Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, Thierry Jonquet, Éditions Seuil

Incontournable. Comme presque tout ce qu’a écrit Thierry Jonquet : romans, livres pour adolescents ou encore ses mémoires de 1968. Avec pour seule limite qu’il vaut mieux espacer les lectures tant son univers est noir. Noir comme ce qu’il a croisé dans son existence, des hôpitaux aux zones d’éducation prioritaire en banlieue parisienne. Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte est son dernier livre, rédigé en 2005 et publié en 2006 au moment des émeutes de banlieues et de l’assassinat d’Ilan Halimi. Jonquet s’en est inspiré pour dresser un constat angoissant de territoires du 9-3 qui ont basculé en dehors de la République et où le vivier du terrorisme islamique a pris place. Une lucidité qui appelle d’autant plus l’admiration que Jonquet vient de l’extrême gauche, ce qui lui valut bien des critiques de ses anciens compagnons politiques. Comme toujours chez lui, l’histoire est prenante, haletante, et on ne repose le roman qu’une fois la dernière page lue. Elle se déroule à Certigny, une commune imaginaire de Seine-Saint-Denis. La ville est tenue par diverses mafias avec l’acceptation implicite de la mairie trop heureuse d’avoir ainsi dealé la paix sociale. La cité des Grands-Chênes est le domaine des frères Lakdaoui qui s’enrichissent avec le commerce du shit. La cité des Sablière est aux mains de Boubakar dit le Magnifique. Lui fait dans le pain de fesse avec ses « gazelles » directement importées de Bamako, qu’il contrôle avec l’aide d’anciens de la guerre des Balkans. À la cité du Moulin, les Salafistes se sont implantés depuis la construction de la Mosquée. Et dans celle de la Brèche-aux-Loups, Alain Ceccati ancien de Fleury-Mérogis a fait fleurir les seringues sur toutes les pelouses. Une situation que le substitut Richard Verdier compare au Titanic. Anna Doblinsky est nommée dans le collège de Certigny pour débuter sa carrière de professeur de français. Fraîchement émoulue de l’IUFM où les élèves sont appelés les apprenants dans le sabir de l’Éducation nationale, elle débarque dans un établissement dont les responsables et une grande partie des profs ont démissionné depuis longtemps. Pas par manque d’ambition, mais parce qu’ils sont dépassés par des élèves qui ne maîtrisent souvent que 300 mots et dont la culture se limite à la télé-réalité. Le jeune Lakdar Abdane fait toutefois exception et Anna s’appuie sur lui pour faire régner un semblant d’ordre dans sa classe. De là à leur faire apprécier Victor Hugo, il y a de la marge. En classe, l’expression écrite laisse la place aux débats infiniment plus accessibles. Mais pas nécessairement de meilleure tenue car ils virent trop souvent à l’affrontement communautaire entre blacks et rebeus. Deux sociétés qui se réconcilient sur le dos des feujs qui font « toujours des coups de vice ». Pas vraiment une bonne nouvelle pour Anna. Les émeutes de 2006 font éclater le fragile équilibre à Certigny rebattant les cartes entre les différents clans. Et les plus violents ne sont pas nécessairement les trafiquants de drogue ni les proxénètes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*