Le dernier penalty, Gigi Riva, Éditions du Seuil

Et si Farouk Hadzibegic n’avait pas raté l’ultime penalty de l’équipe yougoslave en quart de finale de la coupe du monde 1990, le sort de son pays en aurait-il été changé ? Autrement dit, cet ensemble de joueurs à la technique sans égale en Europe aurait-il survécu à la déflagration annoncée qui allait faire voler en éclats la Fédération yougoslave ? Telle est la question que se pose Gigi Riva dans Le dernier penalty. Il a toute légitimité pour le faire en tant qu’ancien correspondant de guerre dans les Balkans aujourd’hui rédacteur en chef de l’hebdomadaire L’Espresso. Et surtout comme fin connaisseur du football. Ce qui est logique quand on est l’homonyme du grandissime avant-centre sarde qui dirigea l’attaque de la Squadra azzura en finale de la coupe du monde au Mexique en 1970. Pourtant, nous connaissons tous la réponse. Rien n’aurait pu empêcher la disparition de l’équipe yougoslave puisque le pays lui-même allait se désintégrer progressivement. D’abord avec la sécession de la Slovénie puis avec la guerre civile qui aurait fait 300 000 morts et déplacé quatre millions de personnes. Non, Farouk Hadzibegic n’a pas de regrets à avoir car le grand Diego Armando Maradona lui-même rata son penalty écrasé qu’il était par la chaleur et l’enjeu. L’intérêt du livre de Riva réside donc dans son récit d’une catastrophe annoncée et sa description de l’imbrication du football et du nationalisme qui caractérisait la Yougoslavie. Ce n’est pas l’entraîneur Ivan Osim qui aurait dit le contraire tant il était harcelé dans sa composition d’équipe pour respecter l’équilibre entre les représentants des six républiques : Bosnie-Herzégovine, Croatie, Serbie, Macédoine, Monténégro et Slovénie. Une tâche d’autant plus difficile que les joueurs avaient souvent plusieurs origines. Comme le capitaine Zlatko Vujović qui était Bosnien d’origine croate. Et on vous épargne le cas des provinces autonomes du Voïvodine et du Kosovo. Gigi Riva nous montre combien les oppositions ethniques affectaient le football. Les prémices du désastre étaient en effet apparues le 13 mai 1990 à l’occasion d’un match du championnat national entre le Dinamo de Zagreb croate et le Partizan de Belgrade serbe. Ce jour-là, les débordements des supporteurs auraient fait pâlir d’envie les hooligans anglais et russes puisque les blindés antiémeutes étaient déjà intervenus pour séparer les belligérants. Tout l’environnement s’y prêtait puisque Radovan Karadžić avait déjà pris pied comme psychologue dans un club du championnat. Lui qui allait devenir le chef des Serbes de Bosnie avant d’être condamné à 40 ans de prison pour génocide par le Tribunal pénal international (TPI). Akan menait aussi les ultras de Belgrade. Une broutille pour ce futur chef de guerre serbe qui n’échappa au TPI que parce qu’il fut assassiné en 2000. Le modeste Bosnien Faruk n’a donc rien à se reprocher. À l’impossible nul n’était tenu. Ni lui ni aucun autre n’auraient pu faire perdurer cette sélection au-delà de cette ultime coupe du monde du football yougoslave.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*