De sang-froid, Truman Capote, Éditions Gallimard

C’est un classique de la littérature américaine, presque le bouquin d’une vie même, si Capote a eu avec Petit-déjeuner chez Tiffany un autre succès. Un livre plusieurs fois porté au cinéma, notamment par Richard Brooks. Mais pas un roman. Un récit monstrueusement documenté par 8 000 pages de notes, ce qui le rend clinique. Pas d’effets littéraires, juste l’histoire de deux paumés coupables de l’assassinat de quatre personnes d’une même famille de fermiers dans le Kansas en 1959. Dick Hickock et Perry Smith, deux anonymes et néanmoins anciens taulards de moins de trente ans, ont donc tué Herbert Clutter le père, Bonnie sa femme, Kenyon et Nancy deux de leurs enfants, soit toutes les personnes présentes à la ferme sans que l’on comprenne pourquoi. C’est ce à quoi s’efforce de répondre Capote dans son livre, en nous relatant le crime ainsi que la traque des coupables menée par les enquêteurs diligentés par le Bureau d’investigation du Kansas. Crime parfait ? Pas vraiment puisqu’on connaît la fin de l’histoire, Dick Hickock et Perry Smith finissant leur vie au Coin. Comprenez le quartier des condamnés à mort dont les occupants sont promis à la pendaison. Il n’y a pas de suspens dans le livre, pas de fatalité comme on peut en trouver dans les romans noirs, juste du factuel qui nous amène à suivre Dick et Perry dans leur vie antérieure au crime puis dans leur fuite. La traque d’Alvin Dewey est au départ calamiteuse, car rien ne permet d’identifier les coupables. Aucun indice sur les lieux du crime, si ce n’est des empreintes de bottes. Aucun mobile plausible, ni le vol qui n’a pas eu lieu, ni la vengeance d’un ancien employé tant Herbert Clutter était apprécié.

Il n’y a pas de suspens dans le livre, pas de fatalité comme on peut en trouver dans les romans noirs, juste du factuel

Généreux avec ses salariés, bien intégré dans sa communauté, fort d’une belle réussite professionnelle, Clutter semblait faire l’unanimité. Sa femme malade avait moins de présence, mais ses deux derniers enfants avaient un bel avenir devant eux. Seule limite posée par sa famille, Nancy n’aurait pu se marier avec son petit ami. Car une famille méthodiste ne saurait s’allier avec une famille catholique dans l’Amérique profonde à cette époque. Mais le jeune Bobby fut rapidement mis hors de cause. La réponse était en fait dans la psychologie de Dick Hickock et de Perry Smith. Loin d’être demeurés, pourtant insensibles à leur crime, ils ont été marqués par une enfance peu enviable. Perry plus que Dick, qui a en partie grandi dans une institution où il a subi de nombreux sévices. Par la description qu’il nous en donne, Capote semble préférer Perry Smith, le fils d’une indienne alcoolique, qui tenta de faire sa vie en s’engageant à 16 ans dans l’armée. Au point que Capote refusa d’assister à la pendaison de Smith alors qu’il fut présent à celle de Dick Hickock.

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