Après la guerre, Hervé Le Corre, Éditions Rivages

Bordeaux, fin des années cinquante. Une ville poisseuse encore tournée vers son port. Avec ses rades en tout genre, ses putes, ses souteneurs. Ses habitants qui n’ont pas de WC privés et encore moins de salles de bains. On se lave au robinet. Se profile la guerre d’Algérie qui enverra se fracasser les jeunes Français de l’autre côté de la méditerranée. Le commissaire Darlac tient la cité après avoir échappé comme beaucoup à l’épuration. Il en est sorti indemne parce qu’on ne pouvait éliminer tous ceux qui avaient collaboré. Il en a même profité, une promotion à la clef, enrichi à force de rapines sur les biens des Juifs. Dix ans plus tard, Darlac administre la ville : il connaît tous les voyous et fait le ménage à sa façon quitte à faire disparaître ceux qui le gêneraient. Un pervers complet qui prend plaisir à violer sa femme. Une succession de morts vient pourtant troubler la quiétude bordelaise. Les premiers morts sont d’anciens collabos que personne ne regrettera. La fille de Darlac est ensuite agressée, sans grands dommages mais le message est clair : on lui en veut. Parce qu’Élise est la seule personne pour laquelle Darlac est capable d’humanité même si ce n’est pas son enfant, juste la fille de sa femme qu’il a reconnue. Des ennemis, Darlac en a beaucoup. Comment pourrait-il comprendre que Jean Delbos est de retour. Delbos considéré comme mort à Auschwitz en compagnie de sa femme Olga. Mort, il l’a été. C’est du moins ce qu’ont cru les Nazis quand ils l’ont abandonné, recouvert d’un cadavre pendant l’ignoble marche d’évacuation du camp. Mais Delbos est revenu, au contraire d’Oga gazée à l’arrivée de leur convoi. Delbos veut se venger. Delbos qui n’était ni juif, ni communiste, ni résistant. Juste un beau mec qui trompait allègrement Olga, passant d’une pute à l’autre. Un joueur, un flambeur, qui vivait la nuit dans des tripots sous la protection de Darlac qui lui sauva plus d’une fois la mise. Il lui en a fallu du temps pour remettre les pieds à Bordeaux où le couple a réussi à cacher Daniel leur fils le jour de la rafle. Il a été récupéré puis sauvé par Maurice et Roselyne Jouvet, des amis qui l’ont élevé comme leur enfant. Daniel a grandi. Il est désormais mécano et s’apprête à partir pour l’Algérie. Une séquence qui ajoute de l’horreur à l’horreur avec ses cruautés réciproques. Les soldats français craignent les guets-apens où beaucoup tombent avant d’être retrouvés les couilles dans la bouche. Alors ils ratissent et punissent les villages supposés complices, détruisent les maisons, violent les femmes avant d’emmener les hommes. Daniel rejette cette guerre, comme son milieu familial communiste, mais il prend plaisir à flinguer les fellaghas en tant que tireur d’élite. Le roman vaut pour son intrigue et plus encore pour l’humanité des personnages qui ont tous une face cachée. Certes Darlac est une ordure, mais Delbos n’est pas un modèle. Daniel vit dans le trouble de sa relation avec Irène, la fille de ses parents adoptifs. Un grand livre couronné de plusieurs prix.

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