Repose-toi sur moi, Serge Joncour, Éditions Flammarion

Ludovic et Aurore n’ont a priori rien en commun. Lui est un ancien agriculteur de la vallée du Célé qui a quitté la ferme familiale du Lot après la mort de sa femme Mathilde. Il est grand, massif, et s’est retrouvé à Paris pour travailler dans le recouvrement. Pas un boulot dont on rêve, puisqu’il passe son temps à récupérer de l’argent chez les pauvres. Ce n’est pas qu’ils soient tous honnêtes. Mais de la petite vieille qui n’a jamais payé la bague offerte à sa petite-fille à la mère de famille qui accumule les retards de loyers, il en croise des situations pénibles. Aurore est née du bon côté de la rue. Elle est styliste, dans la boîte qu’elle dirige avec son associé Fabian et six salariés. Ce métier elle l’a choisi et elle veut l’exercer avec éthique en refusant par exemple de faire fabriquer en Asie ou dans tout autre pays où les ouvriers sont des esclaves. Ludovic et Aurore sont pourtant proches, géographiquement proches puisqu’ils habitent dans le même groupe d’immeubles au centre de Paris. Mais pas la même cage d’escalier. L’ancien rugbyman occupe un minuscule appartement au milieu des logements « Loi de 1948 », là où on trouve beaucoup de personnes âgées comme Odette sa voisine à qui il rapporte sa baguette tous les soirs. Aurore a les moyens. Elle a acheté un six pièces avec son businessman de mari Richard où résident leurs trois enfants. Deux mondes qui se côtoient et s’ignorent comme souvent à Paris. Et pourtant Ludovic et Aurore vont se rencontrer pour une histoire de corbeaux qui pourrissent la vie d’Aurore depuis qu’ils ont colonisé l’arbre de leur cour. À sa grande surprise, Ludovic les fait disparaître uniquement pour rendre service. Et c’est ainsi que commence une magnifique histoire d’amour, brutale, belle à en pleurer. C’est d’abord la solitude qui les a réunis. La solitude qui pèse tant à Ludovic qui ne supporte pas qu’on ne lui rende pas son « bonjour» quand il rentre dans un café. La solitude qu’il ressent quand il redescend dans la ferme familiale où sa mère atteint par la maladie ne parle plus à personne. Aurore aussi est seule. Malgré ses enfants, malgré son mari qui ne la touche plus, malgré son associé qui est en train de la lui faire à l’envers pour lui piquer sa boîte. Alors Aurore se bat quand l’industriel troyen à qui elle a confié la fabrication de sa dernière collection lui livre des robes sans forme, sans âme. Elle se bat avec son banquier et sa comptable. Elle se bat avec son associé qui ne rêve que de sous-traitance en Asie, de développement de la marque, de nouveaux investisseurs. Grande nouveauté pour Aurore, Ludovic est là pour l’écouter, pour l’assister, pour lui réparer son chauffe-eau, voire pour lui faire de la soupe. Juste de l’autre côté de la cour quand tant de personnes l’ignorent. « Repose-toi sur moi » c’est ce que se disent les deux amants et qui leur fait tant de bien. D’abord Ludovic puis Aurore parce qu’à deux on est toujours plus forts.

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