Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu, Éditions Actes Sud

Vous découvrirez sans doute Nicolas Mathieu avec ce livre qui vient de recevoir le Goncourt 2018. Vous auriez tout aussi bien pu commencer par son roman précédent (voir plus haut) tant leur univers sont proches. Nicolas Mathieu écrit sur sa Lorraine, une vallée vosgienne dans Aux animaux la guerre et la Lorraine sidérurgique dans son dernier livre. Mais, faut-il le préciser, les hauts fourneaux de Heillange, une ville imaginaire qui fait furieusement penser à Hayange, sont dans Leurs enfants après eux depuis longtemps à l’arrêt. Nous allons suivre pendant quatre étés de 1992 à 1998 Anthony et Hacine côté garçons, Steph et sa copine Clem côté fille. Anthony est au début du roman un adolescent de 14 ans. Il sera un homme à la fin de l’histoire. Ces personnages et leur famille vont se croiser, se chercher, se battre, se retrouver jusqu’à cette journée de 1998 qui verra Lilian Thuram envoyer la France en finale de la coupe du monde de football. Un moment de grâce qui laissera penser à certains que la France victorieuse est de retour. Même dans cette vallée où le seul espoir des jeunes est de partir de peur de ressembler à leurs parents. Et où le Front national a supplanté le Parti communiste chez les ouvriers laminés par le chômage. Parce qu’il nous montre les espoirs déçus des petits Blancs et de ceux venus du Maghreb perdre leur santé dans des usines, le roman de Mathieu vaut tous les livres d’économie et de sociologie sur les gilets jaunes. À 14 ans comme à 16 ou à 18 ans, Anthony tourne autour de Steph. En vain au début de l’histoire, quand coucher avec sa première fille le travaille jour et nuit. Il aura d’autres opportunités, tout comme Steph car dans ce livre les filles expriment autant leurs envies que les garçons et parlent au moins aussi cru. Cela amène Stéphanie, de retour d’une année de classe préparatoire, à dire à sa copine qu’elle se taperait n’importe qui. Ou à débriefer ses mecs dont certains ont une bite de yorkshire. Dans un milieu familial en cours d’implosion, Anthony multiplie les conneries, de petits larcins en rodéo en moto. Ce n’est pas son père qui risque de le recadrer, lui dont l’autorité familiale s’est peu à peu dissoute dans l’alcool et qui ne connaît que la violence physique pour s’imposer. Sa mère tient la baraque tant qu’elle peut même si son couple n’en est plus un. Et que dire de Hacine, qui grandit sur la dalle de sa cité avec pour seul espoir de conquérir sa place parmi les dealers qui font vivre le quartier. Certes quand on est originaire du Maroc, on bénéficie d’approvisionnements privilégiés pour la résine de canabis. Mais savoir traverser la France à 200 km/h en convoyant la marchandise, ne vous offre pas nécessairement une place dans l’ascenseur social. Pour tous ces gamins en phase de devenir adultes, la meilleure des choses serait de trouver un travail dans l’eldorado luxembourgeois. Le statut des parents de Steph et Clem leur ouvre plus d’espoirs. Car même sans avoir jamais travaillé jusqu’au bac, il est toujours temps pour elles de s’y mettre pour aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte.

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