Continuer, Laurent Mauvignier, Éditions de Minuit

Ça commence comme dans la vraie vie au Kirghizistan. Avec des hommes puant l’alcool qui s’en prennent à deux touristes français, une mère et son fils, en voyage à cheval. Ça continue toujours comme dans la réalité avec l’intervention d’un jeune couple kirghize qui fait fuir les huit hommes avec un pistolet. Car ce peuple de nomades est d’abord accueillant et chaleureux malgré les ravages de la vodka. Héritage soviétique oblige. Les Soviétiques sont partis et ont laissé sur place ce fléau social qui pousse les Kirghizes à boire de la vodka dans des verres à bière histoire de faire passer le koumis, le lait de jument fermenté. Sybille savait pourtant qu’il était imprudent d’emmener Samuel arpenter seuls ces montagnes d’Asie centrale. Mais elle y avait vu l’unique moyen d’extirper son fils de 16 ans de son état de skinhead à Bordeaux. Une ville où elle était venue s’installer après sa séparation d’avec son mari. Elle avait pris sa décision le jour où les gendarmes lui avaient ramené Samuel d’une fête qui avait mal tourné. La maison de Lacanau ravagée et le viol évité de peu. Elle avait vendu la propriété familiale à laquelle elle tenait tant en Bourgogne, mis son appartement en sous-location et direction Bichkek la capitale du Kirghizistan. L’ultime espoir pour elle de récupérer Samuel. Il n’avait pas eu son mot à dire ayant échappé au pensionnat catholique que voulait lui infliger Benoît son père. Il déteste ce pays dont les habitations puent la crasse et le mouton, avec des chiottes à l’hygiène inconcevable en France. Dont il ne comprend quasiment pas la langue, même s’il a étudié le russe, la langue de ses grands-parents maternels et souvent pratiqué l’équitation. Les débuts du périple sont difficiles, Samuel se réfugie derrière la musique de Nirvana et de Bowie avec toujours l’angoisse de voir péricliter sa réserve de piles. Ils quittent les sentiers, montent à plus de 4 000 mètres, traversent des rivières, atteignent des plateaux fangeux, infiniment plus dangereux que les loups et les ours. Ils rencontrent deux touristes français et festoient dans des yourtes. Si Sybille et Samuel se rapprochent, ils ne parviennent pas pour autant à effacer des années de malheur. Car Benoît les avait prévenus : c’était folie de partir dans ce pays sauvage.

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