Libérées, Titiou Lecoq, Éditions Fayard

Avouez que nous ne pouvions y échapper. Que nous ne pouvions nous dispenser d’amener notre contribution à ce mouvement planétaire, qui de « Me too » à « Balance ton porc », affirme le droit au respect des femmes. Au risque de nuire à quelques producteurs de cinéma qui ont juste poussé leur conscience professionnelle jusqu’à tester par eux-mêmes la plastique de leurs actrices. Mais soyons honnêtes. L’attrait du livre de Titiou Lecoq, sous-titré Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale, tient tout autant de la qualité des écrits de son auteure que des thèses qu’elle défend. Car Titiou Lecoq, on aime ! Les Morues c’était déjà très bien. Et La théorie de la tartine c’est encore mieux. Pour compléter notre connaissance de cette brillante jeune femme, nous cherchons d’ailleurs un ou une volontaire pour nous chroniquer son Kata Sutra, La vérité crue sur la vie sexuelle des filles. Parce qu’avec un tel outil on pourra aisément identifier les pervers : à savoir ceux qui continueront à lire Économie et statistique au bureau. Dans Libérées Titiou Lecoq nous expose son refus de ce qu’elle est en train de devenir : une femme qui dans sa vie quotidienne renie ses convictions féministes. Son constat se focalise sur une chaussette qui traîne dans son appart parce que son compagnon considère que c’est à elle de la ramasser. Et pourtant c’est peu dire que Titiou n’aime pas le ménage, qui figure avec le tiercé et la météo parmi ce qu’elle apprécie le moins au monde. Mais voilà, Titiou s’est mise en ménage et a même eu deux garçons. Ce qui fait que les corvées sont « pour sa gueule ». Parce que les hommes semblent confrontés à la maison à une sorte de « sol de verre » qui les empêcherait de se saisir du balai à chiottes. Pour nous convaincre de ce qu’elle n’est pas la seule à en souffrir, elle s’appuie sur le décompte des tâches ménagères fourni par l’enquête Emploi du temps de l’Insee. Un moyen comme un autre pour nous démontrer que nos collègues ne font pas correctement leur travail puisqu’ils ne prennent pas en compte le temps passé à prévoir ce qu’il faudra acheter en sortant du boulot et à se demander quelles activités organiser le week-end. En l’occurrence, l’arrivée des deux bambins a profondément transformé sa vie. Avant elle était plutôt du genre à dédaigner son frigo vide pour aller acheter ses nouilles sautées chez le traiteur chinois. Mais ce n’est désormais plus possible. Vous croyez peut-être que ces nouvelles contraintes sont équitablement partagées avec son conjoint ? Alors vous faites erreur. On vous recommande pour vous en convaincre l’épisode de l’otite où le père de ses enfants refuse de les amener chez le médecin parce que monsieur Chaussette estime qu’ils n’ont pas de fièvre et qu’il a trop de travail. Jetez aussi un œil sur l’enseignement ménager institué dans les années 1900 par de grandes entreprises parce que garder son homme à la maison c’est aussi se prémunir contre le désordre social et le syndicalisme. On saura désormais pourquoi Philippe Martinez et Laurent Berger ont mal tourné.

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