Oligarque, Elena B. Morozov, Éditions Grasset

Perm ville de l’Oural, 1975. Grigori Yurdine alias Grisha, sept ans, assiste à l’enterrement de son père mort dans l’usine de câbles. Orphelin ou presque sa mère étant internée en hôpital psychiatrique, il est confié à Nikolaï Leonidovitch et à sa femme Maria. En 1992 Grisha est un des élèves les plus brillants de l’Institut polytechnique de Perm, et aussi un joueur d’échecs reconnu de la région. Il espère être embauché au bureau d’études de l’usine mais est nommé dans le service comptable. C’est là qu’il découvre les malversations du directeur. L’Union soviétique est tombée depuis un an, et la banque mondiale prépare les privatisations d’Eltsine. Quand Grigori Yurdine apprend par sa sœur que son usine fait partie du lot, il décide de la racheter en s’associant au directeur. C’est le début d’une ascension qui va le mener loin.

 Grigori Yurdine n’est pas un prédateur qui construit sa fortune par la violence et les meurtres

Oligarque c’est une histoire haletante écrite par une autrice dont on ne sait rien car Elena B. Morozov est un pseudonyme. C’est un thriller qui oscille de 1975 à 2000 entre l’économie et la politique, la Russie et la Grande -Bretagne. C’est le portrait d’un homme ambitieux bien plus fin que les oligarques présentés par Benoît Vitkine dans Les Loups ou Donbass. Parce que Grigori Yurdine n’est pas un prédateur qui construit sa fortune par la violence et les meurtres. Son domaine d’action ne se limite pas aux matières premières. Il n’exhibe pas sa richesse en achetant un club de football comme l’a fait Roman Abramovitch avec celui de Chelsea. Plus qu’un mafieux, Yurdine est un financier qui sait tirer profit de son environnement. En achetant son usine pendant les années Eltsine. Puis en développant son patrimoine à la City de Londres. Le roman consacre d’ailleurs davantage de temps à décrire la crise des subprimes et les comportements toxiques des banquiers londoniens que l’effondrement de l’URSS.

Oligarque propose une excellente présentation de la crise financière de 2008

Contrairement à beaucoup de nouveaux riches russes, Yurdine ne s’est pas enfui de son pays pour échapper à Poutine. Il fait des affaires à Londres car c’est là et à New York que se construisent les groupes financiers à coups de cessions et d’acquisitions. Le récit vaut beaucoup par la description de l’aristocratie anglaise qui défend ses privilèges tout en cédant à la tentation des nouveaux produits bancaires par appât du gain. Oligarque propose une excellente présentation de la crise financière de 2008, quand les banques prises de panique ont cessé de se prêter de l’argent parce qu’elles ne se faisaient plus confiance. Du capital on en trouvait en acceptant de céder son entreprise, mais des liquidités nulle part. D’où l’épineuse question posée à ceux dont la famille dirigeait la banque depuis des générations : vallait-il mieux tomber avec les honneurs ou travailler avec des personnes au CV plus que douteux ? Le roman reste quand même un thriller dont on attend la fin avec impatience. Car pour l’avenir des banquiers, aucun suspens. Hormis chez Lehman Brothers, il n’y a pas eu beaucoup de dégâts.

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