain qui menace de s&rsquo;effondrer. Les ménages surendettés ont acheté  avec des prêts hypothécaires qui exigent que le prix des logements montent pour être remboursés. Encore faudrait-il que les propriétaires ne soient pas emportés par l&rsquo;envolée du coût des crédits à taux variables. La Banque Lehman Brothers, déjà elle, s&rsquo;inquiète. Mais nous dit Maris en cas de crise l&rsquo;État finira par payer.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Préparer les Français à se faire dépouiller (avril 2008)</p>
</blockquote>



<p>Raté. La loi Tepa (travail emploi et pouvoir d&rsquo;achat) devait booster la croissance. Elle a dopé les revenus des riches, ce qui était son véritable objectif, et augmenté les heures sup de ceux qui bossaient déjà. Résultat davantage de déficits des finances publiques et un endettement à 67 % du Pib. Merci Christine Lagarde. Est-ce la faillite comme le prétend  Fillon ? Pas du tout, d&rsquo;ailleurs l&rsquo;endettement public est plus élevé en Italie et au Japon, deux pays qui ne se portent pas si mal. La France est également mieux placée que les États-Unis et que la Grande-Bretagne où les dettes privées sont bien plus élevées. Chez nous l&rsquo;actif de l&rsquo;État est supérieur à son passif et c&rsquo;est ça qui compte. Alors pourquoi Fillon beugle-t-il ? Parce qu&rsquo;il prépare l&rsquo;opinion à des coupes budgétaires dans l&rsquo;Éducation nationale, à la privatisation d&rsquo;EDF, et à la vente de terrains et d&rsquo;hôpitaux comme il l&rsquo;a déjà fait avec les autoroutes. C&rsquo;est lui qui nous ruine.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Les pauvres aideront les pauvres (Janvier 2009)</p>
</blockquote>



<p>Avec la récession l&rsquo;impôt ne rentre plus et les déficits se creusent. Faut-il toucher aux cadeaux fiscaux offerts depuis cinq ans, bouclier fiscal, allègements de l&rsquo;ISF, loi Tepa ? Surtout pas ! Pourtant le pouvoir d&rsquo;achat plonge et les grosses entreprises licencient pour améliorer leur rentabilité. « <em>Pas</em> <em>de</em> <em>démagogie</em> <em>s&rsquo;il</em> <em>vous</em> <em>plaît</em> » répond le ministre Devedjian qui ajoute : « <em>Mieux</em> vaut <em>des</em> <em>entreprises</em> <em>avec</em> <em>du</em> <em>cash</em> <em>et</em> <em>rentables</em> <em>que</em> <em>sans</em> <em>cash</em> <em>et</em> <em>pas</em> <em>rentables</em> <em>!</em> ». « <em>Et</em> <em>tout</em> <em>le</em> <em>monde</em> <em>se</em> <em>tut,</em> <em>émerveillé</em> <em>de</em> <em>tant</em> <em>de</em> <em>sagesse</em> ».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Le retour du banquier (novembre 2009)</p>
</blockquote>



<p>France Inter, rencontre de Georges Pauget le patron du Crédit agricole qui a pris une bonne claque avec les <em>subprimes</em>. Non dit-il pas avec les <em>subprimes</em>. Certes, avec AIG la boîte qui assurait les <em>subprimes</em> achetées par le Crédit agricole. « <em>Mais</em> <em>qui</em> <em>aurait</em> <em>pu</em> <em>imaginer</em> <em>qu&rsquo;AIG</em> <em>vendait</em> <em>des</em> <em>actifs</em> <em>toxiques</em> » demande Dominique Seux. « <em>Et qui aurait pu prévoir que Lehman vendait de la daube ? Un peu comme si Mercedes vendait des voitures avec, sous le capot, des moteurs de 2CV. Le moindre con soulève le capot de la voiture qu&rsquo;il achète. Pas les banquiers trop heureux de bouffer de l&rsquo;argent à s&rsquo;en faire péter la sous-ventrière</em> ».</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-medium-font-size is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">1 500 milliards d&rsquo;euros de dettes, et alors ?</p>
</blockquote>



<p>Qui va payer la dette ? Et pourquoi la payer ? La dette c&rsquo;est de l&rsquo;argent qu&rsquo;on doit aux riches, les fonds de pension, les épargnants qui placent leur trop plein, ceux qui espèrent faire de l&rsquo;argent sans travailler. Le meilleur moyen pour ne pas la payer c&rsquo;est l&rsquo;inflation. Un petit coup d&rsquo;inflation avec des salaires indexés, et on devra beaucoup moins. Oui mais si on taxe les rentiers ils vont partir. Qu&rsquo;ils partent ! De toute façon ils sont stériles voire nuisibles ! Et aussi surtaxer les banques. Oui mais elles vont partir. Qu&rsquo;elles se barrent ! De toute façon les déposants des Banques populaires n&rsquo;ont aucune envie de se faire à nouveau cocufier par Natixis. Surtaxer aussi les banquiers. Dernière mesure pour rembourser la dette, en finir avec les aides stupides aux entreprises. Ça coûte une blinde, c&rsquo;est payé par l&rsquo;État pour à la fin supprimer des emplois de fonctionnaires.</p>



<p><strong>Vous pourriez aussi apprécier</strong></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="jYfYfarULS"><a href="https://surbooke.fr/wordpress/2024/03/28/une-breve-histoire-de-leconomie-daniel-cohen-editions-albin-michel/">Une brève histoire de l&rsquo;économie, Daniel Cohen, Éditions Albin Michel</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Une brève histoire de l&rsquo;économie, Daniel Cohen, Éditions Albin Michel » &#8212; Surbooké" src="https://surbooke.fr/wordpress/2024/03/28/une-breve-histoire-de-leconomie-daniel-cohen-editions-albin-michel/embed/#?secret=Rw9YcH5XuT#?secret=jYfYfarULS" data-secret="jYfYfarULS" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Une brève histoire de l&#8217;économie, Daniel Cohen, Éditions Albin Michel</title>
		<link>https://surbooke.fr/wordpress/2024/03/28/une-breve-histoire-de-leconomie-daniel-cohen-editions-albin-michel/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Mar 2024 16:02:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[économie 👛]]></category>
		<category><![CDATA[🤍]]></category>
		<category><![CDATA[Albin Michel]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;est le dernier livre de Daniel Cohen paru après son décès intervenu le 20 août 2023. L&#8217;ouvrage était néanmoins terminé quand il l&#8217;avait remis à son éditeur. Il est court, tant par le nombre de ses pages que par la brièveté des neuf chapitres car Daniel Cohen avait voulu le rendre accessible au plus grand [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://surbooke.fr/wordpress/2024/03/28/une-breve-histoire-de-leconomie-daniel-cohen-editions-albin-michel/">Une brève histoire de l&rsquo;économie, Daniel Cohen, Éditions Albin Michel</a> est apparu en premier sur <a href="https://surbooke.fr/wordpress">Surbooké</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>C&rsquo;est</strong> <strong>le</strong> <strong>dernier</strong> <strong>livre</strong> <strong>de</strong> <strong>Daniel</strong> <strong>Cohen</strong> <strong>paru</strong> <strong>après</strong> <strong>son</strong> <strong>décès</strong> <strong>intervenu</strong> <strong>le</strong> <strong>20 août 2023</strong>. L&rsquo;ouvrage était néanmoins terminé quand il l&rsquo;avait remis à son éditeur. Il est court, tant par le nombre de ses pages que par la brièveté des neuf chapitres car Daniel Cohen avait voulu le rendre accessible au plus grand nombre. Ce qui correspond bien à ce qu&rsquo;il a fait pendant sa vie professionnelle : clarifier son discours, désacraliser sa discipline, et se montrer pédagogue. Ce dernier point semble avoir été une constance chez Cohen qui a créé avec Thomas Piketty l&rsquo;École d&rsquo;économie de Paris, et qui était très apprécié de ses étudiants. Cela donne un ouvrage qui se lit avec plaisir, un récit historique qui m&rsquo;aurait fait bondir de joie si on me l&rsquo;avait proposé quand je fréquentais l&rsquo;école de l&rsquo;Insee (<strong><a href="https://surbooke.fr/wordpress/2020/12/14/linsee-linstitut-national-de-la-statistique-et-des-etudes-economiques/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a></strong>). Comme à l&rsquo;impossible nul n&rsquo;est tenu, certains thèmes sont traités si brièvement qu&rsquo;on pourrait presque s&rsquo;en passer. Mais il faut prendre <em>Une</em> <em>brève</em> <em>histoire</em> de <em>l&rsquo;économie</em> pour ce qu&rsquo;elle est : une présentation qui vous donnera peut-être l&rsquo;envie d&rsquo;en savoir davantage. Des passages feront réagir comme la création de l&rsquo;État-providence qui ne devrait pas plaire à Nicolas Da Silva (<strong><a href="https://surbooke.fr/wordpress/2022/11/06/la-bataille-de-la-secu-nicolas-da-silva-editions-la-fabrique/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a></strong>). Il faut enfin signaler le mérite de Daniel Cohen, tout agrégé de mathématiques qu&rsquo;il fût, de ne pas nous noyer sous les équations. Qu&rsquo;il en soit ici remercié même si je garde une réelle préférence pour les écrits de Bernard Maris, parce qu&rsquo;avec Oncle Bernard en plus on se marrait. Je me suis donc permis quelques ajouts en souvenir de l&rsquo;économiste toulousain.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Pousse-toi de là on a besoin de tes terres espèce de chasseur-cueilleur décroissant !</p>
</blockquote>



<p>« <em>Longtemps</em> <em>le</em> <em>seul</em> <em>problème</em> <em>économique</em> <em>de</em> <em>l&rsquo;humanité</em> <em>a</em> <em>été</em> <em>celui</em> de <em>se</em> <em>nourrir</em> ». C&rsquo;est ainsi que débute <em>Une</em> <em>brève</em> <em>histoire</em> <em>de</em> <em>l&rsquo;économie</em>. L&rsquo;invention de l&rsquo;agriculture de 8 000 à 9 000 ans avant J.-C. au Moyen-Orient, en Chine puis en Amérique centrale, a en partie permis d&rsquo;y répondre. Mais aux dépens des chasseurs-cueilleurs qui furent priés d&rsquo;aller voir ailleurs, avec toute la gentillesse dont est aujourd&rsquo;hui capable la FNSEA. Pousse-toi de là on a besoin de tes terres espèce de chasseur-cueilleur décroissant ! Problème, sous le prétexte que les hommes et les femmes pouvaient désormais se nourrir, ils et elles étaient devenus de plus en plus nombreux. Commença alors une course sans fin entre les ressources et les besoins alimentaires dont un <em>bookmaker</em> anglais, Thomas Malthus prédit qu&rsquo;elle finirait mal. Parce que disait-il c&rsquo;est la taille des populations qui s&rsquo;accroît et non leur niveau de vie. Malthus qui était également un curé anglican aussi sympa que ne l&rsquo;est aujourd&rsquo;hui Christine Boutin, vantait les mérites de la guerre et de l&rsquo;absence d&rsquo;hygiène comme moyen collectif de s&rsquo;en sortir. Heureusement l&rsquo;accroissement démographique s&rsquo;est calmé en Europe à partir de la fin du XVIIIe siècle, puis après la Seconde Guerre mondiale dans le reste du monde. Explication, après 1945 les femmes des pays sous-développés se seraient identifiées au modèle occidental aperçu à la télévision. Souhaitons alors qu&rsquo;elles n&rsquo;aient jamais accès aux émissions d&rsquo;Hanouna.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Alors Malthus tu l&rsquo;avais pas vu venir celle-là !</p>
</blockquote>



<p>Seconde étape essentielle dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanité : la révolution industrielle anglaise du milieu du XVIIIe siècle. Elle s&rsquo;est s&rsquo;appuyée sur une série d&rsquo;innovations comme la machine à vapeur et la « navette volante » de l&rsquo;industrie textile. Comme aucun autre pays ne parvenait à se développer aussi vite, et surtout pas la France, la population anglaise a doublé en un siècle et demi. Mais comment les nourrir puisque les nouvelles technologies agricoles se faisaient attendre ? Avec des importations alimentaires massives payées par des exportations industrielles. Pour ce faire les Anglais ont peuplé l&rsquo;Amérique de bras et de pieds africains pour se fournir en sucre et en coton. Alors Malthus tu l&rsquo;avais pas vu venir celle-là ! C&rsquo;est au milieu du XVIIIe siècle qu&rsquo;Adam Smith commença à penser l&rsquo;économie comme quelque chose régi par le marché. Autre apport du philosophe écossais, il faisait du travail la source de la valeur aux dépens des terres, de l&rsquo;argent et de l&rsquo;or comme on le disait avant lui. Grâce au marché les différents participants aux échanges trouvaient leur intérêt notamment <em>via</em> la spécialisation du travail. L&rsquo;œuvre de Smith est souvent réduite par les libéraux à la « <em>main</em> <em>invisible</em> » qui exclurait la puissance publique dans toute recherche de l&rsquo;efficacité. Mais rassurez-vous de nombreux économistes affirment que Smith ne l&rsquo;a jamais pensé ainsi. Un siècle plus tard Marx réfuta cette idée du marché porteur de tous les intérêts. La société avait changé, il avait devant lui une classe ouvrière paupérisée. Marx, philosophe comme l&rsquo;était Smith, mettait en avant la différence entre le travail et la force de travail. La force c&rsquo;est ce que payait le patron pour que l&rsquo;ouvrier puisse survivre. La différence entre le travail et la force de travail appelée plus-value ou sur-travail, était empochée par l&#8217;employeur. Marx n&rsquo;évoquait pas comme Malthus les ressources agricoles pour expliquer la misère ouvrière. C&rsquo;est la bourgeoisie qui la créait pour alimenter « <em>l&rsquo;armée</em> <em>de</em> <em>réserve</em> » dont elle avait besoin pour nourrir ses profits.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Il fallut attendre les travaux de Keynes pour comprendre ce nouvel objet : le déséquilibre macroéconomique </p>
</blockquote>



<p>Le 24 octobre 1929 fut une date noire dans l&rsquo;histoire du capitalisme : celle du premier krach de la Bourse new-yorkaise. Des investisseurs se jetaient des gratte-ciel avec beaucoup moins de réussite que Batman quelques années après. La récession économique était dantesque avec une baisse de moitié de la production industrielle en trois ans et des reculs dramatiques dans les secteurs du bâtiment et de l&rsquo;agriculture. Les retraits des dépôts bancaires entraînèrent des faillites en cascade des établissements financiers sans que les autorités monétaires ne réagissent. La crise se répandit dans les autres pays et provoqua une formidable rétractation du commerce mondial. Il fallut attendre les travaux de Keynes pour disposer d&rsquo;un cadre théorique pour penser ce nouvel objet : le déséquilibre macroéconomique. Jusque-là les autorités, en dignes successeurs des médecins de Molière, avaient aggravé la situation en préservant les équilibres des finances publiques et en conservant la convertibilité or de leur monnaie. Les rares pays qui y avaient dérogé avaient immédiatement attiré des capitaux étrangers. En bon économiste britannique Keynes remit en cause la loi de Say, un des rares théoriciens français passé à la postérité, dont « la loi » voulait que l&rsquo;offre crée toujours sa propre demande. Dans tes rêves Jean-Baptiste aurait pu lui répondre John Maynard qui avait devant ses yeux un désastre. Si je n&rsquo;écoule plus ma production, je licencie et mes ouvriers ne vont plus rien acheter. Pour y remédier il faut impérativement dépenser.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Sommes-nous au total plus heureux en devenant au cours du temps plus riches ?</p>
</blockquote>



<p>Trente années après la Seconde Guerre mondiale les brutales hausses de prix du pétrole ont mis à mal le message keynésien. La stagflation, combinaison du chômage et de l&rsquo;inflation, résistait aux relances économiques car elle ne provenait pas d&rsquo;une absence de demande mais d&rsquo;un manque de profitabilité d&rsquo;activités minées par le coût de l&rsquo;or noir. Place désormais à la révolution conservatrice incarnée par Milton Friedman qui allait entre autres déréguler les marchés financiers. Plus de contrôles, allez les gars on en profite en trichant sur la solvabilité des clients. C&rsquo;est peu dire que la crise des <em>subprimes</em> de 2007 coûta cher à ceux qui n&rsquo;y étaient pour rien. La banque Lehman coula et le séisme se propagea à l&rsquo;économie réelle.  Le XXIe siècle c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui la primauté annoncée de la Chine qui devrait devenir à terme le pays le plus riche du monde. C&rsquo;est l&rsquo;émergence de l&rsquo;économie numérique avec ses gains de productivité et ses asservissements. C&rsquo;est surtout l&rsquo;époque de la prise de conscience du réchauffement climatique. Suffisante pour agir tant qu&rsquo;il en est encore temps ? Rien n&rsquo;est moins sûr car les exemples d&rsquo;effondrements dans l&rsquo;histoire ne manquent pas comme pour l&rsquo;île de Pâques au XVe siècle. Sommes-nous au total plus heureux en devenant au cours du temps plus riches ? Les mesures du bonheur montrent le contraire probablement parce que les satisfactions apportées par les nouveaux biens  ne durent pas. Une des manières de les prolonger consiste à se comparer à ceux qui possèdent moins que nous. Karl le grand barbu l&rsquo;avait lui-même expliqué. Si j&rsquo;étais Premier ministre je m&rsquo;en inspirerais. Plutôt que d&rsquo;augmenter les salaires je m&rsquo;attaquerais aux revenus des chômeurs. Tant que ça marche pourquoi s&rsquo;en priver ?</p>



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		<title>Plutôt nourrir, Clément Osé et Noémie Calais, Editions Tana</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Nov 2023 16:40:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[autobiographie]]></category>
		<category><![CDATA[économie 👛]]></category>
		<category><![CDATA[🤍🤍]]></category>
		<category><![CDATA[Tana]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Qui l&#8217;aurait imaginée à la tête d&#8217;un élevage de porc du Gers ? Assurément pas Clément Osé qui avait croisé Noémie Calais onze années plus tôt à Sciences Po, avant qu&#8217;elle ne s&#8217;envole vers de lointaines contrées pratiquer le conseil en développement international. C&#8217;est Noémie qui lui avait écrit il y a quatre ans pour [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>Qui</strong> <strong>l&rsquo;aurait</strong> <strong>imaginée</strong> <strong>à</strong> <strong>la</strong> <strong>tête</strong> <strong>d&rsquo;un</strong> <strong>élevage</strong> <strong>de</strong> <strong>porc</strong> <strong>du</strong> <strong>Gers</strong> <strong>?</strong> Assurément pas Clément Osé qui avait croisé Noémie Calais onze années plus tôt à Sciences Po, avant qu&rsquo;elle ne s&rsquo;envole vers de lointaines contrées pratiquer le conseil en développement international. C&rsquo;est Noémie qui lui avait écrit il y a quatre ans pour lui dire qu&rsquo;ils étaient désormais presque voisins. Clément venait de rejoindre une ferme collective. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;est né le livre. De leurs retrouvailles et de leurs volontés de faire connaître le travail des petits éleveurs, de leurs souhaits de sortir du débat manichéen « <em>pour</em> <em>ou</em> <em>contre</em> <em>l&rsquo;élevage</em> ». Les porcs elle les a installés dans des cabanes qui donnent accès à une courette et à un parc que les animaux fréquentent en fonction de leurs envies. Contrairement au modèle agricole choisi par les condisciples de Clément, Noémie élève ses animaux pour les vendre. Ils naissent à la ferme, ils y restent de douze à quatorze mois, Noémie les mène à l&rsquo;abattoir, avant de récupérer les carcasses dans la coopérative fondée avec d&rsquo;autres éleveurs pour les découper et les transformer. Elle vend le fruit de son travail sur les marchés.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">C&rsquo;est une démarche cohérente pour retrouver une agriculture sensée</p>
</blockquote>



<p>C&rsquo;est un récit exceptionnel que nous proposent Clément Osé et Noémie Calais. Un livre couronné du prix « Mange, Livre 2023 !», attribué à un ouvrage mettant en avant l&rsquo;alimentation issue de pratiques respectueuses de la nature et incitant à manger mieux. <em>Plutôt</em> <em>nourrir</em> c&rsquo;est le parcours d&rsquo;une néorurale qui se lance seule dans l&rsquo;élevage bio des porcs noirs. Ce sont ses espoirs, son projet, les difficultés du métier, les fatigues du corps qui plie sous la multiplicité des tâches. C&rsquo;est une démarche cohérente pour retrouver une agriculture sensée, bien loin des productions intensives qui nuisent à la terre, aux animaux, aux agriculteurs comme aux consommateurs. Ce sont des obstacles sans fin, toujours renouvelés, mais aussi les solidarités qui se mettent en place. Coopérer c&rsquo;est ce qui a motivé Noémie dans ce coin du Gers. À côté d&rsquo;autres agriculteurs qui la font profiter de légumes avariés, du petit-lait, et à qui elle donne en retour du fumier. À proximité d&rsquo;un brasseur qui la fournit en drêches. Auprès de Catherine ancienne éleveuse de porcs en intensif, qui est toujours disponible pour lui donner un coup de main. Et tous les autres avec qui elle mange le midi. En agissant ainsi Noémie redonne aux porcs leur rôle traditionnel : celui d&rsquo;un animal qui recycle tout en produisant de la viande.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Les bâtiments sont mis à « rut épreuve » pendant la saillie </p>
</blockquote>



<p>Pour y parvenir il lui a fallu surmonter bien des obstacles. Construire les cabanes pour assurer le bien-être de ses animaux. Rien à voir avec l&rsquo;environnement concentrationnaire des élevages industriels où les porcs sont sur caillebotis au-dessus d&rsquo;une fosse à lisier, où les truies sont attachées pour ne pas écraser les porcelets et les dents limées, où on a parfois relevé des cas de cannibalisme. Chez Noémie les cochons sont sur de la paille ce qui nuit à la productivité mais procure du confort. Les bâtiments doivent être solides car ils sont mis à « <em>rut</em> <em>épreuve</em> » pendant la saillie. Dans ces conditions les animaux s&rsquo;apaisent et les truies arrivent quand elle les appelle par leur prénom. Noémie a dû faire fi du sexisme des formateurs en charcuterie. Elle endure le froid de l&rsquo;atelier de transformation. Pour se consolider psychiquement elle a fini par abandonner sa yourte pour une colocation à Auch. Elle a planté mille trois cents arbres pour embellir le paysage de ceux qui lui succéderont », pour envoyer les cochons pâturer entre les haies touffues, améliorer les sols et limiter leurs glissements en cas de pluies diluviennes.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Les porcs bios élevés en plein air ne représentent que 0,5 % des cochons </p>
</blockquote>



<p>Noémie n&rsquo;aime pas qu&rsquo;on lui reproche d&rsquo;envoyer à la mort ses animaux. Elle souhaiterait certes les abattre elle-même à la ferme, mais elle doit se contenter de les envoyer à Boulogne-sur-Gesse à une cinquantaine de kilomètres au sud de son exploitation. L&rsquo;allongement des distances, qui va de pair avec la disparition des petits abattoirs, répond à des exigences économiques car la mise aux normes coûte cher. Elle permet aussi de cacher la mort aux citadins. Noémie s&rsquo;était dit au début qu&rsquo;elle deviendrait végétarienne et même végane si elle n&rsquo;était pas capable de tuer ses animaux. Alors elle a essayé et elle a réussi. Quand on lui dit que ses animaux contribuent au réchauffement climatique, elle répond que les porcs bios élevés en plein air ne représentent que 0,5 % des cochons. Les siens sont des porcs noirs, une variété dont les portées sont deux fois plus réduites, ils grandissent deux fois plus lentement, avec beaucoup de gras difficile à valoriser. Sans oublier le prix des aliments bios. Elle les a d&rsquo;ailleurs abandonnés ces derniers temps en diminuant son cheptel. Choisir le porc noir a permis à Noémie de contribuer à la préservation d&rsquo;une race qui a failli disparaître, et de multiplier les saveurs dont nous bénéficions. Car Noémie vend ses cochons sur place et non à de grands restaurants pour restituer à ceux qui l&rsquo;entourent un peu de ce qu&rsquo;ils lui ont donné.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">Viandes fraîches, saucisses, boudins, pâté de porc noir et de chèvre </p>
</blockquote>



<p>La prochaine fois que je me rendrai à Auch en vélo, forcément un jour de vent d&rsquo;Autan pour qu&rsquo;il me pousse, j&rsquo;irai peut-être fureter à La Bourdette là où grandissent les porcs de Noémie. Le hameau est situé à proximité de mon itinéraire habituel quand je descends de Nougaroulet vers le chef-lieu gersois. Ce qui est certain c&rsquo;est que je m&rsquo;arrêterai comme j&rsquo;en ai l&rsquo;habitude à mi-parcours à Mauvezin pour prendre un café. La bastide est plaisante et sous les arcades de la place centrale on y trouve le samedi matin un marché de producteurs. Noémie y vend des viandes fraîches, des saucisses, du boudin,  des pâtés de porc noir et de chèvre. Parfois même des jarrets confits et des salaisons. Nul besoin de s&#8217;empiffrer il faut savoir savourer ce qui est obtenu avec tant d&rsquo;amour. J&rsquo;aurai pris soin de passer ma commande sur le site de Noémie (<strong><a href="https://www.leporcnoirdenoemie.fr/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a>)</strong>. Parce qu&rsquo;il est encore temps de changer nos habitudes.</p>



<figure class="wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="576" data-id="27867" src="https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2023/12/PXL_20231223_080804744-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-27867" srcset="https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2023/12/PXL_20231223_080804744-1024x576.jpg 1024w, https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2023/12/PXL_20231223_080804744-300x169.jpg 300w, https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2023/12/PXL_20231223_080804744-768x432.jpg 768w, https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2023/12/PXL_20231223_080804744-1536x864.jpg 1536w, https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2023/12/PXL_20231223_080804744-2048x1152.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Noémie Calais sur le marché de Mauvezin</figcaption></figure>
</figure>



<p><strong>Bernard</strong> <strong>Maris</strong> <strong>et</strong> <strong>Charb</strong> <strong>aussi</strong> <strong>aimaient</strong> <strong>les</strong> <strong>cochons</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="970" src="https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2023/11/Porc-en-pension-1024x970.jpg" alt="" class="wp-image-27484" srcset="https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2023/11/Porc-en-pension-1024x970.jpg 1024w, https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2023/11/Porc-en-pension-300x284.jpg 300w, https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2023/11/Porc-en-pension-768x727.jpg 768w, https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2023/11/Porc-en-pension.jpg 1403w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
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			</item>
		<item>
		<title>Quand l&#8217;Insee refuse de raconter des histoires</title>
		<link>https://surbooke.fr/wordpress/2023/09/26/__trashed-4/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Sep 2023 15:43:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[économie 👛]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Peut-on se passer d&#8217;une formation économique dans un institut statistique ? J&#8217;ai déjà répondu négativement à la question (ici). Peut-on saisir la démographie, la sociologie, ou l&#8217;économie d&#8217;un territoire sans en connaître son histoire ? J&#8217;apporte la même réponse. C&#8217;est pourtant ce que l&#8217;on demande aux chargés d&#8217;études de l&#8217;Insee en région qui s&#8217;en sortent [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://surbooke.fr/wordpress/2023/09/26/__trashed-4/">Quand l&rsquo;Insee refuse de raconter des histoires</a> est apparu en premier sur <a href="https://surbooke.fr/wordpress">Surbooké</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>Peut-on</strong> <strong>se</strong> <strong>passer</strong> <strong>d&rsquo;une</strong> <strong>formation</strong> <strong>économique</strong> dans un institut statistique ? J&rsquo;ai déjà répondu négativement à la question<strong> (<a href="https://surbooke.fr/wordpress/2020/12/14/linsee-linstitut-national-de-la-statistique-et-des-etudes-economiques/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a></strong>). Peut-on saisir la démographie, la sociologie, ou l&rsquo;économie d&rsquo;un territoire sans en connaître son histoire ? J&rsquo;apporte la même réponse. C&rsquo;est pourtant ce que l&rsquo;on demande aux chargés d&rsquo;études de l&rsquo;Insee en région qui s&rsquo;en sortent le plus souvent avec les honneurs. Mais parfois la simple utilisation des bases de données les fait passer à côté de l&rsquo;essentiel. Pour comprendre on aurait besoin d&rsquo;un film et on nous livre une photo. J&rsquo;explique cela à partir de la synthèse de la direction régionale d&rsquo;Occitanie sur le Gard intitulée « <em>Le</em> <em>Gard</em> : <em>un</em> <em>département</em> <em>à</em> <em>vocation</em> <em>résidentielle</em>, <em>en</em> <em>prise</em> <em>à</em> <em>des</em> <em>fragilités</em> <em>sociales</em> » <strong>(<a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/7657808" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a>)</strong>. Si l&rsquo;on s&rsquo;en tient à la seule temporalité des données utilisées par l&rsquo;Insee, alors on se doit de dire que l&rsquo;étude est bien faite. Elle est de surcroît agréable à lire. Pourtant le Gard n&rsquo;est pas, comme on peut le lire, un département à vocation résidentielle. Les Gardois qui travaillent ailleurs ne le font que contraints et forcés parce que l&rsquo;économie locale a été dévastée au début des années quatre-vingt par la disparition des mines et du textile. Elle s&rsquo;apparente en cela à celle du Pas-de-Calais. Dans les Cévennes et à Nîmes on ne s&rsquo;est toujours pas remis de la disparition de l&rsquo;industrie qui irriguait ces zones depuis des siècles. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;on y trouve bien plus que des fragilités sociales. Le Gard, et encore plus sa partie nord, sont des zones parmi les plus pauvres de France, avec un chômage endémique et beaucoup de personnes en âge de travailler qui ne sont même plus sur le marché du travail. Le meilleur symbole des difficultés rencontrées par les Gardois est qu&rsquo;ils ont élu quatre députés du Rassemblement national sur six en 2022. Encore un point qui les rapproche du Pas-de-Calais.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-default has-medium-font-size is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>En 1968 l’industrie textile gardoise est encore importante</p>
</blockquote>



<p>C&rsquo;est parce qu&rsquo;on trouve de l&rsquo;industrie depuis des siècles dans le Gard que sa disparition a été aussi importante. On tissait la laine au Moyen Âge dans les Cévennes avant de se tourner à la Renaissance vers la soie. L&rsquo;activité aura une double importance : procurer des revenus et faire pénétrer le protestantisme dans les Cévennes <em>via</em> des échanges avec Genève la huguenote. Ce qui n&rsquo;est pas rien si on en revient  à <em>L’Éthique protestante et l’Esprit du capitalisme</em> du sociologue allemand Max Weber, qui a expliqué combien cette religion a porté le développement de l&rsquo;industrie. Au milieu du XIXe siècle on produit un quart de la soie française entre Le Vigan et Alès. L&rsquo;exploitation du charbon a débuté au début du XIXe siècle. « <em>Elle</em> <em>va</em> <em>changer</em> <em>le</em> <em>visage</em> <em>d&rsquo;Alès,</em> <em>de</em> <em>Bessèges</em> <em>et</em> <em>des</em> <em>vallées</em> <em>proches</em> » nous dit l&rsquo;historien Patrick Cabanel (<strong><a href="https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2023/07/Chapitre-IV-De-la-soie-au-charbon-_-une-province-industrieuse-_-Cairn.info_.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a></strong>). Évidemment ces dates paraissent lointaines. Mais en 1968 l&rsquo;industrie textile gardoise est encore importante. Elle emploie 3 000 personnes autour de Nîmes (<strong><a href="https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2023/08/lm_ina_79.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a></strong>). Éliane Chemla nous raconte que l&rsquo;activité profondément fordiste est si vivace que les ouvrières peuvent changer d&#8217;employeur en fonction de leurs envies (<strong><a href="https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2023/07/Comme-une-ouvriere-a-Nimes.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a></strong>). La mine est déjà sur le déclin depuis une dizaine d&rsquo;années. La dernière fermera en 1985. Pour l&rsquo;industrie textile la fin est proche. Même Cacharel propriété de Jean Bousquet, deux fois maire de Nîmes, n&rsquo;y survivra pas.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-medium-font-size is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Moins d’industrie cela signifie moins d’emplois et de plus faibles salaires.</p>
</blockquote>



<p>Une fois ces données en tête on comprend mieux pourquoi le Gard figure parmi les départements les plus pauvres. Pour le taux de pauvreté et le revenu médian seule la Seine-Saint-Denis affiche en métropole des indicateurs bien plus mauvais. Et le revenu médian de la zone d&#8217;emploi d&rsquo;Alès-Le Vigan est le troisième le plus faible de métropole après ceux de Maubeuge (Nord) et de Lens (Pas-de-Calais). Moins d&rsquo;industrie cela signifie moins d&#8217;emplois et de plus faibles salaires. On retrouve à peu près les mêmes hiérarchies avec le chômage. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;autant de Gardois sont contraints de travailler en dehors du département. Est-ce vraiment une chance ? Certes la population s&rsquo;accroît grâce à l&rsquo;arrivée de nouveaux habitants attirés par le prix de l&rsquo;immobilier comme l&rsquo;expliquent les deux chargées d&rsquo;études. Et aussi parce que les Cévennes sont belles, terriblement belles. On peut lire <em><a href="http://surbooke.fr/wordpress/?p=4789" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Voyage avec un âne dans les Cévennes </a></em>de Stevenson ou <em><a href="https://surbooke.fr/wordpress/?p=11609" target="_blank" rel="noreferrer noopener">S&rsquo;adapter</a></em> de Clara Dupont-Monod pour s&rsquo;en convaincre. Mais la croissance démographique constitue-t-elle un atout ? La question est complexe et ne concerne pas que le département du Gard.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-medium-font-size">De nombreux changements de nomenclatures rendent difficiles les comparaisons entre les époques</p>
</blockquote>



<p>Ce qui est certain c&rsquo;est que l&rsquo;Insee faciliterait la tâche de ses chargés d&rsquo;études en les formant à l&rsquo;histoire des territoires sur lesquels ils travaillent. L&rsquo;investissement serait d&rsquo;autant plus rentable qu&rsquo;ils resteront tous au moins trois ans sur leur poste. Ce qui est également sûr c&rsquo;est qu&rsquo;on ne peut demander aux chargés d&rsquo;études de s&#8217;emparer de moments qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas vécus si on ne les leur a pas enseignés. Pour ce qui me concerne ça a été plus facile puisque j&rsquo;ai travaillé au début de ma carrière sur la fin des mines, et que d&rsquo;improbables circonstances professionnelles m&rsquo;ont fait découvrir l&rsquo;histoire du textile cévenol dans les livres d&rsquo;Emmanuel Le Roy Ladurie. Certes les bases de données de l&rsquo;Insee sont riches, mais elles n&rsquo;offrent que peu de recul historique en dehors des comptages de la population. Rien que de très logique quand on sait que des enquêtes disparaissent et que d&rsquo;autres sont créées. S&rsquo;y ajoutent de nombreux changements de nomenclatures qui rendent difficiles les comparaisons entre les époques. Pour ne rien arranger l&rsquo;Insee paye peut-être aussi la réorganisation de ses services études suite à la création des grandes régions. Avant les études sur le Gard étaient faites à Montpellier, où il était plus probable de les confier à des personnes du cru. On peut également imaginer que les empilements hiérarchiques en place à l&rsquo;Insee, qui multiplient les réécritures formelles des papiers, s&rsquo;intéressent un peu plus au fond. Et introduire un peu de collectif dans les relectures. Mais cela est encore une autre histoire.</p>



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			</item>
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		<title>La dispute des économistes, Gilles Raveaud, Éditions Le Bord de l&#8217;eau</title>
		<link>https://surbooke.fr/wordpress/2023/08/29/__trashed-3/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Aug 2023 13:33:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[économie 👛]]></category>
		<category><![CDATA[🤍]]></category>
		<category><![CDATA[Le Bord de l'eau]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://surbooke.fr/wordpress/?p=26215</guid>

					<description><![CDATA[<p>C&#8217;est le premier livre de Gilles Raveaud, un des trois disponibles en accès intégral. Celui dont Raveaud dit qu&#8217;il est le plus facile, lisible par tous. De la multitude des courants de pensée économique, il en a retenu quatre : la pensée libérale incarnée par Adam Smith, le circuit économique de John Maynard Keynes, le [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>C&rsquo;est le premier livre de Gilles Raveaud</strong>, un des trois disponibles en accès intégral. Celui dont Raveaud dit qu&rsquo;il est le plus facile, lisible par tous. De la multitude des courants de pensée économique, il en a retenu quatre : la pensée libérale incarnée par Adam Smith, le circuit économique de John Maynard Keynes, le pouvoir expliqué par Karl Marx, et l&rsquo;écologie chère à Karl Polanyi. Gilles Raveaud les présente du plus libéral à celui qui l&rsquo;est le moins et non pas par ordre chronologique. Gilles Raveaud est maître de conférences en économie à l&rsquo;Institut d&rsquo;Études européennes de l&rsquo;université Paris 8 Saint-Denis, ainsi que journaliste à <em>Charlie Hebdo</em>. Deux fonctions qui le rapprochent de Bernard Maris à qui il a succédé à <em>Charlie</em>. La filiation des deux économistes est forte. Non seulement parce que Raveaud a écrit <a href="https://surbooke.fr/wordpress/2017/05/01/bernard-maris-explique-a-ceux-qui-ne-comprennent-rien-a-leconomie-gilles-raveaud-editions-les-echappes/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><em><strong>Bernard Maris expliqué à ceux qui ne comprennent rien à l’économie</strong></em> </a>un livre que j&rsquo;ai déjà chroniqué sur ce blog. Mais aussi parce qu&rsquo;ils étaient amis. Gilles Raveaud est-il pour autant « Marisien » ce qui signifierait que Bernard Maris aurait créé une école de pensée ? Rien n&rsquo;est moins sûr. Disons que Gilles Raveaud partage avec celui qui fut son professeur une certaine conception de la discipline. « <em>Qu’il n’existe pas une seule façon de penser l’économie</em> » parce que les économistes ne viennent pas tous du même milieu, et n&rsquo;ont pas tous reçu la même éducation. Et qu&rsquo;en conséquence les décisions qui découlent de leurs théories peuvent être antinomiques. Maris aimait dire qu&rsquo;élaborer une théorie, aussi brillante fût-elle, ne vous donne pas le droit d&rsquo;imposer aux autres votre vision de la société. Pour désacraliser cette « science » il ne lésinait pas sur l&rsquo;humour en écrivant par exemple que les experts boursiers relèvent comme les maîtres du vaudou de la sorcellerie. Mais que les sorciers du vaudou sont plus honnêtes parce qu&rsquo;on les repère facilement à leur slip en peau de léopard. Gilles Raveaud se livre peu sur ses préférences en matière de sous-vêtements, mais quelque chose me dit qu&rsquo;il ne renierait pas les propos du grand Bernard. Ce qui est certain c&rsquo;est que Raveaud comme Maris voit l&rsquo;économie comme une science sociale, ancrée dans des temps et des lieux. En l&rsquo;occurrence l&rsquo;Angleterre et sur deux siècles pour ses quatre penseurs dont aucun n&rsquo;était économiste de formation. Smith et Marx étaient philosophes, Keynes mathématicien, Polanyi historien. Keynes raffolait du champagne. Marx en aurait peut-être bu, mais il n&rsquo;avait pas une thune et il vivait aux crochets de sa femme et de Friedrich Engels. Cette diversité de savoirs et d&rsquo;époques a assurément contribué à enrichir la « science » économique. À la fin du livre Gilles Raveaud exprime clairement son souhait d&rsquo;échapper au libéralisme. Pour ce faire il convient d&rsquo;abord de l&rsquo;étudier.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-medium-font-size is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Smith le libéral s&rsquo;en prenait aux entrepreneurs qui restreignaient la concurrence</p>
</blockquote>



<p>Adam Smith ou l&rsquo;inventeur du libéralisme voire du tout marché. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;est souvent présenté celui qui s&rsquo;était donné pour but de construire une science qui permettrait « <em>d&rsquo;enrichir</em> <em>à</em> <em>la</em> <em>fois</em> <em>le</em> <em>peuple</em> <em>et</em> <em>le</em> <em>souverain</em> ». Certes l&rsquo;Écossais voyait dans le marché un moyen d&rsquo;exprimer sa créativité, ainsi qu&rsquo;un lien social participant à la satisfaction des besoins des autres. Mais il n&rsquo;ignorait pas que les conflits entre maîtres et ouvriers tournaient généralement à l&rsquo;avantage des premiers, et il en appelait à un salaire minimum parce qu&rsquo;on ne pouvait se satisfaire d&rsquo;une société où nombreux étaient ceux réduits à l&rsquo;état de misère. Il ne prétendait pas non plus que grâce à une « <em>main</em> <em>invisible</em> » les initiatives individuelles déboucheraient sur un juste partage des richesses. Pour lui le profit était une part du produit du travail de l&rsquo;ouvrier que lui arrachait le capitaliste. Smith le libéral s&rsquo;en prenait aux entrepreneurs qui restreignaient la concurrence notamment <em>via</em> des corporations. Pour Smith la régulation du marché passait par les prix. En situation de concurrence parfaite, s&rsquo;ils étaient trop bas les consommateurs seraient amenés à demander plus de produits que ne pourraient en fournir les producteurs. Qu&rsquo;ils fussent trop élevés et les quantités produites ne trouveraient pas toutes preneurs. Il fallait donc qu&rsquo;ils puissent bouger pour atteindre les prix d&rsquo;équilibre. Pour les libéraux qui se revendiquent de Smith toute intervention de l&rsquo;État nuit à la détermination de ces prix, seul le marché est à même d&rsquo;y parvenir. C&rsquo;est ce que revendique le principe d&rsquo;une concurrence libre et non faussée promu par l&rsquo;Union européenne.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-medium-font-size is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Keynes expliquait que les entrepreneurs étaient au cœur du circuit économique </p>
</blockquote>



<p>C&rsquo;est en montrant que le « laissez-faire » des libéraux appliqué au marché du travail n&rsquo;était pas une solution au chômage, que John Maynard Keynes est entré dans l&rsquo;histoire. Sans intervention publique la baisse des salaires qui en découlerait entraînerait une réduction de la demande et une nouvelle détérioration de l&#8217;emploi. Keynes expliquait que les entrepreneurs étaient au cœur du circuit économique. Qu&rsquo;ils soient optimistes et leurs embauches relanceraient l&rsquo;économie, alors qu&rsquo;une vision pessimiste de l&rsquo;avenir enclencherait le cercle vicieux des faillites et du chômage. L&rsquo;ennui est que les entrepreneurs sont rationnels. Or diminuer l&#8217;emploi et les salaires peut parfaitement constituer la meilleure solution pour leur entreprise. Mais si tous adoptaient cette stratégie le pire nous serait promis. Face à une telle situation le marché ne peut rien. Seule la puissance publique peut y remédier <em>via</em> l&rsquo;État ou la Banque centrale. La Banque centrale le fera en baissant les taux d&rsquo;intérêt pour relancer l&rsquo;activité. Mais Gilles Raveaud explique que la Banque centrale européenne est aujourd&rsquo;hui obsédée par la peur d&rsquo;alimenter l&rsquo;inflation comme cela s&rsquo;est produit dans les années soixante-dix. Reste heureusement la possibilité que l&rsquo;État agisse. Keynes a abondamment explicité le fonctionnement du multiplicateur budgétaire, un processus qui permet à l&rsquo;État, pour un euro injecté dans le circuit économique, d&rsquo;en récupérer deux, trois voire cinq. Malheureusement cela ne fonctionne que partiellement, surtout en économie ouverte, et cela dépend aussi des choix des agents économiques. Qu&rsquo;ils épargnent au lieu de consommer et le multiplicateur prend un bon coup dans le museau. La question ne se pose que pour ceux qui sont en capacité d&rsquo;arbitrer entre la consommation et l&rsquo;épargne, c&rsquo;est-à-dire les plus aisés. On peut la régler avec de nouveaux impôts utilisés à bon escient. Des relances coordonnées dans une partie de l&rsquo;Europe et des mesures protectionnistes constitueraient d&rsquo;autres moyens d&rsquo;action. Profondément novateur par son apport sur le déséquilibre en économie et le rôle des institutions, Keynes n&rsquo;en reste pas moins partisan de l&rsquo;économie de marché. Mais un demi-siècle avant lui le grand barbu avait proposé une autre voie.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-medium-font-size is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Pour Marx la richesse ne découle pas comme chez Smith de l&rsquo;échange mais de la violence </p>



<p></p>
</blockquote>



<p>Impossible de réduire Karl Marx au simple statut d&rsquo;économiste. Philosophe de formation, connu pour ses activités révolutionnaires, il s&rsquo;était donné pour but de combattre le capitalisme et de comprendre les forces sociales capables de le terrasser. Né en Prusse, passé par Paris, c&rsquo;est à Londres dans le pays de la révolution industrielle, qu&rsquo;il commence à rédiger <em>Le Capital</em>. Pour Marx le capitalisme est un système économique dans lequel les moyens de production sont possédés par quelques-uns qui utilisent la force de travail que leur louent les ouvriers. Alors que chez les économistes qui l&rsquo;ont précédé le salaire versé est présenté comme la rémunération du travailleur, il n&rsquo;est plus chez Marx qu&rsquo;une partie de la richesse qu&rsquo;il crée. Le reste, la plus-value, est empochée par le capitaliste. C&rsquo;est cette exploitation qui permet l&rsquo;accumulation du capital. Pour Marx la richesse ne découle pas comme chez Smith de l&rsquo;échange mais de la violence. C&rsquo;est ainsi que s&rsquo;est déroulée la révolution industrielle anglaise, en expropriant les paysans de leurs terres et en asservissant les populations de l&rsquo;Empire britannique. Par exemple en contraignant l&rsquo;industrie indienne à ne produire que du coton brut qui sera transformé en Angleterre. Pour Marx l&rsquo;exploitation des travailleurs est le moteur du capitalisme et en même temps ce qui va causer sa perte. Car plus on accumule du capital, plus le rapport des profits issus de l&rsquo;exploitation des salariés au capital diminue. C&rsquo;est une loi tendancielle à laquelle le capitaliste peut contrevenir de plusieurs façons : allonger la durée du travail, baisser les salaires ou encore acheter des machines moins chères. Dans tous ces cas les salariés sont perdants, et à terme comme chez Keynes les salaires ne sont plus suffisants pour acheter tout ce qui est produit. Les crises de surproduction sont donc consubstantielles au capitalisme et elles devraient à terme causer sa perte. On doit toutefois reconnaître que la bête s&rsquo;est montrée au cours du temps particulièrement résiliente.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-medium-font-size is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Polanyi refusait de réduire le travail, la terre et la monnaie à de simples marchandises </p>
</blockquote>



<p>C&rsquo;est le moins connu des quatre économistes choisis par Gilles Raveaud, le seul que je n&rsquo;ai jamais étudié à la fac. Celui qui a été traduit et édité le plus récemment en France. Karl Polanyi est né en Hongrie en 1887 avant de migrer dans les années trente en Autriche et en Angleterre pour fuir en tant que juif le nazisme, et de s&rsquo;établir après la guerre aux États-Unis. Polanyi refusait la construction d&rsquo;un système universel de marchés mettant la société au service d&rsquo;une logique marchande. Il expliquait que cette vision de la société était récente, et que les échanges avaient été effectués précédemment dans d&rsquo;autres cadres, la famille, la religion ou encore la tradition. Les réduire à une simple compétition avec à la fin un accord sur les prix était selon lui risqué car cela nous pousse à nous comporter de manière égoïste, cela dissout les communautés et fait reculer le sens moral. Polanyi refusait de réduire le travail, la terre et la monnaie à de simples marchandises. Pour lui le travail a longtemps été régi dans des corporations en dehors de toute logique marchande. Ni libéral car il refusait l&rsquo;existence de <em>l&rsquo;homo</em> <em>œconomicus</em>, ni marxiste déniant l&rsquo;existence de la lutte des classes, Polanyi était porteur d&rsquo;une troisième voie. L&rsquo;économie sociale et solidaire en est une incarnation car elle est fondée sur la coopération et non la compétition. Mais son fonctionnement en a aussi montré les limites avec souvent la même appétence aux gains pour ses dirigeants que pour ceux des sociétés de capitaux, et la même absence de démocratie pour ses salariés. Polanyi a aussi ouvert des portes à des réflexions sur l&rsquo;impossibilité de laisser au marché l&rsquo;administration de la nature. Ceux qui proclament aujourd&rsquo;hui que « <em>Le</em> <em>monde</em> <em>n&rsquo;est</em> pas <em>une</em> <em>marchandise</em> » s&rsquo;en inspirent, peut-être même sans le savoir.</p>



<p><strong>Téléchargement gratuit de <em>La dispute des économistes</em></strong><br><a href="http://blogs.alternatives-economiques.fr/system/files/inline-files/Raveaud%20-%20Dispute%20Economistes%20%282013%29.pdf">http://blogs.alternatives-economiques.fr/system/files/inline-files/Raveaud%20-%20Dispute%20Economistes%20%282013%29.pdf</a></p>



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		<title>Le royaume enchanté de Tony Blair, Philippe Auclair, Éditions Fayard</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Jun 2023 06:15:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[économie 👛]]></category>
		<category><![CDATA[🤍🤍]]></category>
		<category><![CDATA[Fayard]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>1976, c&#8217;est à cette époque que Philippe Auclair a découvert l&#8217;Angleterre. Celle des industries qui avaient grandi dans le cocon colonial, les mines de charbon, les voitures Morris, Austin, Rover. Un pays qui n&#8217;avait pas encore connu Thatcher. Quand en 2006 sort Le royaume enchanté de Tony Blair le Royaume-Uni est un modèle pour le [&#8230;]</p>
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<p><strong>1976,</strong> <strong>c&rsquo;est</strong> <strong>à</strong> <strong>cette</strong> <strong>époque</strong> que Philippe Auclair a découvert l&rsquo;Angleterre. Celle des industries qui avaient grandi dans le cocon colonial, les mines de charbon, les voitures Morris, Austin, Rover. Un pays qui n&rsquo;avait pas encore connu Thatcher. Quand en 2006 sort <em>Le</em> <em>royaume</em> <em>enchanté</em> <em>de</em> <em>Tony Blair</em> le Royaume-Uni est un modèle pour le reste de l&rsquo;Europe. Tony Blair est au pouvoir depuis 1997 et ne va pas tarder à le lâcher. Il y a accédé en vantant sa troisième voie, celle du nouveau <em>Labour</em>. Ni Thatchérien, ni travailliste comme pouvait l&rsquo;être Harold Wilson le dernier dirigeant du parti lié aux syndicats à avoir dirigé le pays. En 2006 Blair est en France adulé du RPR au PS pour la monnaie forte de l&rsquo;Angleterre. Pour son faible taux de chômage qui autorise à parler de plein emploi. Pour la flexibilité de son économie dont il est urgent de s&rsquo;inspirer pour couper le cou à l&rsquo;État-providence. Mais ils se trompent nous dit Philippe Auclair, et il le démontre dans un passionnant portrait du pays qui l&rsquo;a accueilli.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Qui est Tony Blair ?</p></blockquote>



<p>Auclair a un parcours atypique. Il est le plus souvent présenté comme journaliste spécialisé dans le foot, mais il est aussi passé par <em>Marianne</em>. Il a dans une vie antérieure  étudié la philosophie en France puis résidé en Belgique. Il est devenu musicien en Angleterre sous le pseudo de Louis Philippe, tout en étant embauché par easy Jet pour susurrer les consignes de sécurité aux passagers. Auclair est également un proche de l&rsquo;écrivain Jonathan Coe ce qui me paraît plus important encore que de faire le bien dans les aéronefs. Avec le recul Philippe Auclair apparaît comme un visionnaire. Car qui est Tony Blair ? Un homme jeune, brillant, qui rejette les partis politiques traditionnels, un homme qui ne se veut ni vraiment de droite ni vraiment de gauche. Un dirigeant qui casse les solidarités nationales, dézingue les services publics de la santé à l&rsquo;éducation. Un personnage qui se vante d&rsquo;éradiquer le chômage aux prix d&#8217;emplois qui n&rsquo;en sont plus, qui restreint les libertés publiques, qui réduit l&rsquo;espace des individus au profit du marché comme tout bon néolibéral qui se respecte. Tout cela rappelle sacrément ce que nous vivons en France depuis 2017. Alors Tony Macron et Emmanuel Blair même combat ?</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Les inégalités et la pauvreté ont progressé</p></blockquote>



<p>En matière économique Tony Blair a beaucoup délégué à son chancelier de l&rsquo;Échiquier Gordon Brown qui s&rsquo;est empressé de promulguer sa « règle d&rsquo;or ». Avec lui le pays préserverait l&rsquo;équilibre budgétaire et n&#8217;emprunterait que pour investir. Une politique qui n&rsquo;était possible que si elle s&rsquo;appuyait sur une forte croissance. L&rsquo;objectif n&rsquo;a pas été durablement atteint malgré un environnement économique favorable, notamment grâce à des réserves d&rsquo;hydrocarbures qui permettaient au Royaume-Uni d&rsquo;être autosuffisant. Le chômage a certes baissé, passant même sous les 5 % entre  les automnes 2003 et 2005. Mais à quel prix ? Celui d&rsquo;un tripatouillage administratif qui poussait les chômeurs à se déclarer en maladie longue durée ou comme handicapé, deux statuts qui leur épargnaient en partie les contrôles. En janvier 2006 on comptabilisait 1,5 million de sans-emplois et 2,6 millions de « malades ». Les inégalités et la pauvreté ont progressé avec pour premières victimes les enfants qui dormaient dans la cuisine ou la salle de bains faute de place. Car on a rarement aussi peu construit que dans le royaume de Tony Blair. Pourtant ils bossaient les <em>Britishs</em> mais dans quels emplois ? Beaucoup de <em>Mcjobs</em>, des boulots sous-qualifiés, mal payés, sans protection syndicale, avec un des salaires minimums parmi les plus bas d&rsquo;Europe, et encore moins pour les jeunes. Le Contrat première embauche (CPE) qui allait capoter en France, était de mise en Angleterre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Too big to fail</p></blockquote>



<p>Et pourtant ils tenaient le coup, en partie grâce aux facilités de crédit auxquelles ils avaient accès. <em>Via</em> les banques et les chaînes de magasins qui suçaient le sang de leurs clients avec des taux usuraires qui atteignaient 30 %. Oniomanes, c&rsquo;est ainsi que l&rsquo;ont définissait les Britanniques, des Junkies qui achetaient ce dont ils n&rsquo;avaient pas besoin sous l&rsquo;œil impavide des autorités. Les banques en profitaient pour se gaver telle la Royal Bank of Scotland. Ce que ne savait pas encore Philippe Auclair c&rsquo;est que ce second établissement financier du Royaume-Uni par sa taille allait faire faillite fin 2008. Et que l&rsquo;État entrerait au capital pour le sauver. <em>Too big to fail</em>. Arrivé au pouvoir le <em>New Labour</em> de Blair fit face au désastre des services publics. Il s&rsquo;y attaqua en commençant par les prisons pour satisfaire l&rsquo;électorat le plus à droite qu&rsquo;il avait su rallier. Difficile de privatiser cette fonction régalienne, surtout après le passage de Thatcher. Alors on promut les partenariats-publics-privés (PPP). Ce qui revenait à accorder à des grands groupes des concessions sur longue période qui allaient s&rsquo;avérer ruineuses pour l&rsquo;État.</p>



<p></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>&nbsp;En priorité des bureaucrates et des managers pour rationaliser</p></blockquote>



<p>En imaginant le <em>National</em> <em>Health</em> <em>Service</em> (NHS), les Anglais avaient conçu après la guerre un des systèmes de protection sociale parmi les plus généreux. Une couverture sociale dont on bénéficiait selon ses besoins et non ses moyens. Or le NHS était à genoux en 2006 par manques récurrents de financements. Pourtant Blair et Brown avaient embauché dès leur arrivée. Mais qui ? En priorité des bureaucrates et des managers pour rationaliser, multiplier les objectifs des hôpitaux, et démotiver les soignants. Dès lors mieux valait jouer avec la réglementation que soigner. Une baisse d&rsquo;efficacité que les transferts de tâches des médecins vers de super infirmiers ne pouvaient compenser. Pour tenter d&rsquo;améliorer le fonctionnement du NHS les gouvernements Blair ont là aussi multiplié les partenariats-publics-privés ruineux et inefficaces.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Les trains étaient souvent en retard, du moins quand ils n&rsquo;étaient pas annulés</p></blockquote>



<p>Jusqu&rsquo;à sa privatisation décidée en 1990 par Margaret Thatcher et exécutée par le gouvernement de John Major le rail britannique affichait quelques-unes des meilleures performances européennes. Il était bon marché, fiable, sûr, même si son confort était en retrait par rapport à celui de la SNCF. La vente au privé s&rsquo;est donc apparentée à un acte de vandalisme purement idéologique. Le contribuable la paya fort cher et certains voyageurs de leur vie pour cause d&rsquo;incurie des nouvelles sociétés ferroviaires. En arrivant au pouvoir Tony Blair était tenu de réparer ce désastre. En renationalisant ? Pas véritablement.  Il a investi massivement en finançant les opérateurs privés. A-t-il au moins obtenu des résultats  ? C&rsquo;est le contraire qui s&rsquo;est passé. À la fin de ses mandats les trains étaient souvent en retard, du moins quand ils n&rsquo;étaient pas annulés. Les tarifs étaient prohibitifs, et le confort proposé aux voyageurs autour de Londres digne des bétaillères. En plus les trains desservaient de moins en moins de gares en raison d&rsquo;innombrables fermetures décidées par le roi Tony.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Des emplois d&rsquo;enseignants pourvus par des élèves professeurs </p></blockquote>



<p>S&rsquo;il est un domaine qui illustre les inégalités en Grande-Bretagne c&rsquo;est bien l&rsquo;éducation. L&rsquo;élite du pays passe par l&rsquo;enseignement privé qui est inaccessible pour 90 % des habitants. Les autres doivent se battre, tricher, pour tenter d&rsquo;inscrire leurs enfants dans les meilleurs lycées publics. Pour y remédier le <em>New</em> <em>Labour</em> a usé de mensonges en affichant de nombreuses créations de postes. Des emplois d&rsquo;enseignants pourvus par des élèves professeurs ou des enseignants du Commonwealth simplement de passage en Grande-Bretagne. Il a aussi réformé l&rsquo;enseignement professionnel en créant des <em>academies</em>, des lycées professionnels concédés au privé contre monnaies sonnantes et trébuchantes. À charge pour les entreprises qui siégaient au conseil d&rsquo;administration de former les élèves en fonction de leurs besoins. Grand adepte de la modernité Tony Blair a informatisé à outrance les établissements scolaires en les livrant pieds et poings liés à son grand ami Bill Gates. Au total rien de bien positif, surtout si on ajoute que sa politique a poussé nombre d&rsquo;étudiants à s&rsquo;endetter fortement pour s&rsquo;inscrire dans des établissements recommandés.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Ailleurs cela s’est parfois plus mal terminé</p></blockquote>



<p>Ce livre a aujourd&rsquo;hui dix-sept ans et je le trouve prémonitoire. Presque tout ce qu&rsquo;ont connu les Anglais avec Tony Blair nous le vivons avec Emmanuel Macron. La montée des inégalités, l&rsquo;effondrement des services publics. Les rustines apportées en guise de solutions, des super infirmiers aux professeurs sous-qualifiés. La décrépitude des réseaux ferroviaires, de la qualité des services à l&rsquo;envolée des tarifs. L&rsquo;obsession de vendre le retour au plein emploi qui n&rsquo;exista pas plus en Angleterre que nous le connaissons en France. Avec d&rsquo;un coté des tripatouillages statistiques et de l&rsquo;autre des chiffres gonflés par des contrats d&rsquo;apprentissage inutiles et payés à prix d&rsquo;or par l&rsquo;État. De toute façon dans les deux cas on passe par pertes et profits la qualité des emplois. Ce n&rsquo;est pas un hasard car les deux hommes relèvent de la même idéologie qui vénère le marché, de la même fascination pour le privé. Du même recours à la bureaucratie, aux discours envahissans. Mais au moins les Anglais n&rsquo;ont jamais basculé à l&rsquo;extrême droite. C&rsquo;est ce que se plaît à raconter Philippe Auclair qui relate un soir d&rsquo;attentat islamiste à Londres et sa grande fête pour ne rien céder aux assassins. Ailleurs cela s&rsquo;est parfois plus mal terminé. Après Matteo Renzi en Italie il y eut la Ligue du Nord de Salvini puis Frères d&rsquo;Italie de Meloni. Après Obama, qui ne reconstruisit pas le tissu industriel américain, surgit Trump. Et chez nous ?</p>



<p><strong>Vous pourriez aussi apprécier</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" src="https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2020/04/Le-coeur-de-lAngleterre.jpg" alt="" class="wp-image-545"/><figcaption><em><a href="http://surbooke.fr/wordpress/?p=542" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Le cœur de l&rsquo;Angleterre</a></em></figcaption></figure>



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		<title>L&#8217;État droit dans le mur, Anne-Laure Delatte, Éditions Fayard</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Apr 2023 06:38:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[économie 👛]]></category>
		<category><![CDATA[🤍]]></category>
		<category><![CDATA[Fayard]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il ne faut pas avoir peur des livres d&#8217;économie. Enfin de tous les livres d&#8217;économie. Parce qu&#8217;il en existe qui ne vous tombent pas des mains, qui peuvent même être jubilatoires tant ils vous aident à rassembler, à structurer vos connaissances. L&#8217;État droit dans le mur est de ceux-là d&#8217;abord parce que ce n&#8217;est pas [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>Il</strong> <strong>ne</strong> <strong>faut</strong> <strong>pas</strong> <strong>avoir</strong> <strong>peur</strong> <strong>des</strong> <strong>livres</strong> <strong>d&rsquo;économie</strong>. Enfin de tous les livres d&rsquo;économie. Parce qu&rsquo;il en existe qui ne vous tombent pas des mains, qui peuvent même être jubilatoires tant ils vous aident à rassembler, à structurer vos connaissances. L&rsquo;État <em>droit</em> <em>dans</em> <em>le</em> <em>mur</em> est de ceux-là d&rsquo;abord parce que ce n&rsquo;est pas un livre théorique.  C&rsquo;est un récit historique qui éclaire l&rsquo;évolution de l&rsquo;intervention publique depuis 1949 et plus encore les années 80. C&rsquo;est-à-dire depuis le triomphe de ce qu&rsquo;on appelle le néolibéralisme, littéralement la nouvelle forme du libéralisme, économique et politique, qui en appelle à l&rsquo;État pour garantir le bon fonctionnement des marchés. La grande force du discours d&rsquo;Anne-Laure Delatte est qu&rsquo;il ne se limite pas à l&rsquo;économie. Qu&rsquo;il nous aide à admettre que portés par les victoires de Thatcher et de Reagan, les néolibéraux ont aussi gagné en mettant en place des solutions qui n&rsquo;auraient selon leurs dires pas d&rsquo;alternatives. Ils ont pour cela contraint la démocratie en nous imposant des paroles d&rsquo;experts qui ont aidé à réaffecter les moyens publics des ménages vers les entreprises, et des individus les plus démunis vers les plus aisés. Le tout en continuant à vénérer les marchés qui seraient <em>ad</em> <em>vitam</em> <em>æternam</em> la solution la plus efficiente pour gérer nos sociétés. Pour ce faire le néolibéralisme a soustrait du contrôle public une bonne partie des financements des entreprises. Avec pour contrepartie des régressions sociales aujourd&rsquo;hui illustrées par la réforme des retraites et plus généralement par le dépérissement des services publics.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Le hasard amoureux avait amené Anne-Laure Delatte dans une ferme</p></blockquote>



<p>Ce préambule ne vous a pas convaincu ? Vous craignez d&rsquo;affronter un texte abscons sachant qu&rsquo;il a été rédigé non seulement par une économiste mais en plus par une spécialiste de politique monétaire, un machin encore plus effrayant que l&rsquo;économie « ordinaire » ? Vous avez tort. Certes c&rsquo;est parfois technique, mais rien ne vous empêche de sauter certains passages qui détaillent par exemple les sources utilisées. L&rsquo;essentiel du texte est plein de vie, concret. Comme l&rsquo;introduction du livre qui relate une soirée où le hasard amoureux avait amené Anne-Laure Delatte dans une ferme à discuter avec des trentenaires engagés, certains artistes, l&rsquo;un d&rsquo;entre eux étant travailleur du sexe. Une soirée douce et joyeuse qui lui a fait saisir que ces jeunes gens n&rsquo;attendaient rien de la puissance publique pour construire l&rsquo;avenir auquel ils aspiraient. Ils avaient parfaitement raison, et le défi que s&rsquo;est lancé Anne-Laure Delatte a consisté à nous montrer en quoi le néolibéralisme a contribué à éloigner ses compagnons d&rsquo;un soir de toute attente positive en provenance de l&rsquo;État. Rien que parce que ce projet l&rsquo;a amenée à dire du mal de Dominique Seux, celui qui pollue nos oreilles tous les matins sur France Inter, ce projet mérite d&rsquo;être soutenu. Parce que dézinguer le camarade Seux est une opération salutaire qui devrait être remboursée par la Sécurité sociale.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Il a fallu attendre les années 80 pour que les néolibéraux accèdent au pouvoir</p></blockquote>



<p><br>La naissance du néolibéralisme remonte à une réunion organisée au Mont-Pèlerin (Suisse) en l&rsquo;année 1947, là où les participants ont pris acte de l&rsquo;échec du « laisser-faire ». Une philosophie économique qui rejetait l&rsquo;interventionnisme des États et qui a contribué à l&rsquo;avènement du nazisme. Mais constater les insuffisances de la « main invisible » chère à Adam Smith ne signifiait pas abandonner le marché. Cela impliquait au contraire de demander aux puissances publiques d&rsquo;en garantir le fonctionnement. Les entrepreneurs pourraient ainsi continuer de prendre les meilleures décisions. Il a fallu attendre les années 80 pour que les néolibéraux accèdent au pouvoir. Pour arriver à leurs fins ils ont agi sur trois leviers. La construction d&rsquo;un discours selon lequel il convenait de réduire la puissance étatique pour réfuter les demandes d&rsquo;intervention des citoyens. L&rsquo;affaiblissement de la démocratie pour que les peuples ne puissent s&rsquo;opposer aux choix des gouvernants, par exemple en multipliant les « rapports d&rsquo;experts ». Et en expliquant que les solutions résidaient dans le marché et non dans l&rsquo;action de l&rsquo;État.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>De quoi faire passer les déficits des caisses de retraite pour une quantité négligeable</p></blockquote>



<p>L&rsquo;évolution des impôts illustre l&rsquo;action des néolibéraux en France. Ils ont davantage augmenté pour les ménages que pour les entreprises, tout en bénéficiant aux plus aisés. Notamment parce que les prélèvements sur les patrimoines ont moins progressé que les fortunes accumulées. Ou parce que l&rsquo;impôt sur le revenu a été partiellement privé de son caractère redistributif avec la montée en charge de la CRDS et de la CSG. Mais c&rsquo;est d&rsquo;abord par l&rsquo;allègement des cotisations sociales des entreprises, massivement mis en place à partir des années 90, que la répartition entre ménages et entreprises s&rsquo;est déformée. Avec pour conséquence du dogme de la compétitivité des entreprises, une baisse de la protection sociale. Autre levier pour réorienter les dépenses publiques : les mesures de soutien à l&rsquo;économie. Elles viennent d&rsquo;être estimées par un groupe d&rsquo;économistes lillois qui les chiffrent à 10 % du Pib en 1979 et 13 % en 2021. 13 % du Pib ce sont 320 milliards d&rsquo;euros, de quoi faire passer les déficits des caisses de retraite pour une quantité négligeable. Pour les entreprises ces mesures de soutien sont avant tout des niches fiscales qui ont l&rsquo;avantage de ne rarement contrevenir aux règles européennes contrairement aux subventions. Là encore les ménages aisés n&rsquo;ont pas été oubliés avec la montée en puissance des aides pour l&#8217;embauche de salariés à domicile.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Les banques centrales ont désormais un mandat, celui de garantir une inflation proche de 2 %</p></blockquote>



<p>La Banque de France (BdF) a également contribué à l&rsquo;avènement du néolibéralisme alors qu&rsquo;elle a longtemps été sous le contrôle du ministère des Finances, avec une action débattue au Parlement. Mais la libre circulation des capitaux et la volonté de rassurer en priorité les marchés dans les années 80 a fait évoluer son statut. Elle est devenue officiellement indépendante en 1993 avec pour mission de préparer la future entrée dans l&rsquo;euro. Elle a aussi abandonné toute sélectivité des crédits. Le nouveau dogme monétaire avait toutefois ses limites. Lors de la crise financière de 2008 la BdF comme les autres banques centrales est intervenue massivement sur les marchés pour éviter la catastrophe. <em>Exit</em> l&rsquo;officielle régulation du prix de l&rsquo;argent à court terme, place à des achats pour le réduire à long terme. Sauver l&rsquo;économie de marché avec des moyens publics c&rsquo;est cela le néolibéralisme. Autres modifications dans le fonctionnement des banques centrales : leurs contributions au discours économique ambiant et leur mandat qui exige qu&rsquo;elles garantissent une inflation proche de 2 % sans que personne ne soit foutu d&rsquo;expliquer d&rsquo;où vient ce chiffre. Ce que l&rsquo;on sait par contre, c&rsquo;est que cette politique monétaire satisfait certains acteurs économiques tels les rentiers et les détenteurs de patrimoines qui espèrent préserver leurs avoirs. Et qu&rsquo;elle a pesé sur les salaires.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>« Résister et désobéir »</p></blockquote>



<p>Pour inverser le courant Anne-Laure Delatte prône le retour de la sélectivité des aides, une décision qu&rsquo;elle juge indispensable à la lutte contre le dérèglement climatique. Plus de financement public des entreprises productives d&rsquo;énergies fossiles. Ou au moins les indexer sur de véritables investissements verts. Ensuite réaffectation des sommes pour la lutte contre le réchauffement du climat. Une politique qui devrait concerner l&rsquo;État comme la Banque de France. Cela nécessitera de redéfinir les modes de délibération de la Banque centrale en la replaçant sous le contrôle parlementaire. Impossible ? Pas selon Anne-Laure Delatte qui en appelle à « <em>résister et désobéir </em>». On a connu des programmes moins enthousiasmants.</p>



<p><strong>Vous pourriez aussi apprécier</strong><br><em><a href="http://surbooke.fr/wordpress/?p=5833" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles</a></em></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" src="https://surbooke.fr/wordpress/wp-content/uploads/2021/01/Lettre-ouverte-aux-gourous.jpg" alt="" class="wp-image-6098"/></figure>



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		<title>La syndicaliste, Caroline Michel-Aguirre, Éditions Stock</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Feb 2023 20:12:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[économie 👛]]></category>
		<category><![CDATA[roman policier, thriller]]></category>
		<category><![CDATA[🤍]]></category>
		<category><![CDATA[Stock]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;est un magnifique thriller. Une exceptionnelle analyse des turpitudes de la filière nucléaire française. Un travail qui honore la presse, qui fait avancer la démocratie. Un bouquin que vous n&#8217;oublierez pas. Elle s&#8217;appelle Maureen Kearney et elle est Irlandaise. Au début des années 2000 en tant que secrétaire du comité de groupe européen, elle est [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>C&rsquo;est</strong> <strong>un</strong> <strong>magnifique</strong> <strong>thriller</strong>. Une exceptionnelle analyse des turpitudes de la filière nucléaire française. Un travail qui honore la presse, qui fait avancer la démocratie. Un bouquin que vous n&rsquo;oublierez pas. Elle s&rsquo;appelle Maureen Kearney et elle est Irlandaise. Au début des années 2000 en tant que secrétaire du comité de groupe européen, elle est devenue la plus haute représentante des 75 000 salariés d&rsquo;Areva. Un fleuron de la filière française du nucléaire. Une des réussites issues de la volonté gaulliste de porter le pays au sein du Conseil de sécurité des Nations unies grâce à la bombe. Maureen Kearney est appréciée et écoutée d&rsquo;Anne Lauvergeon qui dirige Areva depuis 2001. « La reine Anne » qui deviendra aussi « Atomic Anne » a de grandes ambitions pour son groupe. Elle veut en faire le leader français de la filière devant EDF. En 2011 le débat est tranché par Nicolas Sarkozy qui donne raison à Henri Proglio qu&rsquo;il a placé à la tête de l&rsquo;électricien français deux ans plus tôt. Anne Lauvergeon est remplacée chez Areva par Luc Oursel. Maureen Kearney et son entourage ne lui font pas confiance. Elle outrepasse son rôle en tentant de poursuivre le combat de Lauvergeon contre EDF. Elle reçoit alors des messages anonymes, puis elle est agressée chez elle en décembre 2012. Et c&rsquo;est elle qui est jugée en 2017, accusée d&rsquo;avoir inventé cette histoire. D&rsquo;avoir imaginé un viol en tant que marionnette de son ancienne patronne, pour s&rsquo;opposer au démantèlement d&rsquo;Areva. L&rsquo;éclatement du groupe a pourtant eu lieu avec la création d&rsquo;Orano qui gérera le combustible, et le transfert de la fabrication de réacteurs à EDF. À la clef des milliers d&#8217;emplois détruits. Devant le tribunal la syndicaliste est bien seule, juste entourée de proches souvent issus de son organisation la CFDT. On ne verra pas Lauvergeon alors que les deux femmes se sont longtemps fréquentées et appréciées. Proglio au cœur de l&rsquo;affaire ne viendra pas. L&rsquo;ancien ami politique de Maureen, Bernard Cazeneuve, trop soucieux de préserver l&rsquo;intérêt national, non plus. Contacté par Caroline Michel-Aguirre, Arnaud Montebourg est le seul à avoir réagi en envoyant un message de soutien qui sera lu au procès.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Areva soupçonne EDF de négocier en secret un transfert de sa technologie</p></blockquote>



<p>Syndicaliste c&rsquo;est un héritage familial pour Maureen. L&rsquo;Irlandaise est née dans une famille qui a toujours milité, pour l&rsquo;IRA ou Mandela. Maureen est entrée chez Areva en donnant des cours d&rsquo;anglais à des ingénieurs. Quand il a été question de les licencier sans indemnités, elle les a défendus et elle s&rsquo;est syndiquée à la CFDT. En 2011 elle adhère au PS suite à de nombreux contacts avec ses dirigeants qui lui parlent nucléaire en plaidant pour leur circonscription. Ce sont Cazeneuve, Montebourg, Nicole Bricq et même en 2011 au Creusot un jeune conseiller nommé Emmanuel Macron. L&rsquo;avenir d&rsquo;Areva est alors incertain car le groupe soupçonne EDF de négocier en secret un transfert de sa technologie avec l&rsquo;entreprise chinoise CGNPC. Avec à terme la possibilité pour l&rsquo;électricien français d&rsquo;implanter des EPR en Chine. Pourtant EDF n&rsquo;en a pas le droit, car ce savoir appartient à Areva qui l&rsquo;a développé avec les Japonais de Mitsubishi. Et Areva pourrait désormais se retrouver en concurrence avec le nouveau partenaire d&rsquo;EDF. Cet invraisemblable imbroglio industriel est le fruit de ce que le parti socialiste a mis en place en 2001 : une structure traitant à la fois la construction des centrales et du combustible. Mais Areva ainsi créée sur les bases de Framatome et de la Cogema ne disposera jamais des connaissances d&rsquo;EDF pour assembler et gérer les centrales. La filière nucléaire, qui est en plus tenaillée par des haines personnelles, ne s&rsquo;en remettra pas.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>C&rsquo;est une femme brisée qui est jugée pour dénonciation mensongère </p></blockquote>



<p>En 2012  Maureen Kearney alerte les parlementaires de tractations secrètes entre EDF et les Chinois. Caroline Michel-Aguirre en obtient confirmation et l&rsquo;écrit dans <em>Le</em> <em>Nouvel</em> <em>Obs</em> ce qui lui vaut la colère et probablement une surveillance de la part de Proglio. Le combat de la syndicaliste se poursuit en interne contre Luc Oursel qui a succédé à Anne Lauvergeon, car tout laisse croire que son nouveau PDG appuie les accords d&rsquo;EDF avec la Chine. Oursel est effroyablement violent avec Maureen qui en vient à consulter un psychiatre. Fin 2012 quand Maria la femme qui s&rsquo;occupe du ménage de Maureen pénètre dans la maison de sa patronne, elle est sidérée. Elle l&rsquo;aperçoit assise, mains et pieds entravés, collants baissés, la tête qui pendouille. Elle a un manche de couteau dans le vagin et un « A » taillé sur le ventre. Maureen ne remettra plus les pieds dans son entreprise. Averti Arnaud Montebourg est le seul à la soutenir bien qu&rsquo;il appuie la stratégie industrielle d&rsquo;EDF. L&rsquo;enquête est confiée à un service spécialisé de la gendarmerie qui conclut que rien de ce qu&rsquo;a raconté Maureen Kearney n&rsquo;est vrai, qu&rsquo;elle a tout inventé. Elle était victime, elle devient accusée. Interrogée, menacée, poussée à bout, Maureen finit par avouer. C&rsquo;est une femme brisée qui est jugée pour dénonciation mensongère en mai 2017 à Versailles. Son agression a fait remonter beaucoup de souvenirs dont le viol dont elle a été victime à vingt ans. Cela fait donc désormais deux pour elle. Pendant le procès Maureen revient sur ses aveux. Elle est condamnée a cinq mois de prison et 5 000 euros d&rsquo;amende. C&rsquo;est en retrouvant la femme d&rsquo;un cadre de Veolia, qui avait subi la même agression, que Caroline Michel-Aguirre relance l&rsquo;enquête. Mêmes menaces, mêmes manières d&rsquo;opérer, et même proximité d&rsquo;Alexandre Djouhri un proche de Proglio. Huit mois après son premier procès l&rsquo;ancienne syndicaliste revient au tribunal pour un jugement en appel. La CFDT et Laurent Berger la soutiennent et lui payent ses frais d&rsquo;avocat. Son nouveau défenseur démontre avec les faits combien l&rsquo;enquête a été bâclée. Maureen Kearney est acquittée. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>« Il vient de fêter ses quarante-neuf ans. Il en paraît dix de plus. »&nbsp;</p></blockquote>



<p>J&rsquo;ai rarement été autant secoué qu&rsquo;à la lecture de ce livre<em>. </em>Caroline<em> </em>Michel-Aguirre,<em> </em>qui<em> </em>avait<em> </em>déjà<em> </em>coécrit<em> <a href="https://surbooke.fr/wordpress/?p=14686" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>Les</strong> <strong>infiltrés</strong></a></em> sur les sociétés de conseil avec Matthieu Aron, nous propose plusieurs lectures de son livre. Une histoire individuelle, une analyse économique, et de beaux portraits du marigot politique. <em>La</em> <em>syndicaliste</em> c&rsquo;est d&rsquo;abord un portrait d&rsquo;une femme magnifié par une écriture remarquable. C&rsquo;est en même temps un hommage à l&rsquo;activité syndicale dont le sociologue Jean-Marie Penot a un jour expliqué combien elle apportait des emmerdements à ceux qui la pratiquent. Dans cette histoire Maureen est servie car ce que ne peuvent admettre ses dirigeants est qu&rsquo;elle se mêle des orientations d&rsquo;Areva. <em>La syndicaliste</em> c&rsquo;est aussi un livre économique qui me conforte dans l&rsquo;idée que les journalistes en sont souvent les meilleurs auteurs. On a pour une fois une présentation crédible de la filière nucléaire française dont l&rsquo;histoire est remplie de coups bas, d&rsquo;absence de transparence, dont la gouvernance a souvent échappé à l&rsquo;État. Il est heureux de rappeler à tous ceux qui pleurent sur la fierté nationale perdue avec les difficultés actuelles du nucléaire français, que les technologies utilisées chez nous ont en grande partie été importées. Des Étas-Unis au début, du Japon ensuite. Mon seul reproche concerne le portrait d&rsquo;Anne Lauvergeon qui s&rsquo;en sort vraiment bien. Elle a sûrement pâti de son statut de femme, mais quel bilan désastreux. « Son » EPR finlandais ne fonctionne toujours pas vingt années après la signature du contrat, et les pénalités financières liées au retard se chiffrent en milliards d&rsquo;euros. Atomic Anne est aussi accusée d&rsquo;avoir acheté des mines qui se sont révélées vides. Si la justice fonctionnait en France, elle aurait dû être jugée pour l&rsquo;ensemble de son œuvre. Que les âmes sensibles se rassurent, ce n&rsquo;est pas cela qui l&rsquo;a empêché de continuer à s&rsquo;enrichir dans les affaires. <em>La syndicaliste</em> c&rsquo;est enfin de jolis portraits du marigot politique où le courage semble être une denrée rare. La palme revient sans doute à celui que Caroline Michel-Aguirre rhabille pour l&rsquo;hiver. « <em>Un mètre soixante-sept, « sans talonnettes ! », lance-t-il parfois par provocation. Bernard Cazeneuve soigne son apparence. Il porte un tel soin à sa mise que son dressing est plus spacieux que celui de sa femme. Des cravates Hermès, des chemises taillées sur mesure et brodées à ses initiales, des chapeaux à large bord pour étirer la silhouette et des chaussettes colorées – seule entorse au chic anglais qu’il vénère. Il vient de fêter ses quarante-neuf ans. Il en paraît dix de plus.</em> ». À  gauche Arnaud Montebourg s&rsquo;en sort mieux. Il est le seul à défendre Maureen Kearney. Que l&rsquo;on soit d&rsquo;accord ou non avec lui, Montebourg a toujours été courageux. En ferraillant avec Vincent Peillon contre les tribunaux de commerce, et plus encore en s&rsquo;opposant à la dérive mafieuse de son parti quand Jean-Noël Guérini était le faiseur de roi des congrès du PS. À droite c&rsquo;est encore pire, entre Sarkosy, Guéant et Pasqua c&rsquo;est barbouzeries et compagnie.</p>



<p><strong>La bande annonce du film de Jean-Paul Salomé</strong></p>



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		<title>Oligarque, Elena B. Morozov, Éditions Grasset</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Nov 2022 22:45:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[économie 👛]]></category>
		<category><![CDATA[roman policier, thriller]]></category>
		<category><![CDATA[Grasset]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Perm ville de l&#8217;Oural, 1975. Grigori Yurdine alias Grisha, sept ans, assiste à l&#8217;enterrement de son père mort dans l&#8217;usine de câbles. Orphelin ou presque sa mère étant internée en hôpital psychiatrique, il est confié à Nikolaï Leonidovitch et à sa femme Maria. En 1992 Grisha est un des élèves les plus brillants de l&#8217;Institut [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>Perm</strong> <strong>ville</strong> <strong>de</strong> <strong>l&rsquo;Oural</strong>, <strong>1975</strong>. Grigori Yurdine alias Grisha, sept ans, assiste à l&rsquo;enterrement de son père mort dans l&rsquo;usine de câbles. Orphelin ou presque sa mère étant internée en hôpital psychiatrique, il est confié à Nikolaï Leonidovitch et à sa femme Maria. En 1992 Grisha est un des élèves les plus brillants de l&rsquo;Institut polytechnique de Perm, et aussi un joueur d&rsquo;échecs reconnu de la région. Il espère être embauché au bureau d&rsquo;études de l&rsquo;usine mais est nommé dans le service comptable. C&rsquo;est là qu&rsquo;il découvre les malversations du directeur. L&rsquo;Union soviétique est tombée depuis un an, et la banque mondiale prépare les privatisations d&rsquo;Eltsine. Quand <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=utf-8">Grigori Yurdine apprend par sa sœur que son usine fait partie du lot, il décide de la racheter en s&rsquo;associant au directeur. C&rsquo;est le début d&rsquo;une ascension qui va le mener loin.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>&nbsp;Grigori Yurdine n’est pas un prédateur qui construit sa fortune par la violence et les meurtres</p></blockquote>



<p><em>Oligarque</em> c&rsquo;est une histoire haletante écrite par une autrice dont on ne sait rien car Elena B. Morozov est un pseudonyme. C&rsquo;est un thriller qui oscille de 1975 à 2000 entre l&rsquo;économie et la politique, la Russie et la Grande -Bretagne. C&rsquo;est le portrait d&rsquo;un homme ambitieux bien plus fin que les oligarques présentés par Benoît Vitkine dans <a href="https://surbooke.fr/wordpress/?p=14919" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><em><strong>Les</strong></em> <em><strong>Loups</strong></em></a> ou <em><strong><a href="https://surbooke.fr/wordpress/?p=14785" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Donbass</a></strong></em>. Parce que Grigori Yurdine n&rsquo;est pas un prédateur qui construit sa fortune par la violence et les meurtres. Son domaine d&rsquo;action ne se limite pas aux matières premières. Il n&rsquo;exhibe pas sa richesse en achetant un club de football comme l&rsquo;a fait Roman Abramovitch avec celui de Chelsea. Plus qu&rsquo;un mafieux, Yurdine est un financier qui sait tirer profit de son environnement. En achetant son usine pendant les années Eltsine. Puis en développant son patrimoine à la City de Londres. Le roman consacre d&rsquo;ailleurs davantage de temps à décrire la <em>crise des subprimes</em> et les comportements toxiques des banquiers londoniens que l&rsquo;effondrement de l&rsquo;URSS.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>Oligarque</em>&nbsp;propose une excellente présentation de la crise financière de 2008</p></blockquote>



<p>Contrairement à beaucoup de nouveaux riches russes, Yurdine ne s&rsquo;est pas enfui de son pays pour échapper à Poutine. Il fait des affaires à Londres car c&rsquo;est là et à New York que se construisent les groupes financiers à coups de cessions et d&rsquo;acquisitions. Le récit vaut beaucoup par la description de l&rsquo;aristocratie anglaise qui défend ses privilèges tout en cédant à la tentation des nouveaux produits bancaires par appât du gain. <em>Oligarque</em> propose une excellente présentation de la crise financière de 2008, quand les banques prises de panique ont cessé de se prêter de l&rsquo;argent parce qu&rsquo;elles ne se faisaient plus confiance. Du capital on en trouvait en acceptant de céder son entreprise, mais des liquidités nulle part. D&rsquo;où l&rsquo;épineuse question posée à ceux dont la famille dirigeait la banque depuis des générations : vallait-il mieux tomber avec les honneurs ou travailler avec des personnes au CV plus que douteux ? Le roman reste quand même un thriller dont on attend la fin avec impatience. Car pour l&rsquo;avenir des banquiers, aucun suspens. Hormis chez Lehman Brothers, il n&rsquo;y a pas eu beaucoup de dégâts.</p>



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		<title>La bataille de la Sécu, Nicolas Da Silva, Éditions La Fabrique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bisault]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 Nov 2022 18:19:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[économie 👛]]></category>
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		<category><![CDATA[La Fabrique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Alors que le régime général de sécurité sociale a été construit en 1946 dans un pays ruiné par la guerre, pourquoi serions-nous incapables aujourd&#8217;hui de l&#8217;étendre dans un pays qui n&#8217;a jamais été aussi riche ? ». C&#8217;est à cette question que tente de répondre Nicolas Da Silva, professeur d&#8217;économie à l&#8217;université Sorbonne Paris [&#8230;]</p>
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<p>« <em><strong>Alors que le régime général de sécurité sociale a été construit en 1946 dans un pays ruiné par la guerre</strong>, pourquoi serions-nous incapables aujourd&rsquo;hui de l&rsquo;étendre dans un pays qui n&rsquo;a jamais été aussi riche ?</em> ». C&rsquo;est à cette question que tente de répondre Nicolas Da Silva, professeur d&rsquo;économie à l&rsquo;université Sorbonne Paris Nord, en s&rsquo;appuyant sur le temps long. Pas en recourant à des théories ni à des modèles abscons, en nous racontant l&rsquo;histoire de la protection sociale en France. Il s&rsquo;attarde nécessairement sur la création de la Sécu en 1946, en détaillant le débat auquel elle donna lieu entre une gouvernance exercée par les administrés et l&rsquo;étatisation. Simple question technique ? Pas du tout, ce choix était déterminant pour l&rsquo;avenir de la sécu et le reste aujourd&rsquo;hui. Mais la Sécu de 1946 n&rsquo;est ni le début ni la fin de l&rsquo;histoire. Elle arrive dans des circonstances particulières, à un moment où forces syndicales et politiques sont en capacité de l&rsquo;imposer. Elle n&rsquo;a été possible que par l&rsquo;incroyable travail effectué par la CGT pour créer les caisses locales, régionales et nationale, et pour prélever les cotisations dans une France délabrée. Elle marque surtout la victoire, toute provisoire, d&rsquo;une sécurité sociale auto-administrée par des représentants ouvriers, qui ont arraché trois quarts des mandats contre 25 % pour les patrons. Cette nouvelle Sécu s&rsquo;inscrit dans plus d&rsquo;un siècle de luttes. Celles des premiers mutualistes qui virent leur outil dévier. La sécurité sociale de 1946 sera rapidement grignotée, remise en cause, au profit d&rsquo;une protection sociale aux mains de l&rsquo;État. Dès l&rsquo;éclatement de la CGT et la création de Force ouvrière au début de la guerre froide, réforme après réforme, jusqu&rsquo;aux ordonnances Juppé de 1995-1996 qui signèrent la défaite des pionniers de 1946.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Nicolas Da Silva en appelle au respect de trois conditions</p></blockquote>



<p>Parce que les politiques de santé montrent aujourd&rsquo;hui toutes leurs limites avec l&rsquo;incapacité de l&rsquo;hôpital à accueillir les patients, les effroyables conditions de travail des soignants et les déserts médicaux, il convient de réouvrir le débat. De nombreuses pistes sont proposées dans <em>La bataille de la Sécu</em> pour que nous puissions à nouveau bénéficier d&rsquo;une couverture sociale à l&rsquo;échelle de nos besoins. Il s&rsquo;agit par exemple de refuser les complémentaires santé et leurs frais de gestion au profit de la Sécu. De s&rsquo;intéresser aux financements que nous accordons à l&rsquo;industrie pharmaceutique, de refuser le développement sans fin des cliniques privées. Pour qu’une nouvelle Sécu évolue dans le bon sens, Nicolas Da Silva en appelle au respect de trois conditions. La justice du système de santé, qui amène à rechercher l’universalité et à ne pas à cibler les interventions. Cela permettra de construire un système en fonction des besoins, alors que la seule prise en charge des plus malades et des plus pauvres nécessite de faire appel aux complémentaires santé pour les autres patients. Deuxième condition ne pas régenter la production publique comme on le fit en 1946 au contraire des choix ultérieurs du&nbsp;<em>numerus closus</em>, de la fermeture des lits et d&rsquo;un management agressif contre les soignants. Troisième condition stopper le développement du capitalisme privé financé par l’État. Mais avant de passer aux actes, encore faut-il comprendre comment s&rsquo;est construite la protection sociale française. Et c&rsquo;est tout le mérite du travail de Nicolas Da Silva.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Très peu développé au XIXe siècle l’État social est le fruit de la Première guerre mondiale</p></blockquote>



<p><br>Le récit débute à la révolution de 1789 quand on s&rsquo;interrogea sur la création d&rsquo;une protection sociale. La question était apparue avec le passage du féodalisme au capitalisme et la disparition des solidarités exercées par l&rsquo;Église. La réponse fut négative, ni l&rsquo;État ni le capital ne voulaient s&rsquo;en emparer. Il fallait pourtant prendre en charge les anciens paysans privés de leur terre, coupés des solidarités familiales et villageoises. La réponse fut de confier les hôpitaux, habituellement gérés par l&rsquo;Église, aux communes. On se retrouva ainsi au début du XIXe siècle avec une sphère marchande de la santé qui peinait à se développer faute de clients solvables, et des hôpitaux paupérisés. C&rsquo;est pourquoi émergèrent les sociétés de secours mutuel qui pratiquaient l&rsquo;entraide au profit des ouvriers. L&rsquo;État s&#8217;empressa de les contrôler en leur accordant des facilités financières pour détourner les ouvriers de la contestation. Ces sociétés allaient se développer, se transformer en institutions de notables, jusqu&rsquo;à faire le mauvais choix pendant l&rsquo;Occupation en soutenant la Collaboration contre la Résistance. Les mutuelles étaient à ce moment des acteurs essentiels de l&rsquo;assurance santé avec une vision sélective : tout le monde ne pouvait adhérer et elles mettaient en place des dispositifs pour réduire le coût des soins. Très peu développé au XIXe siècle l&rsquo;État social est le fruit de la Première guerre mondiale. Son intervention dans le domaine social est toutefois antérieure avec la promulgation de mesures natalistes pour préparer la revanche avec la Prusse. Mais la décision la plus importante qui accentua le rôle de l&rsquo;État dans l&rsquo;économie fut l&rsquo;instauration d&rsquo;un impôt sur le revenu. Il était indispensable pour financer la Première guerre mondiale. Il le sera tout autant après pour payer l&rsquo;assistance aux infirmes, aux veuves et pour financer la reconstruction. Les lois d&rsquo;assurances sociales de 1928-1930 sont issues de ces processus. Elles ne furent pas prises parce que le pays allait mieux mais parce que l&rsquo;État ne pouvait plus faire autrement. Avec ces assurances sociales on obligea les salariés et les employeurs à cotiser pour payer les soins et financer un système de retraite par capitalisation..</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>La nouveauté est aussi que la Sécu n’est pas nationalisée mais auto-administrée</p></blockquote>



<p>La création de la Sécu en 1946 ne sort donc pas de nulle part. Elle intègre ce qui avait existé avant la guerre, y compris la brève tentative de la Commune de Paris. Car déjà en 1871 on avait imaginé une autre protection sociale, contre l&rsquo;État, le capital et les traditions paternalistes. Une protection qui se voulait démocratique, auto-organisée. On sait qu&rsquo;elle fut de courte durée, noyée dans le sang de la répression avec de 5 700 à 25 000 morts selon les chiffrages. Mais son ambition avait marqué les esprits du mouvement ouvrier. À la Libération l&rsquo;heure est à la création d&rsquo;un nouveau régime de sécurité sociale avec d&rsquo;immenses oppositions sur son contenu et son organisation. La proposition d&rsquo;un régime unique sur la santé, la retraite, les accidents du travail et les allocations familiales, avec une caisse unique par unité géographique, est portée par un haut fonctionnaire Pierre Laroque. Avec l&rsquo;appui de la CGT elle est votée au Parlement. Le régime général n&rsquo;est toutefois pas universel puisque sont créées des dispositions spécifiques aux fonctionnaires pour la santé et aux cadres pour la retraite. À peine en place le nouveau régime déclenche un flot de critiques : trop gros, déséquilibré, encourage la fraude, défavorise les entreprises face à la concurrence, inflationniste. Soit à peu près ce que l&rsquo;on trouve aujourd&rsquo;hui dans les pages saumon du <em>Figaro</em>. Une série d&rsquo;ordonnances vont peu à remettre en cause l&rsquo;organisation de 1946. Elles séparent les risques et empêchent ainsi la solidarité entre les caisses. Elles instaurent le paritarisme salariés-patronat. Le changement le plus important intervient avec le plan Juppé en 1995-1996 qui crée un budget de la sécurité sociale, et fait passer l&rsquo;institution d&rsquo;une logique de réponse aux besoins à celle d&rsquo;une adaptation aux contraintes budgétaires. Dès lors les dispositifs pour faire baisser la dépense se multiplient : hausse du ticket modérateur, forfait hospitalier, contributions non remboursables, autorisations des dépassements d&rsquo;honoraires, <em>numerus closus</em>, fermetures de lits à l&rsquo;hôpital.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Comme l’a expliqué Bernard Maris parfois la concurrence coûte cher</p></blockquote>



<p>Et pourtant on ne cesse de nous parler du trou de la Sécu. Or les déficits annuels évoqués pour réduire les prestations pourraient être évités. Avant de l&rsquo;expliciter rappelons que le résultat comptable de la Sécu traduit d&rsquo;abord l&rsquo;état de la conjoncture. C&rsquo;est l&rsquo;arrêt de l&rsquo;économie en 2008-2009 qui a plombé les comptes. En année « normale » le recul du salariat et la non compensation des exonérations de cotisations limitent grandement les recettes. Le financement de la dette par les marchés financiers, alors qu&rsquo;il donnait lieu précédemment à des avances de l&rsquo;État, constitue des charges indues car il est plus coûteux que si l&rsquo;État empruntait lui-même. Pour aller plus loin il faut remettre en cause les complémentaires santé, mutuelles et sociétés d&rsquo;assurance qui sont infiniment moins efficaces que la sécurité sociale. En 2018 les frais de gestion des mutuelles et de la sécurité sociale sont comparables, un peu plus de 7 milliards d&rsquo;euros. Mais les mutuelles distribuent 30 milliards de prestations et la Sécu 207. Comme l&rsquo;a expliqué Bernard Maris parfois la concurrence coûte cher. Tout aussi grave, votre financement de la Sécu augmente avec vos ressources. C&rsquo;est le contraire pour les complémentaires santé. Si la nécessité de mettre fin à ces gabegies paraît évidente, il faudra beaucoup de courage pour passer à l&rsquo;acte. Pour passer outre à l&rsquo;opposition des sociétés d&rsquo;assurance, des mutuelles, et des médecins libéraux qui craignent la disparition du remboursement des dépassements tarifaires. Il faudra aussi s&rsquo;attaquer aux élus qui ont parfois gagné beaucoup d&rsquo;argent avec le mouvement mutualiste. Souvenez-vous de DSK, de Jean-Christophe Cambadélis et de Richard Ferrand. Quant à la crainte de perdre des entités qui se prétendent démocratiques, dites-vous que la concentration des mutuelles les a éloignées de leurs adhérents. Et que leurs pratiques n&rsquo;ont plus rien de démocratiques. La lecture de <em>La nouvelle alternative</em> de Philippe Frémeaux vous en convaincra.</p>



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