Équipiers, Grégory Nicolas, Éditions Hugo Sport

Il n’y a pas de petit livre, il n’y a pas de petits sujet. Il y a ceux qui plaisent et ceux qui ne plaisent pas. Équipiers est un bouquin que vous commencez à midi et que vous pourriez terminer tard dans la soirée, sauf si par gourmandise vous le gardiez pour le lendemain. Car commencer une journée en le lisant est une idée qui vous ravit par avance. C’est une enquête, un récit familial, une histoire d’amour dont les seconds couteaux du sport cycliste sont les personnages principaux. Les équipiers, pas les gregari comme les appellent les Italiens, ce que l’on peut traduire par domestiques. Car les équipiers de Grégory Nicolas ont leur noblesse que l’on admire. L’écrivain, déjà six livres au compteur, nous en dresse les portraits ce qui lui a valu le prix Antoine Blondin. Et quand on aime le vélo, Blondin ça représente beaucoup. L’histoire commence en Bretagne, dans un département qui s’appelait encore les Côtes-du-Nord, une époque où on n’avait pas encore peur de déplaire aux touristes. Nous sommes dans les années cinquante, quand entre dans le café de ses arrière-grands-parents Louison Bobet. Bobet, trois Tours de France au compteur, un championnat du monde, des bouquets à ne plus pouvoir les compter à l’arrivée des courses, Bobet pénètre chez Pépère Boschat pour boire un coup parce qu’il a soif. Ce n’est pas l’élément déclencheur du bouquin, plutôt la cerise sur le gâteau, car le vélo avait déjà toute sa place dans la famille. De père en fils on s’y adonnait, avec succès dans les rangs amateurs, une tradition que tenta en vain de perpétuer Grégory jusqu’à l’âge de 17 ans. Trop dur, pas fait pour lui. Il s’y remet après le mariage de sa cousine avec Pierre Rolland, ce qui nous vaut quelques pages magnifiques sur ce coureur, qui est bien plus qu’un équipier. Ainsi que sur Perrig Quéméneur. Rolland, un temps évoqué comme futur vainqueur du Tour, est peu à peu rentré dans le rang. Mais avec de belles victoires quand même, comme celle obtenue dans le Tour à l’Alpe d’Huez, en décrochant à la pédale Contador un jour où l’Espagnol avait oublié de manger sa viande survitaminée. Quéméneur est davantage le symbole de celui qui court avec grâce au profit de son leader. Longtemps une terreur comme amateur en Bretagne, Quéméneur comprit rapidement que ses succès étaient dus à une croissance précoce. Son chemin chez les professionnels était tout tracé : travailler pour les autres, sans aucune rancune pour autant. Il n’avait de toute façon pas le choix, car les places sont chères pour intégrer une équipe. Chères et rudes, on s’y fracasse la clavicule ou plus encore dans les chutes.

À 48 kilos, il dut admettre son anorexie, « une maladie de fille »

On peut aussi y laisser sa santé. C’est ce qu’a connu Clément Chevrier, qui un temps avait choisi de perdre du poids pour préserver ses qualités de grimpeur. Plutôt grand, il pesait soixante kilos en début de carrière. Avant de céder à l’obsession de la perte de poids, qui devait lui permettre de s’envoler dans les cols. Le vélo c’est déjà dur sur la route, mais ça l’est plus encore en-dehors quand on s’interdit de manger. À 48 kilos, il dut admettre son anorexie, « une maladie de fille » dont il réchappa avec l’aide d’un médecin fédéral et de la compagne de Romain Bardet. Chevrier s’est repris. Il s’est découvert une passion pour le vin, pas en se fiolant, mais en le savourant. Ce qui nous donne un chouette récit d’une dégustation d’un morgon, la cuvée 3.14 de chez Jean Foillard, millésime 2014. Et quand on aime le morgon, c’est qu’on est guéri. De tous ces portraits, de ceux de Rudy Molard et d’Anthony Roux, il ressort toujours la même chose. Le don de ces coureurs en faveur d’un leader n’est possible que dans un respect mutuel. Des équipiers pas des gregari.

2 commentaires à propos de “Équipiers, Grégory Nicolas, Éditions Hugo Sport”

  1. Je ne pensais pas découvrir une cuvée de chez Jean Foillard dans Surbooké ! A plus de 40 euros, cela fait un peu cher du Morgon.

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