Mort contre la montre, Jorge Zepeda Patterson, Éditions Actes Sud

Toujours pas rassasiés du Tour de France ? On vous comprend, surtout après l’abandon de Thibaut Pinot à qui la victoire était promise cette année. Alors on y retourne avec un second polar écrit par un auteur mexicain, Jorge Zepeda Patterson. Cette fois ce n’est pas le directeur du Tour qui est assassiné mais le principal coéquipier d’un des favoris de la Grande Boucle. Un Anglais retrouvé mort dans sa baignoire le soir d’une étape. Le meurtre est présenté comme un suicide pour que la course continue. Et ce n’est que le début des incidents qui vont se multiplier tout au long de la course. Mais plus que l’enquête c’est bien le déroulement de l’épreuve qui cloue le lecteur à son bouquin, chaque étape étant décortiquée tactiquement et techniquement. On pardonnera sans difficulté quelques imprécisions que l’on mettra sur le dos du traducteur. Non les coureurs ne roulent pas avec des pneus tubeless collés aux jantes mais avec des boyaux. Ou alors de manière exceptionnelle. Ils n’ont pas de potentiomètre mais un cardiofréquencemètre pour mesurer le rythme de leur cœur. Et Joseba Beloki n’était pas un coureur italien du temps d’Armstrong mais un Basque qui méritait le terme de « chaudière » tant il consommait des produits prohibés. Broutilles. Autant que par son suspens le roman vaut par la description de cette micro-société qui est celle des coureurs. À leur tête le leader de l’équipe que ses équipiers doivent protéger pour qu’il gagne. Chez la Protex, il s’appelle Steve Panata, un Américain qui espère gagner son cinquième maillot jaune histoire d’égaler les records d’Anquetil, de Merckx, d’Hinault et de Miguel Indurain. Armstrong et ses sept victoires on oublie. On parle ici de vélo pas de mafia. Son principal coéquipier est français, Marc Moreau surnommé Annibal pour sa capacité à passer les cols alors que Panata est avant tout un rouleur. Les deux hommes ont construit ensemble leur carrière au point de se donner du « bro ». Plus encore que l’assassinat du coureur anglais, c’est la concurrence entre Steve et Annibal qui va dérégler la belle mécanique de la Protex. Même si le Français se considère avant tout comme un gregario, que l’on traduit selon ses goûts porteur d’eau ou domestique, son entourage ne le voit pas ainsi. À commencer par sa fiancée Fiona, la rousse Irlandaise qui a plus d’un atout pour stimuler ses talents d’escaladeur. Pas pendant l’épreuve malheureuse tu vas nous l’épuiser ! La rivalité des hommes c’est l’histoire du vélo faite de trahisons et de promesses non tenues. Hinault et Lemond en 1986, Wiggins et Froome en 2012. Alors peut-être sera-ce enfin l’année d’un Français sur le Tour. Sinon nous attendrons Pinot en 2020. Allez Thibaut !

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