Ils vivent la nuit, Dennis Lehane, Éditions Rivages

Suite du mythique Un pays à l’aube, Ils vivent la nuit est peut-être un poil en retrait du tome un de la trilogie de Dennis Lehane. Mais c’est quand même un sacré bon bouquin. Les deux livres ont d’ailleurs été portés à l’écran. C’est n’est pas une gage absolu de qualité, mais ça constitue un indice. Les deux tomes sont tous deux difficiles à classer : romans noir, thrillers, romans américains ou pourquoi pas romans historiques tant ils nous apprennent sur la sortie de la Première guerre mondiale en Amérique. On pourrait même vanter leur actualité. Car Un pays à l’aube démarre avec la grippe espagnole qui tua un demi-million de personnes rien qu’aux States, soit plus que ce qu’on peut craindre du Covod19 aux États-Unis. Et pourtant Trump y met du sien. Ils vivent la nuit, qui se déroule en partie pendant la grande dépression, nous aide aussi à comprendre la période actuelle. C’est une des richesses que nous offrent les écrits de Dennis Lehane en plus de leurs qualités narratives. On avait quitté la famille Coughlin dans le Boston de la fin des années vingt. On la retrouve en pleine Prohibition en 1926. L’alcool coule à flots pour le plus grand bonheur de la pègre. Thomas Coughlin est toujours commissaire de police. Danny, héros de l’épisode précédent est parti.

Si les chefs de gang sont pétris de qualités, du dynamisme au management, ils n’ont jamais fait preuve du sens de l’humour

Place à Joe, le petit dernier, que l’on avait laissé aux portes de l’âge adulte. C’est désormais un apprenti gangster qui tente de faire sa place alors que la concurrence est rude. Mal lui en prend de braquer un tripot clandestin du caïd local. Et surtout de lever sa maîtresse. Car si les chefs de gang sont pétris de qualités, du dynamisme au management, ils n’ont jamais fait preuve du sens de l’humour. Cela vaut à Joe un long séjour au pénitencier de Charlestown histoire de poursuivre sa formation dans l’apprentissage de l’horreur. Dans cette prison, on y meurt plus souvent sous le couteau des autres détenus que de la chaise électrique. Mais Sacco et Vanzetti, deux anarchistes italiens y sont passés, ce qui fit tomber le réseau électrique lors de leur exécution. Joe survit avec difficulté sous la protection d’un vieux parrain Maso Pescatore, sort du pénitencier, et migre vers Tampa en Floride. À charge pour lui de développer la vente d’alcool sur place pour le compte du Capo mafioso. Cuba est à côté, la canne et le rhum sont avec les cigares la spécialité locale. Ce serait dommage de ne pas en profiter. La richesse psychologique de Joe, avide de réussite mais encore marqué par son éducation, la découverte du Sud luxuriant, les agissements du Ku Klux Klan qui rejette aussi bien les Noirs, les Cubains que les Italiens, tout concourt à la confection d’une histoire passionnante. Une de plus pour Dennis Lehane qui nous amènera sans faute à lire le tome 3.

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